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Les livres de la Terre fracturée de N.K. Jemisin

Titre : Les livres de la Terre fracturée

Auteur : N.K. Jemisin

Editeur vf : J’ai Lu – Nouveau Millénaires

Année de parution vf : 2017-2018

Nombre de tomes vf : 3 (série terminée)

Résumé du tome 1 : La terre tremble si souvent sur votre monde que la civilisation y est menacée en permanence. Le pire s’est d’ailleurs déjà produit plus d’une fois : de grands cataclysmes ont détruit les plus fières cités et soumis la planète à des hivers terribles, d’interminables nuits auxquelles l’humanité n’a survécu que de justesse. Les gens comme vous, les orogènes, qui possédez le talent de dompter volcans et séismes, devraient être vénérés. Mais c’est tout l’inverse. Vous devez vous cacher, vous faire passer pour une autre. Jusqu’au jour où votre mari découvre la vérité, massacre de ses poings votre fils de trois ans et kidnappe votre fille. Vous allez les retrouver, et peu importe que le monde soit en train de partir en morceaux.

Mes avis :

Tome 1 : La Cinquième Saison

Je suis une grande fan de la précédente série de N.K. Jemisin, La trilogie de l’héritage. J’y avais beaucoup aimé la plume de l’auteur, les thèmes qu’elle y avait développés et sa sensibilité. Quand j’ai vu que cette nouvelle saga qui tirait vers la science-fiction avait reçu le prix Hugo du meilleur roman, j’ai absolument voulu la lire. Malheureusement les débuts furent très compliqués, j’ai cru pendant un temps que ce serait une déception, mais finalement l’autrice a tout fait basculer et j’ai frôlé le coup de coeur.

Dès les premières pages de ce roman, nous sommes plongés dans un monde qui nous semble familier et étranger à la fois où la Terre a drastiquement changé après une suite de mouvements sismiques. Les habitants ont évolué eux aussi puisque chacun appartient à une caste selon ses aptitudes et que certains d’entre eux ont développé la capacité d’agir sur la géologie terrestre. Ces derniers sont ostracisés car ils ont font peur et nous allons suivre trois femmes appartenant à ce groupe, le groupe des orogènes ou géneurs.

Je ne vais pas vous mentir, le premier tiers du livre fut compliqué à lire pour moi. On est plongé en plein coeur de ce nouvel univers sans avoir beaucoup de clés de compréhension. Les appendices à la fin du tome aident un peu mais rendent la lecture assez indigeste au début. Je n’aime pas devoir sans arrêt aller chercher la définition d’un terme à la fin d’un tome, je trouve ça très agaçant, ça casse le rythme de lecture et ça bloque l’immersion dans l’histoire. Au début, j’étais donc sans cesse freinée dans ma lecture parce que j’avais du mal à appréhender ce nouvel univers. De plus, les choix de narration de N.K. Jemisin me perturbaient aussi. Elle alternait les histoires de trois femmes, leur prêtant à chaque fois des voix très différentes, notamment avec l’utilisation du « vous » pour représenter la narratrice la plus âgée et ça m’a beaucoup perturbée. J’avais du mal à m’attacher à ces héroïnes et à visualiser leurs aventures. Bref, je n’arrivais pas à m’imprégner de l’univers et de ses personnages.

Mais petit à petit au fur et à mesure que leur monde m’est devenu plus familier, le blocage s’est défait et j’ai pu plonger dans leurs aventures. J’ai alors positivement adoré ce que j’ai lu. J’ai trouvé que l’autrice avait été très intelligente dans la construction de son récit. La première surprise qu’elle avait placée pour nous a été totale pour moi, moins la seconde parce que je l’avais déduite de la première. J’ai été passionnée par le monde de cette Terre fracturée et son organisation. J’ai trouvé les personnages de plus en plus attachants de part les tragédies qu’ils vivent ou ont vécu. Et j’ai vraiment été déçue que ma lecture s’arrête déjà alors que j’avais enfin embarqué dans leur monde et pris mon rythme de croisière.

La mythologie que N.K. Jemisin a construit autour de cette nouvelle saga est radicalement différente de celle de la Trilogie de l’héritage que j’avais précédemment lue. On se retrouve ici plus dans un récit de fantasy qui flirte avec la science-fiction. On est sur une Terre où il y a de mystérieuses ruines d’anciennes civilisations, où les organisations qui ont le pouvoir cachent bien des secrets, où de mystérieuses obélisques apparaissent au fil du récit et ont de grands pouvoirs, où les personnages se révèlent avoir des pouvoirs encore plus importants qu’ils ne le pensaient, mais surtout où chacun se révèle différent de ce qu’il semble être au premier abord. On a également un ancien peuple très différent des humains qui semble savoir bien des choses sur le fonctionnement de cette Terre fracturée et ses secrets. Cela donne une ambiance très mystérieuse à l’ensemble et cela donne surtout très envie de se procurer la suite pour découvrir le fin mot de tous ces mystères.

A côté de cette mythologie très riche, j’ai aussi retrouvé avec plaisir le ton sans concession, tranchant et sensible à la fois de l’auteur. Elle n’épargne rien à ses personnages qui vivent dans un monde très rude. La première femme que l’on suit, Essun, a vu son fils tué par son mari à cause de ses pouvoirs, la deuxième, Syénite, est forcée de coucher avec un homme qu’elle ne désire pas parce que son organisation le demande, et la troisième, Damaya, se fait embrigader dans un institut quasi militaire où elle n’est rien. Mais chacune va se révéler plus forte que son destin, chacun va lutter pour obtenir la liberté et chacune va trouver une once d’espoir à un moment donné. J’ai beaucoup aimé la mise en avant de ces femmes au caractère bien affirmé. J’ai aussi aimé voir l’autrice introduire des personnages transgenres, homosexuels ou asexués dans son récit même si parfois ces traits n’apportent rien de plus au récit, ils sont juste là pour montrer que ça devrait être banal de retrouver ce genre de personnages dans n’importe quel récit où on croise pas mal de monde. On sent vraiment que N.K. Jemisin cherche à porter un vrai message ici.

Justement pour finir sur les personnages. J’ai trouvé intéressant de voir les hommes relégués au second plan dans cette saga. Ils sont là mais ce ne sont pas eux les acteurs principaux. Ils sont avant tout là pour faire avancer les héroïnes dans une certaine direction. Ils ne sont pas pour autant dénués d’intérêt. J’ai apprécié les différents mentors/amants de Syénite, que ce soit Albâtre ou Innon avec qui elle forme un très beau et touchant trio. J’ai aussi apprécié « les enfants » croisés au fil de la route, que ce soit le tout petit Cori, ou le mystérieux Hoa. Les méchants sont aussi très charismatiques comme le Gardien de Damaya et l’organisation à laquelle il appartient. Il y aurait encore énormément de choses à dire mais c’est dur de le faire sans spoiler alors je vais m’arrêter là.

La cinquième saison fut donc presque un coup de coeur pour moi, s’il n’y avait pas eu ces débuts chaotiques dans ma lecture. J’ai adoré l’univers et la façon dont il se révèle à nous, tout comme les personnages qu’on y suit. Ça reste un très vaste tome d’introduction où l’on commence tout juste à entrapercevoir le potentiel de l’histoire et du monde dans lequel elle se déroule. Je suis très frustrée de ne pas avoir la suite sous la main pour enchaîner et je l’attends donc de pieds fermes.

Tome 2 : La porte de Cristal

Je ne vais pas vous mentir, lire le tome 2 environ un an et demi après le premier ne fut pas une chose aisée. Dans les premiers temps de ma lecture, j’ai eu du mal à re-rentrer dans l’histoire et à trouver le bon rythme, mais une fois que j’ai pu me poser pour me replonger pleinement dedans sans distraction, ce fut impossible de le lâcher avant de l’avoir terminé.

J’ai beaucoup aimé retrouver les personnages clés du premier tome ici, que ce soit Essun et Albâtre, sa fille Nassun ou le gardien Schaffa. La narration est simplifiée dans cette suite, car une fois passée la surprise préparée dans le premier opus, il ne servait à rien de compliquer celle-ci, l’histoire l’est suffisamment. Je m’y suis donc retrouvée bien plus facilement, même si le jeu de la première fois m’a un peu manqué. Il reste que c’est perturbant de lire les chapitres d’Essun, où on parle d’elle à la deuxième personne du pluriel, mais l’explication va venir au fil du temps et elle tombe sous le sens une fois qu’on a compris.

Maintenant, pour en revenir à l’histoire, celle-ci continue à se dérouler dans ce drôle d’univers à mi-chemin entre la Fantasy et la SF, qui pourrait être le devenir de notre monde. On retrouve notre héroïne, qui vit dans une communauté où les orogènes cohabitent avec les fixes, mais Essun a du mal à y trouver sa place et à tirer une croix sur le passé, encore plus quand elle retrouve son cher Albâtre. Elle pense toujours à sa fille, qui sera l’autre voix que nous allons suivre ici. Celle-ci est partie sur les routes avec son père, qui cherche un remède (=une communauté) pour la guérir de son orogénie. J’ai beaucoup aimé les chapitres concernant Nassum que j’ai trouvé bien plus entraînant que ceux de sa mère. On y fait de nouvelles rencontres, on y redécouvre certains personnages et on en apprend plus sur l’univers dans lequel ils vivent. C’est un élément qu’on retrouve aussi d’ailleurs chez Essun et qui m’a beaucoup plu, parce qu’il faut dire que c’est quand même un monde assez difficile à appréhender que nous a construit N.K. Jemisin, et c’est agréable de le voir être un peu expliqué à nos yeux.

D’ailleurs, il n’y a pas que l’univers qu’il explicite dans ce tome. L’écrivaine développe aussi ses personnages ici. Elle apporte tout plein de nuances aux hommes et femmes croisés précédemment. Il y a tout d’abord Essun qui s’adoucit et révèle peu à peu toute sa fragilité et sa complexité. Il y a aussi Albâtre dont le destin m’a particulièrement ému (et j’espère avoir bien saisi ce que je crois sur lui à la fin ^^). Nassum est aussi une belle révélation, c’est une jeune bien plus forte que je le croyais et qui sera essentielle. J’ai trouvé sa relation avec Schaffa superbe. Celui-ci est ma révélation du tome ! Enfin, il y a le mystérieux Hoa que j’ai été ravie de retrouver et dont j’ai aimé le rôle auprès d’Essun. Je regrette juste que les autres personnages qu’on croise près d’eux fassent plus décor qu’autre chose…

Après ce deuxième tome souffre malheureusement du syndrome inhérent à sa place dans la trilogie. Il passe après la surprise du premier et avant le final, probablement tonitruant du dernier. Il développe l’univers et pour cela, l’autrice calme son rythme et pose un temps son histoire. On a donc de longs moments d’explications, plus ou moins complexe à imaginer. Ce n’est pas désagréable, j’ai aimé, mais ça m’a aussi freinée dans ma lecture. Comme souvent, l’accélération survient dans les 100 dernières pages où tout se bouscule, où on tremble à chaque page et où on frétille d’impatience.

Il faut dire que l’univers qu’on voit se développer sous nos yeux, mélange de science et de magie a de quoi intriguer et ça marche très bien avec moi. C’était déjà passionnant ce traitement de l’orogénie dans le premier tome, ici cela devient de plus en plus visuel d’abord (un peu à la façon de Sanderson dans Fils-des-Brumes), puis complexe avec l’introduction de la magie dedans, et enfin vaste avec ce lien avec le coeur de la Terre et les différentes puissances. J’aime cette mythologie très originale qu’a su créer N.K. Jemisin.

Enfin, j’ai trouvé intéressant de voir l’autrice développer en parallèle deux conceptions de son univers avec les visions différentes de la mère et de la fille qui sont complètement les résultantes de leur éducation et de leur expérience de la vie. N.K. Jemisin continue à être en cela une autrice que j’adore suivre. Elle parle de maltraitance, de lavage de cerveau comme dans les sectes, mais aussi de féminisme, de rédemption et surtout de courage et de force. C’est vraiment un titre multi-facette dont je sens bien que j’ai du mal à vous parler sans trop vous spoiler.

J’ai passé un très bon moment avec ce deuxième tome de la Terre fracturée. J’ai aimé l’enrichissement de l’univers, le développement des personnages, les émotions que j’ai ressenties et les thèmes qui y sont encore une fois développés. Je suis très impatiente de voir ce que l’écrivaine nous réserve pour la fin. Va-t-elle se montrer impitoyable ou va-t-elle adoucir son final et lui apporter une pointe d’espoir ? Rendez-vous le mois prochain pour savoir.

Tome 3 : Les cieux pétrifiés

Avec ce tome 3, N.K. Jemisin nous sert déjà la conclusion de sa trilogie très justement intitulée les Livres de la Terre fracturée et qui parle de bien plus que d’une affaire de géologie à la sauce science-fiction, ce que démontre à merveille cet ultime opus.

Pour autant, dans cette trilogie, à la lecture de chaque tome suivant le premier, j’ai senti un lent glissement dans la forme. J’ai adoré le premier malgré sa lenteur parce qu’il se dégageait de la narration une vraie force et une vraie surprise. Puis avec le tome 2, j’ai commencé à sentir que celle-ci devenait plus classique et du coup que certains effets de style étaient un peu malaisants. Dans ce dernier tome, j’ai vraiment marqué le coup et c’est plus le fond que la forme qui m’ont séduite.

Nous retrouvons Hoa, notre cher être de pierre, comme narrateur. Nous suivons toujours Nassun et Essun, cette mère et cette fille dont la relation a explosé en plein vol. Des décisions de chacune résultera le sort de l’humanité. Ce poids qui pèse sur elle, je l’ai ressenti tout au long de ma lecture. On les sent trainer les pieds pour l’une, trainer son coeur lourd pour l’autre, le tout vers le moment inéluctable des retrouvailles et du choix. Honnêtement, ce fut une lecture prenante mais difficile et douloureuse. J’ai senti chaque malaise de l’une et de l’autre. J’ai senti chaque difficulté rencontrée en chemin. On a ainsi un récit qui se rapproche du road trip, un road trip solitaire pour les deux chacune à leur façon, mais aussi un road trip poussiéreux, douloureux et long, très long. Cela pèse sur le rythme de l’histoire qui est assez indigeste ici tant c’est lent et laborieux, pour ne pas dire répétitif parfois dans les choix et réflexions qu’elles font.

Heureusement pour palier à cette morosité ambiante, l’autrice a introduit dans ce tome une nouvelle ligne temporelle, celle qui m’a clairement le plus passionnée même si elle était parfois difficile à appréhender : celle de l’histoire d’Hoa, le mangeur de pierre. Celle-ci s’est révélée très belle en émotions et en révélations sur le monde dans lequel se déroule l’histoire. Elle apporte un vrai plus à l’histoire et lui donne une nouvelle dimension.

De la même façon, même si la forme m’a heurtée, j’ai beaucoup aimé toute l’histoire de fond sur la relation mère-fille des héroïnes et plus loin sur la notion de parentalité. C’est raconté avec beaucoup de pudeur mais en même temps avec une grande honnêteté, que ce soit la relation Nassun-Shaffa ou celle d’Essun-Hoa. C’était très beau et le dénouement m’aura fait verser une petite larme. Toute deux n’auront pas eu des vies faciles, leurs choix les auront secouée et forgée jusque dans leurs tréfonds et ce sont en cela des personnages vraiment marquant.

Du coup, à la limite, même si l’univers était très intriguant au début et qu’il le reste dans ces ultimes moments, ce n’est pas forcément lui le point d’orgue de l’histoire. J’ai tout de même apprécié que l’autrice ne l’abandonne pas en cours de route et qu’on ait une résolution digne de ce à quoi on pouvait s’attendre. J’ai quand même trouvé le rendu du système de magie un peu faible dans cet ultime volume, n’est pas Sanderson qui veut pour rendre celui-ci tangible et explosif à nos yeux.

Ainsi malgré une narration un brin lente et pesante, une histoire à l’univers assez dense et parfois un peu cryptique, j’ai beaucoup aimé la trilogie des Livres de la Terre fracturée de part ses personnages, qui se révèlent complexes, profonds et émouvants dans le monde impitoyable dans lequel ils vivent. C’est une beau cheminement qui nous est conté ici et je regrette de déjà quitter cet univers. Je n’aurais pas été contre une nouvelle concernant les personnages « après ».

Ma note : 15,5 / 20

7 commentaires sur “Les livres de la Terre fracturée de N.K. Jemisin

  1. Hm tu me donnes envie ! J’avais repérer ce livre à la Fnac et j’avais hésité à l’acheter. Mais ton avis pourrais bien faire pencher la balance. J’avais peur de me retrouver dans un univers qu’on a trop souvent tendance à voir en science-fy et en fantasy, mais là … je vais surement me laisser tenter !

    Aimé par 1 personne

  2. Je ne suis pas certaine de me lancer, mais j’aime les auteur(e)s qui n’épargnent pas leurs personnages et qui savent impliquer les lecteurs dans leur univers… Dans tous les cas, c’est super qu’après des débuts laborieux, tu aies frôlé le coup de cœur 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Il faut dire que N.K. Jemisin est vraiment une autrice à suivre. Elle sait écrire des personnages tellement forts et nous surprendre si bien.
      Si ce titre te laisse dubitative, je peux te conseiller son autre saga Les Cent mille Royaumes, qui est de la fantasy pure, et qui est un énorme coup de coeur (j’ai parle aussi sur le blog) ^0^

      Aimé par 1 personne

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