Livres - Science-Fiction

La Marche du Levant de Léafar Izen

Titre : La Marche du Levant

Auteur : Léafar Izen

Éditeur : Albin Michel Imaginaire

Années de parution : 2020

Nombre de pages  : 644

Histoire : Une Terre au ralenti. Une héroïne déterminée. Une épopée inoubliable.
Trois cents ans. C’est le temps que met la Terre pour tourner sur elle-même. Dans le ciel du Long Jour, le soleil se traîne et accable continents et océans, plongés tantôt dans une nuit de glace, tantôt dans un jour de feu. Contraints à un nomadisme lent, les peuples du Levant épousent l’aurore, les hordes du Couchant s’accrochent au crépuscule.
Récemment promue au rang de maître, l’assassine émérite Célérya accepte un enrôlement douteux dans le désert de l’est. Là, sans le vouloir, elle contribue à l’accomplissement d’une prophétie en laquelle elle n’a jamais cru.
Un domino vient de tomber ; les autres suivront-ils ?

Mon avis :

Premier titre de la rentrée littéraire que j’ai eu la chance de pouvoir lire grâce à l’aimable envoi d’Albin Michel Imaginaire, merci ! Le titre sera disponible dans les librairies dès demain.

C’est une fois de plus la couverture, signée Hervé Leblan, qui m’a donné envie de découvrir ce titre de la collection imaginaire d’A.M. Je tiens d’ailleurs à souligner que leur titre ont toujours une esthétique soignée, qui pour ma part, me séduit énormément.

La Marche du Levant est le premier titre de Léafar Izen, ancien employé dans les sciences et l’ingénierie qui a tout quitté pour s’installer au Chili comme aubergiste et guide de montagne avant de se consacrer à l’écriture depuis environ 5 ans. Prévu au début comme une trilogie, la saga finira réunie en un seul gros pavé grâce à son travail avec Gilles Dumay, le directeur d’A.M.I., celui-là même que vous avez entre les mains. La Marche du Levant est donc le résultat d’un long travail d’écriture et de réécriture qui va se sentir tout au long de la lecture.

C’est du moins, ce que je croyais avant que l’éditeur m’informe d’un message de l’auteur éclaircissant ce point et que je vous rapporte ici : « À la lecture de certaines chroniques de blogueurs, et pour rétablir un peu de vérité, un petit droit de réponse s’impose : Non, La Marche du Levant n’a pas subit de coupes franches de la part de Gilles Dumay, mon éditeur chez Albin Michel Imaginaire. Ce gros roman, ou cette petite trilogie, est publié tel qu’il a été écrit. Si le rythme du récit s’accélère, si les décennies dans la fin de l’ouvrage passent comme les jours au début, l’explication est à chercher ailleurs. Le temps s’accélère car les personnages vieillissent et le temps leur échappe. C’est aussi parce que le point de vue du récit évolue: si l’on se trouve « dans la peau » des personnages au début de l’œuvre, la narration se place petit à petit du point de vue de l’éternité, reléguant les hommes et leurs combats au rang des vanités… L’effet est-il réussi ? Chaque lecteur en jugera, mais ce serait injuste d’accréditer l’idée d’une censure… »

Entrons maintenant dans le vif du sujet. Sur une Terre où le temps est désormais très ralenti, une journée = 300 ans, nous allons suivre la naissance d’une élue, sa prise de pouvoir et l’accomplissement de sa quête, dans un univers aux consonances post-apocalyptiques où la moitié de la Terre a trop chaud pendant que l’autre à trop froid. Dans cet univers, nous allons suivre la Marche du Levant, une drôle de nation nomade dont la ville montée sur roulotes et aérostats se déplace de 300 pas chaque jour pour suivre ce soleil qui avance au ralenti, pour répondre à une prophétie au coeur de sa religion qui indique l’ouverture d’un Arche du Temps à un jour bien précis dans une centaine d’années. C’est étrangement dépaysant et pourtant furieusement familier.

Tout le récit va reposer sur ce décalage entre étrange et familier. Dès les premières pages, on se demande est-on sur un titre de science-fiction ou bien de fantasy ? Pour l’amatrice de SFFF mais pas experte que je suis, j’ai beaucoup aimé ce léger flou et j’ai donc trouvé l’univers de Léazar Izen très séduisant. J’ai eu l’impression de vivre une aventure de fantasy avec un arrière-plan de science-fiction. Tout est fait pour mélanger les codes et effacer les limites entre les genres, du moins jusqu’à l’épilogue qui apporte une réponse surprenante.

L’univers est donc le grand gagnant dans cette lecture. J’ai très vite été fascinée par l’image de cette ville roulote qui se déplace sans cesse dans un monde rude. La vie à l’intérieur y est simple et complexe à la fois. Simple quand on est qu’un habitant lambda, complexe quand on commence à s’intéresser à la politique. L’héroïne, une assassine, va très vite nous faire découvrir cela. Elle se retrouve sans le vouloir embarquée dans la prophétie de son peuple et va être un peu ballotée au gré des désirs des uns et des autres. A la tête de tout ce bazar en ville, l’Archiprêtre, sorte de dirigeant de la Marche du Levant qui fait tout reposer sur sa lecture de la religion. C’est un personnage fascinant. Peu à peu, au fil des aventures, nous allons également découvrir le mode de vie d’autres sociétés, avec en tête la fascinante Armada, nation qui elle ne circule quasiment qu’en mer avec des bateaux villes, dépendants et indépendants à la fois. C’est leurs fonctionnement et déplacements qui m’ont le plus fascinée.

Cependant comme vous pouvez le sentir en me lisant, à force de coupes et de découpes, je me suis très vite retrouvée avec une lecture certes riche et dense mais surtout fouillis. Au point que même encore, j’ai du mal à tout organiser pour vous en parler… L’histoire suit certes un schéma linéaire et connu mais tout ce qu’il y a autour et il y en a énormément l’alourdi et l’enchaîne un peu. Je pense que j’aurais peut-être préféré avoir les 3 tomes en l’état, plutôt que les bouts que j’ai eu, qui parfois s’agencent mal, parfois sont trop et parfois trop peu. C’est un résultat un peu bâtard et pas très satisfaisant, ce qui est fort dommage parce que la plume de l’auteur m’a plu, elle.

En effet, servi par la belle plume riche de Léafar Izen, l’histoire va se découper en 3 temps faciles à suivre pour tout amateur de fantasy. Le premier est celui de la mise en place, on y découvre l’univers, les premiers personnages principaux, la prophétie et l’élu né. C’est un temps à la fois flou et mystique où j’ai beaucoup aimé l’ambiance de la nouveauté. Le deuxième est plus énergique. C’est le temps des manigances et des passages à l’acte avec une élue qui a grandi et des gens autour d’elle qui décident qu’il est temps de commencer à accomplir la prophétie. Ce temps plus guerrier et plus politique est aussi plus classique et rappelle un peu l’oeuvre de Jaworski. Enfin, le dernier temps, mon préféré est celui de la quête tant attendue. Tout se met en branle. Cependant, le début est un peu longuet avec la lente mise en place d’alliances mais le final rattrape tout !

Si on en restait là, on pourrait vraiment se croire dans un titre de Fantasy : élu, prophétie, assassins, manigances politiques… Oui, l’auteur se sert à merveille des tropes du genre. Sauf que quand on y regarde, des élus, une prophétie, des assassins, des manigances politiques, on en trouve également dans Dune, titre culte de SF ! Alors pourquoi partir de l’idée que c’est forcément de la fantasy. Si c’est à cause du niveau technologique des personnages qui tirent leurs roulotes avec des boeufs, se battent avec des cimeterre ou naviguent sur de grosses carlingues, ça ne me suffit pas personnellement. Au contraire, quand dès les premières pages l’auteur a évoqué un monde où la rotation de la Terre a ralenti, où l’agencement de la géographie a été modifiée, où la technologie a certes régressée mais où il y a toujours des aérostats, je me suis dit que nous étions parfaitement dans de la SF post-… quelque chose, peut-être pas post-apocalyptique parce qu’il n’y a pas eu, du moins cité dans le texte, de gros événement bouleversant, mais peut-être juste une longue déchéance suite à l’évolution climatique de notre planète. Dès lors ma lecture a pris une toute autre saveur. J’ai cherché sans cesse des traces de notre Terre présente à nous dans ce que je lisais et ce fut un vrai plus très charmant, car j’avais l’impression de vraiment lire quelque chose de nouveau pour moi, qui habituellement ne suis pas forcément férue de ce type d’univers.

Du coup, le mélange SF-Fantasy a parfaitement opéré chez moi, ou plutôt la SF reprenant les tropes de la Fantasy pour imaginer et mettre en scène le classique récit d’une quête prophétique et le final m’a achevée. Le seul souci, c’est que pour arriver là, il a fallu lire un texte que je trouve brouillon, avec un rythme en dent de scie et surtout des personnages qui m’ont laissée indifférente.

La grosse lacune de ce texte fut effectivement la caractérisation des personnages que j’ai trouvée bien insuffisante. On a soit des personnages qui sont des archétypes trop évidents : Célérya la femme assassin, Akeyra l’enfant de la prophétie, l’Archiprêtre le sombre politicien, Oroverne le vieux mercenaire briscard qui va s’attendrir sur l’enfant ; soit des personnages qui ne font que passer et qu’on ne retient pas… Dans l’ensemble, je ne me suis attachée à aucun, même si l’auteur a fait des tentatives pour nous attendrir avec la relation Akeyra-Oroverne, Oroverne-Célérya ou Akeyra et le prince de l’Armada. Mais ça n’a jamais pris avec moi et je les ai juste suivi parce qu’ils étaient là sans m’impliquer. Heureusement que l’univers, lui, m’a vraiment plu où cela aurait pu être rédhibitoire, même si je me demande qu’elle est la part due à l’auteur et la part due aux retouches éditoriales pour tout faire tenir en 600 pages…

La Marche du Levant fut donc une lecture étrange pour moi. Addictive sur bien des points grâce à la plume de l’auteur et à son imagination concernant l’univers qui accueille son récit et les tropes avec lesquels il joue. Mais également difficile à cause du rythme indécis, des personnages un peu trop transparents et d’une histoire sur le fond déjà lue et relue ailleurs. Je garderai tout de même un souvenir positif car vraiment j’ai aimé ce sentiment de flou et de mélange entre SF et Fantasy, et surtout j’ai adoré rêver et imaginer les lents déplacements des personnages et de leurs « villes ».

A nouveau, merci à Albin Michel Imaginaire, pour cette lecture.

Ma note : 14 / 20

D’autres avis, avec notamment certains plus développés sur la question SF ou Fantasy ? : Apophis, Les chroniques du chroniqueur, L’épaule d’Orion, L’Ours inculte, Au pays des cave trolls, Anouchka,

8 commentaires sur “La Marche du Levant de Léafar Izen

    1. Merci pour cet éclaircissement. J’avais fait confiance aux premières chroniques à ce sujet pour expliquer mon ressenti. Je vois que l’explication est toute autre. Je vais aller corriger tout ça 🙂

      J'aime

    1. Alors l’éditeur m’a informée qu’en fait il n’y avait pas eu les coupes qu’on croyait que c’était en fait voulu par l’auteur. Pour ma part, je m’interroge sur ce choix de narration hachée du coup ^^!
      Mais l’univers en tout cas est la vraie richesse du titre et mérite d’être découvert !

      Aimé par 1 personne

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