Livres - Fantasy / Fantastique

La grâce des rois de Ken Liu

Titre : La grâce des rois (Tome 1 de La Dynastie des Dents-de-Lion)

Auteur : Ken Liu

Éditeur vf : Outrefleuve (grand format) / Pocket (poche)

Année de parution vf : 2018 (grand format) / 2019 (poche)

Nombre de tomes vf : 2 en cours (grand format) / 1 en cours (poche) – sur 3 bientôt terminé en vo

Histoire : Le Royaume de Dara est divisé en sept États, mais l’un d’entre eux, Xana, a pris l’ascendant sur les autres par la force et le jeu des alliances politiques. Son roi est devenu l’Empereur et a établi le règne du Céleste Diaphane. Tous désormais doivent chanter ses louanges et oeuvrer à sa gloire. Cependant, chez les nobles déchus comme chez le peuple corvéable, épuisé et écrasé d’impôts, la révolte gronde. Mais comment renverser cet empire dont les forces armées s’appuient sur une technologie élaborée et quasi magique ? C’est le défi que tenteront de relever Mata Zyndu, le dernier héritier de son clan, déchu pour avoir osé s’opposer à la Conquête et qui a juré de rétablir l’honneur de son nom, et Kuni Garu, un voyou charmeur et beau parleur qui s’apprête à embrasser un destin bien supérieur à ses ambitions les plus secrètes. Sauront-ils surmonter les défis qui les attendent pour accomplir leur destin sous la férule des dieux ?

Mon avis :

La Dynastie des Dents-de-Lion, tome 1 : La Grâce des Rois

J’ai découvert Ken Liu, il y a quelques temps déjà, avec sa nouvelle L’homme qui mit fin à l’histoire, que j’avais vraiment beaucoup aimé. Sa facilité de conteur et sa plume m’avait fait grand effet. Il a également commis plusieurs recueils de nouvelles que je dois encore lire mais ce n’est pas mon format préféré en général. Alors quand j’ai appris qu’il sortait une saga de Fantasy, je me suis dit que ce serait parfait pour moi ! Sauf que quand un auteur est un habitué du format court, ce n’est pas aussi simple de passer à un format complètement différent…

Pourquoi dis-je cela ? Parce que j’ai eu énormément de mal à entrer dans l’univers de la Grâce des Rois. L’auteur cherche à placer énormément de personnages, de lieux et de dynamiques dans les 300 premières pages de son titre, variant en plus très souvent et rapidement les points de vue. C’est donc assez dur de s’y retrouver, du moins ce le fut pour moi. J’ai vraiment vécu ce début comme une épreuve, ne parvenant, j’ai l’impression, pas à tout saisir en dehors de la dynamique générale et surtout ne parvenant pas à éprouver de la sympathie ou du moins un attachant pour les personnages alors que c’est ce qui me fait avancer dans mes lectures d’habitude.

Pourtant, l’univers et l’histoire sont vraiment très intéressants. Dans un univers fictif mais d’inspiration asiatique, nous découvrons un ensemble d’îles découpées en plusieurs états qui sont sous la férule d’un Empereur qui ne fait pas l’unanimité. Son comportement délétère pousse petit à petit plusieurs personnages d’horizons variés aux quatre coins du royaume à se rebeller contre lui. Ce sont tous ces petits personnages, dont certains prendront de l’importance par la suite, que nous découvrons dans le premier tiers du tome, mais comme on passe rapidement de l’un à l’autre pour découvrir leurs origines, leurs motivations et leurs actions, dur dur d’en voir sortir du lot.

Ce n’est qu’à partir de la page 300 qu’il y a un tournant. L’auteur s’attache alors à deux personnages et aux personnes gravitant autour d’eux : Mata Zyndu, le dernier héritier de son clan, déchu pour avoir osé s’opposer à la Conquêt de l’Empire, et Kuni Garu, un voyou charmeur et beau parleur qui va gravir peu à peu les échelons. Ces deux personnages qui n’ont rien en commun vont se rencontrer et unir leur destin pour faire une grande oeuvre. Sauf que rien ne se passe jamais comme prévu dans cette histoire. On se retrouver alors avec une histoire de révolte, suivi par l’arrivée d’un nouveau tyran, avant que ne se déclenche une autre révolte encore plus sanglante.

Ken Liu arrive alors à parfaitement accrocher et maintenir l’attention de son lectorat. Il varie les rythmes, sait accélérer quand c’est nécessaire avec des rebondissements inattendus, puis ralentir quand il faut développer tel ou tel personnage. Les deux héros sont la clé de voûte de ce système. C’est vraiment à eux que l’on s’intéresse et s’attache, chacun dans son genre et sans le moindre manichéisme, car chacun à ses belles qualités et ses terribles défauts.

L’univers de Ken Liu est complexe. Inspiré probablement des Trois royaumes, même si l’action est présente, c’est l’intrigue et les complots qui ont la part belle. J’ai adoré dans la seconde moitié suivre les complots et trahisons qui s’enchainaient. J’ai également trouvé très bien de sa part de mettre en avant autant de personnages féminins forts sur la fin de son récit (Jia, Gin, Soto, Kikomi…) . C’est assez inattendu ici, surtout au vu des débuts et celles-ci sont à la fois marquantes, utiles à l’histoire et bien développées. C’est rare. Je comprends du coup l’appellation de « silkpunk » qu’on donne au genre de roman comme celui-ci. On est en effet dans quelque chose de plus feutré, d’où le côté « silk », même si quand il faut y aller faut y aller et que l’auteur sait aussi écrire de belles scènes de batailles. Pour le « punk », c’est assez discret au début mais on découvre peu à peu un univers fait de machines volantes et autres inventions mécaniques forts intéressantes et rappelant le XIXe (aérostat, sous-marins…), ce qui fait rêver ici.

En conclusion, malgré des débuts difficiles, j’ai fini par prendre beaucoup de plaisir à suivre les démêlés déchirants de ce Royaume de Dara. La plume de Ken Liu est toujours aussi fluide et agréable. Il reste un excellent conteur qui sait gérer ses effets. Son histoire gagne en intensité et dramaturgie au fil des pages pour un superbe final. D’ailleurs il aurait pu s’arrêter ici, l’histoire se suffisant à elle-même, mais puisqu’il propose une suite, même si j’ai peur de revivre le même calvaire au début, j’ai quand même envie de voir quelles surprises il nous réserve, notamment du côté des personnages féminins et de la nouvelle génération. Alors non ce n’est pas un coup de coeur à cause de ce décor difficile à appréhender au début, mais quelle écriture, quel final !

Ma note : 15,5 / 20

2 commentaires sur “La grâce des rois de Ken Liu

  1. Concernant l’origine du terme Silkpunk, elle est double : premièrement, c’est un dérivé du Steampunk qui substitue au cadre victorien classique dans ce sous-genre un cadre sinisant, d’où le silk (soie) ; deuxièmement, Ken Liu a remarqué que les sous-genres dérivés du Steampunk sont tous basés sur une source d’énergie (vapeur, nucléaire, diesel, etc), et lui a plutôt voulu mettre en avant une esthétique et des matériaux (soie… et bambou).

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ces précisions très intéressantes, autant je me doutais pour l’influence du « steam » de steampunk, mais je ne pensais pas que le « silk » venait de là, ni de l’interprétation de Ken Liu. Très enrichissant, merci !

      Aimé par 1 personne

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