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Les Découvertes d’Akata #21 : Celle que je suis de Bingo Morihashi et Koko Suwaru

Nouveau rendez-vous du mercredi où je pars à la découverte d’un titre du catalogue d’Akata.

Cette semaine, mon choix fut simple et rapide, il fallait que je vous parle du dernier titre engagé en date paru chez Akata la semaine passée : Celle que je suis de Bingo Morihashi (histoire) et Koko Suwaru (dessins), un titre pour parler de genre et d’identité sexuelle. J’attendais beaucoup de ce remplaçant d’Éclat(s) d’âme qui fut un de mes coups de coeur de l’an dernier. Était-ce aussi fort ? Verdict plus bas.

Titre : Celle que je suis

Auteurs : Bingo Morihashi (histoire) et Koko Suwaru (dessins)

Éditeur vf : Akata (L)

Année de parution vf : 2019

Nombre de tomes vf : 2 (série terminée)

Histoire : Années quatre-vingt, Tokyo. Yûji Manase est étudiant. Mais il vit au quotidien avec deux secrets dont il n’a jamais parlé à personne : d’une part, les sentiments qu’il éprouve pour son ami de longue date Masaki Matsunaga, et de l’autre, le malaise qu’il ressent vis-à-vis de son corps. Un jour, Yûji pose la main sur une robe que sa sœur a laissée dans son appartement, sans savoir que cet acte allait bouleverser sa vie…

Mon avis :

Tome 1

Nouveau titre d’Akata censé prendre la relève d’Éclat(s) d’âme (un coup de coeur !), j’attendais beaucoup de Celle que je suis. Si je n’ai pas ressenti autant d’émotions, c’est tout de même une très belle lecture qui a vraiment su m’émouvoir.

Nous suivons la vie d’un jeune homme d’une vingtaine d’année dans les années 80 qui est très mal dans sa peau. Depuis tout jeune, il n’aime pas son corps, ne le supporte pas et ne semble pas trop comprendre pourquoi, jusqu’au jour où il a une révélation en enfilant des vêtements de sa soeur. Vous l’aurez compris, c’est bien de genre que nous allons parler ici.

La chose n’est pas facile, c’est un sujet casse-gueule, dont il est toujours compliqué de parler parce que souvent on mélange plusieurs choses et qu’on peut se montrer maladroit. Je ne suis pas une spécialiste de la question, loin de là, mais le sujet m’intéresse et dès qu’un médium en parle (livre ou film) je m’en empare. Ici, j’ai eu le sentiment que les mangakas le faisaient avec beaucoup de tact et de bienveillance, à travers le personnage de Yûji.

On découvre avec lui qu’il n’est déjà pas facile d’aimer les garçons dans les années 80 au Japon (et sûrement ailleurs non plus, et sûrement encore à notre époque non plus). Mais surtout on découvre que quand comme lui, on est différent, on doit porter ce secret en soi, seul, et que c’est très dur à assumer. Ainsi les premiers chapitres malgré une certaine douceur sont tout de même très durs à lire, très pesants parce que son mal être saute aux yeux et qu’on n’a pas de solution. On voit Yûji qui vivote dans sa vie. Il avance tant bien que mal, entretient des relations avec sa famille et ses connaissances de la fac mais sans jamais vraiment se lier puisqu’il ne peut être honnête, sincère avec eux. Il ne sait pas non plus trop où il en est, que faire de son sentiment de mal être, comment changer pour aller mieux. C’est très triste à lire. Heureusement, un élément va venir bouleverser cette dynamique et commencer à aider le héros dans son chemin de vie.

Dit comme ça, on dirait que le titre ne parle que de Yûji et de sa quête d’identité, mais en fait le titre aborde aussi en périphérie d’autres sujets intéressants comme la vie à la fac, la jeunesse au Japon dans les années 80, le soutien au non de la famille… Et puis, on parle du sentiment de Yûji qui est né homme et se sent femme, mais les autrices n’hésitent pas non plus à parler de la pression sociale qui colle une image toute préconçue aux gens, comme la si dynamique Ayumi qu’on ne considère pas comme une femme parce qu’elle est « garçon manquée » et qui se sent obligée d’utiliser des artifices pour corriger cela. C’est très triste. Le titre est donc bien plus complexe qu’il pourrait le sembler au premier abord et soulève bien des questions.

En ce qui concerne les dessins, ils sont beaux, fins, un peu épurés et quand les autrices ajoutent des décors ou accessoires, c’est que ça a vraiment de l’importance pour l’histoire. Mais en soit, ils sont assez classiques et ne sortent pas vraiment du lot non plus dans la mise en page. C’est peut-être justement ce qu’il manque au titre par rapport à son prédécesseur, cette force évocatrice graphique.

Au final, j’ai un peu peur qu’en seulement 2 tomes on n’accouche d’une souris. Je crains qu’on ne puisse pas aller bien au fond de tous les sujets, ou bien qu’on s’arrête trop tôt à mon goût alors que j’aimerais en savoir plus. C’est le risque. Mais je suis prête à le prendre tant ce genre de titres est rare chez nous. J’avais eu un coup de coeur pour le film Danish Girl sur le même sujet, je suis prête pour avoir le même ici si les autrices savent bien s’y prendre ^-^

Tome 2

J’avais peur à la lecture du premier tome d’avoir une déception avec cette suite et fin, ce fut malheureusement le cas. Plusieurs points m’ont gênée sur lesquels je vais revenir et la seule chose positive que je peux dire c’est que ça se lit rapidement et facilement, et que les dessins restent agréables, pour le reste…

Je ne suis pas une spécialiste de la question des genres, loin de là, mais pas mal de choses m’ont faites tiquer à ce sujet, aussi bien pour les personnages dits trans que pour les hétéros. La vision présentée de la femme m’a fait grincer des dents plus d’une fois, ainsi que celle de l’homme « mâle ». Ce n’est pas une vision très moderne. Il y a des réflexions assez désagréable, comme par exemple quand le héros dit en gros que si son copain sort avec une fille aussi peu féminine lui-même, homme, a une change. Comment peut-on écrire ça ? Le représentant des hommes hétéros est par sa part une vraie girouette, qui se sert de l’une, puis reprend l’autre, avant de l’abandonner à ses problèmes parce qu’il ne supporte plus ses défauts. Bonjour le caractère… La fille avec qui il est au début, elle, pense que c’est en se maquillant et en portant une jupe qu’elle va le séduire, sans commentaire. Et celle avec qui il s’enfuit, pense qu’elle n’est « rien » parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfant. Ça fait vraiment beaucoup beaucoup d’images qui m’horripilent ! Alors je veux bien qu’on nous dise que c’est pour dénoncer une certaine réalité mais comme ça ne propose rien d’autre pour faire contrepoids, c’est nul. Je suis vraiment très déçue.

Pour en revenir au héros, il disparait complètement de l’histoire pendant quasiment la moitié du tome. Son évolution est très mince. Trop peu de pages lui sont consacrées pour en saisir toute la portée. C’est beaucoup trop précipité sur la fin en plus. Franchement, si juste la rencontre d’un autre trans, dans un bar, qui l’aide à se maquiller et l’habiller (ce qu’il faisait déjà auparavant chez lui…), suffit à le faire se sentir mieux, c’est bien facile finalement. Vous l’avez compris, ça ne fait pas très crédible surtout. La conversation qu’il a sur la fin avec son meilleur ami est d’ailleurs d’un surréalisme rare. Sans parler de tous ces moments où lui et les gens qui l’entourent manquent complètement de tact à la fois sur son mal être et sur ses sentiments amoureux. J’ai eu envie de lâcher le bouquin plus d’une fois. Franchement, lire que son mal être est le même que celui de toutes les personnes qui se sentent à l’étroit dans une case, c’est un peu léger. L’idée n’est pas mauvaise mais je suis assez mal à l’aise avec le résultat que ça offre ici.

Avec un second et dernier tome consacré, maladroitement, pour moitié à l’histoire de ses amis hétéros, et seulement pour l’autre moitié au héros en transition, Celle que je suis est un titre inabouti qui contient énormément de maladresse dans ses propos, ce qui m’a horripilée plus d’une fois. Il y a de bonnes intentions mais la réalisation pêche et je ne suis pas sûre que l’auteur/-trice maîtrise vraiment bien le sujet dont il/elle veut parler… C’est donc une déception cuisante pour moi.

Ma note : 13 / 20

Découvrez, Celle que je suis sur Akata.fr.

11 commentaires sur “Les Découvertes d’Akata #21 : Celle que je suis de Bingo Morihashi et Koko Suwaru

      1. Tout le monde préfère éclats d’âme à Celle que je suis à ce que je vois, alors que pour moi c’est l’inverse: j’ai trouvé Eclats d’âme violent et les personnages insupportables (sauf haru et sa copine) , je n’ai même pas encore acheté le tome 4 d’ailleurs, alors que j’ai beaucoup aimé lire le tome 1 de Celle que je suis

        Aimé par 1 personne

      2. C’est effectivement vraiment une question de ressenti. Je suis d’accord pour dire que Celle que je suis est plus doux, mais c’est justement la violence des émotions d’Eclat(s) d’âme qui m’a séduite ^^
        Après tant que chacun y trouve son compte et qu’on parle de ces sujets si longtemps tabou, je suis contente 🙂

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  1. J’ai eu à peu près le même ressenti que toi pour le tome 2 mais j’ai lu quelque part que la série avait du être arrêtée par manque de succès ce qui m’a permis de voir cette fin sous un autre angle et d’être beaucoup moins cinglante que ce que j’avais prévu xD

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne suis pas surprise alors, ça explique déjà ce rush que j’ai ressenti, mais malheureusement ça ne pardonne pas les autres choses qui m’ont déplu. Heureusement que la série fut courte de ce côté-là ^^!

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      1. Oui, j’aurais aimé que les mangakas terminent leur histoire comme elles le souhaitaient, on aurait ainsi pu voir si les idées qui ont déplu sont dû au rush ou à une véritable maladresse des auteurs ><

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