Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

The Poe Clan de Moto Hagio

Titre : The Poe Clan

Auteur : Moto Hagio

Editeur américain : Fantagraphics

Année de parution us : 2019-2020

Nombre de tomes : 1 / 2 (en cours)

Histoire : Angleterre, XIXe siècle, la famille Portsnell vit dans le mystérieux village Poe. La famille Portsnell est une famille de vampires; les frère et sœur Edgar et Marybelle, respectivement bloqués à l’âge de 14 et 13 ans, se font passer pour les enfants adoptifs de Frank et Sheila Portsnell. Marybelle étant de santé fragile, elle a besoin de nouveau sang, aussi la famille décide de déménager dans une autre ville dans l’espoir de trouver des « donateurs ». Dans la nouvelle ville, Edgar intègre une école pour garçons et se prend d’intérêt pour un autre élève de l’établissement : Allan Twilight. 

Mon avis :

Tome 1

Moto Hagio est une autrice de shojo culte au Japon qu’on n’a eu que trop peu l’occasion de découvrir en France à part dans une Anthologie chez Glénat et avec le Coeur de Thomas chez Kazé. Pour pouvoir continuer à découvrir son oeuvre emblématique, il faut se tourner vers les Etats-Unis où une traductrice, fan de la mangaka, Rachel Thorn, met tout en oeuvre pour qu’on puisse la lire dans la langue de Shakespeare.

Poe no Ichizoku – The Poe Clan est une courte série de 5 tomes parue dans les années 1970 au Japon que l’éditeur Fantagraphics propose de découvrir dans deux volumineuses intégrales très qualitatives. La première est parue l’an dernier et la dernière doit sortir cette année. On y suit les aventures d’une famille de vampires à travers les siècles et l’Europe mais sans ligne temporelle claire puisque l’autrice s’amuse à raconter leur histoire sans aucun respect d’une quelconque chronologie.

Avec Le Clan Poe, Moto Hagio revisite de façon très romanesque le mythe des vampires. Elle s’inspire pour cela de la littérature européenne et du courant romantique. Tout est drame dans sa saga ce qui est l’occasion de découvrir son trait sous son meilleur jour, c’est-à-dire dans de superbes envolées lyriques. Les personnages sont tous des héros romantiques en puissance qui vivent tragédies sur tragédies et en prime la mangaka aime entrecouper leurs pensées de citations littéraires prête à nous tirer des larmes. Pour ma part, j’ai aimé cela. J’ai vraiment retrouvé à travers ça ce qui me plait tant dans les shojos de ces années-là et que je pleure de ne pas pouvoir lire plus souvent en français à de rares exceptions…

Cependant l’oeuvre n’est pas d’un abord facile. La narration se fait souvent poussive, partant trop souvent dans un drame surjoué. Le fait que les différents chapitres ne suivent pas une chronologie claire et qu’un chapitre peut se dérouler avant celui qu’on vient de lire et un autre entre deux déjà lus, n’aide pas à s’y retrouver. Les chapitres, en plus, n’ont pas la même longueur. Les premiers sont plutôt courts et on y voit très peu nos héros qui ne sont d’un décor en arrière-plan. Les suivants deviennent plus longs. Ce sont de véritables histoires indépendantes découpées en chapitres qui ne disent pas leur nom pour rythmer un peu cela et casser leur longueur parfois un peu trop importante. L’autrice y développe alors plus ses thématiques.

En effet, avec cette famille pour le moins originale, Moto Hagio en profite pour parler d’amour familial, de famille recomposée, d’adultère, de superstitions, de rumeurs, de pauvreté, de la vie de la noblesse, d’homosexualité, de suicide, de persécution ou encore de vie en pensionnat. C’est très riche. Mais le plus intéressant tient à l’ambiance fantastique qui recouvre petit à petit l’ensemble des histoires. On sent un mystérieux voile se déposer sur la famille et les gens qu’ils croisent qui peut parfois anesthésier et figer tout ce beau monde, ou juste mener à un carnage terrible, brutal et irréversible. On a vraiment ici une belle et marquante interprétation du mythe du vampire.

Les personnages qui les incarnent sont assez singuliers pour l’époque. Il y a d’abord un couple très élégant, dont on découvrira l’histoire, que j’ai trouvé assez sordide pour ma part… Ils sont accompagnés de deux enfants, frère et soeur, qu’ils ont adopté et c’est souvent à travers les amitiés que ceux-ci vont essayer de nouer que les histoires vont démarrer, car quelle solitude que d’être condamné à ne plus vieillir et donc à ne pouvoir rester nulle part à 13-14 ans. J’ai eu du mal avec Maribella que je trouvais trop irréelle. C’est vraiment pour moi la représentante parfaite de ces femmes faibles et fragiles que les hommes aiment tant protéger dans les vieux mangas. Ça la rend totalement transparente, sans substance et donc décevante. A l’inverse, son frère Edgar est très marquant. Il inquiète, il dérange. On a du mal à le cerner même après nous avoir dévoilé son histoire. C’est donc le héros parfait pour ce genre d’histoire. Quant à son acolyte Alan, il est tellement perturbé qu’il faut s’attendre à tout de sa part. Ils forment donc un duo détonant qui interpelle. L’autrice surfe sur les tabous de l’époque avec ce trio, relation quasi incestueuse entre le frère et la soeur, relation tendancieuse quasi homosexuelle entre les deux amis. Il y a de quoi faire couler beaucoup d’encre sur eux, mais je m’arrêterai là pour vous laisser le plaisir de la découverte.

Sachez juste qu’en le lisant on comprend le grand succès rencontré par ce titre à l’époque au point de faire un carton niveau vente au Japon et qui fait encore tellement parler de lui que l’autrice en a sorti un spin-off pour fêter les 40 ans de sa sortie en relié en 2016 et qu’elle continue à en proposer la suite aujourd’hui. The Poe Clan a vraiment une atmosphère à part.

Ma note : 16 / 20

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