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Comme sur un nuage d’Okura et Hashii Coma

Titre : Comme sur un nuage

Auteurs : Okura (scénario) et Hashii Coma (dessins)

Editeur vf : Akata (M)

Année de parution vf : 2020-2021

Nombre de tomes vf : 3 (série terminée)

Histoire : Dai Noshiro, adolescent de 17 ans, vient de débarquer dans un nouveau lycée. Plutôt jovial et ouvert, il n’a aucun mal à s’intégrer dans ce nouvel environnement. Mais très vite, il remarque que dans sa nouvelle classe, un élève est mis de côté : un certain Kô Sanada. La rumeur raconte en effet qu’il est gay et personne n’ose l’approcher. Mais Noshiro, refusant l’injustice, décide d’essayer d’en faire son ami…

Mon avis :

Tome 1

Depuis quelques années, Akata s’est vraiment engagé sur le chemin de la diversité et a choisi pour cela de mettre en avant de nombreuses oeuvres parlant de la recherche de soi et de sa sexualité. C’est dans cette dynamique que s’inscrit leur nouveau titre Comme sur un nuage.

Celui-ci, coécrit par Okura au scénario et Coma Hashii aux dessins, est terminé au Japon avec 3 tomes à son compteur. 3 tomes cela peut sembler court, mais j’imagine que cela permettra surtout aux auteurs de vraiment bien concentrer leur propos pour nous livrer une oeuvre encore plus forte.

Celle-ci démarre lors de l’arrivée de Dai Noshiro qui se retrouve encore à être « le nouveau » dans sa classe après un énième déménagement. Très vite , il remarque que l’un de ses camarades est laissé à l’écart et ayant un grand coeur, il décide de tout faire pour devenir son ami, comprendre ce qu’il se passe et le réconcilier avec les autres. Mais ce n’est pas si simple. Kô Sanada, le garçon en question, s’est de lui-même isolé après que des rumeurs se soient mises à circuler sur lui dans le lycée, disant qu’il était gay. Dai refuse cependant cette injuste et à corps et à cri il va tout faire pour l’aider et devenir son ami, même si celui-ci se montre parfois un peu récalcitrant.

J’ai vu passer sur les réseaux sociaux plusieurs comparaison de ce titre avec Blue Flag, sûrement à cause de côté « lycéen gay » qui se cache un peu et trio d’amis, mais pour ma part, je n’ai pas trouvé de ressemblances entre les titres. On ne joue pas du tout dans la même cour. Là où Blue Flag est vraiment porté par une narration lumineuse et dramatique à la fois avec à chaque tome un sujet fort abordé concernant aussi bien la sexualité que d’autres aspects de l’adolescence, nous sommes ici sur quelque chose de beaucoup plus classique, je trouve. 

Les auteurs sont totalement dans l’air du temps. Ils ancrent leur récit dans la décennie dans laquelle nous vivons, avec ce terrible poids des rumeurs et des réseaux sociaux. Le héros, Kô, fait vraiment de la peine. Il s’est coupé de tous sauf de sa meilleure amie qui est dans une autre classe, car même s’il assume son identité sexuelle, le poids du rejet de la société sur lui, et ce dès le microcosme du lycée !, est tel qu’il préfère rester seul. C’est terrible. De même, il ne peut pas exprimer ses émotions à la barbe et au nez de tous, il est obligé de le faire en cachette, à travers des rencontres pour le moins glauque, qui m’ont rappelé l’intrigue d’un roman dont on avait parlé sur la blogosphère il y a quelques mois : Je ne suis pas un gay de fiction (paru aussi chez Akata).

L’apparition de Noshiro est vraiment une bouffée d’oxygène là-dedans. Celui-ci est adorable. C’est mon coup de coeur. Il est frais, naïf, pas du tout dans le jeu des relations romantiques. C’est juste un gamin qui prend plaisir à rire et s’amuser avec ses copains et voudrait voir tout le monde heureux. Il est profondément gentil. Pour autant, il lui arrive à lui aussi de commettre des bourdes. Du coup, il est plus nuancé et complexe que ce qu’on pourrait croire au premier abord et il apporte une vraie réplique à Kô. Là où ce dernier est lunaire, Noshiro, lui, est solaire. Là où l’un est taiseux, l’autre est bavard. Là où l’un est discret, l’autre est voyant. Ils se complètent très bien. Noshiro va être là pour secouer Kô, pour le sortir de sa torpeur, pour tenter de lui faire comprendre qu’il a le droit de vivre sa vie et d’être différent.

Mais ce n’est pas un long fleuve tranquille, leur relation est compliquée et ce premier tome montre beaucoup de phases d’avancées suivies de reculs. C’est parfois, souvent, un peu agaçant mais nécessaire. C’est ce qui rend le titre plus réaliste. Les échanges entre les deux garçons sont savoureux. Kô a le chic pour appuyer là où ça fait mal et Noshiro pour faire des bourdes qui vont le faire sortir de ses gonds. Il y a vraiment quelque chose de prometteur entre eux, mais au point que ça étouffe l’ensemble des autres personnages. Je pensais en voyant la couverture, que l’amie d’enfance de Kô aurait un plus grand rôle. Je la trouve très archétypée et en retrait pour le moment. A la limite, c’est plus un certain luron qui apparait dans la seconde partie qui va venir jouer les troubles fêtes et aider les garçons à se comprendre.

En revanche, je n’ai pas du tout aimé les dessins. Je les ai trouvé très simples, trop simples et assez fades et sans vie en général. Je ne suis pas du tout fan du trait beaucoup trop rond et minimaliste de l’autrice. Je trouve que les jambes des héros ressemblent à des parpaing. Cela manque vraiment de finesse et de pep’s. Le découpage des cases est également très classique. Il n’y a pas de grande recherche, comme ça peut être le cas sur d’autres titres où ça permet vraiment de faire vivre le scénario. Ici, c’est très plat et c’est dommage parce que ça ne met pas en relief les quelques phrases bien percutantes de ce premier tome. Elles auraient mérité un plus bel écrin. Ici, ça donne l’image d’un titre trop enfantin, trop gentillet…

Ainsi, Akata nous offre encore un bien joli titre pour parler de la recherche de soi à l’adolescence, mais aussi du terrible poids des rumeurs au lycée, ainsi que de celui de cette société intolérante envers les gens différents. Cependant, malgré ses bonnes idées, j’ai trouvé le titre un peu trop prévisible, trop lisse et manquant de puissance aussi bien dans sa narration, ses personnages et surtout son dessin. J’ai donc passé un bon moment mais ça ne m’a pas fait vibrer comme d’autres titres dans la même lignée.

Tome 2

Tout comme pour le tome 1, la lecture de cette suite fut un charmant moment plein de douceur dans un joli monde lycéen fantasmé où l’autrice cherche à toute force à aborder la question de l’homosexualité sous le maximum d’angle. Malheureusement même si c’est mignon tout plein, le titre continue à avoir un je ne sais quoi qui me manque pour vraiment m’embarquer.

J’ai toutefois vraiment aimé les différentes parties de l’intrigue que ce soit la première partie centrée sur l’amie d’enfance de Sanada ou la seconde avec l’arrivée d’un trouble fête qui vient perturber leur amitié à deux.

C’était intéressant d’abord de voir comment quelqu’un au courant que vous êtes homo peut se tromper au point d’essayer de vous pousser dans les bras d’une personne dont le sexe ne vous intéresse pas du tout. La maladresse de Noshiro fait écho malheureusement à bien des comportements de personnes ne comprenant pas bien ce que ça veut dire d’être homosexuel, et j’ai vraiment eu beaucoup de peine pour Sanada à ce moment-là. Son récit sur la façon dont il s’est servi d’une de ses meilleures amies comme « couverture » pendant des années pour camoufler celui qu’il est vraiment est poignant et sonnait juste.

En revanche, l’arrivée de Makoto m’a un peu fatiguée. J’ai trouvé ce personnage très caricatural. C’est le garçon complexé par sa taille, son apparence juvénile et son manque de maturité, qui donc en fait des tonnes pour compenser. Il a bon fond mais son honnêteté absolue est fatigante. La façon dont il vient perturber le duo de tête est totalement prévisible et je n’ai eu aucune surprise d’un côté ou de l’autre tant c’était attendu. Alors c’est mignon de voir Noshiro exprimer la normalité qu’est devenu pour lui le fait de penser que ça n’a rien d’étrange d’être homo. C’est aussi touchant de voir poindre la jalousie et la possessivité de Sanada. Mais vraiment ça n’a rien de révolutionnaire, c’est juste mignon et ça s’arrête là.

Les thèmes abordés autour de l’homosexualité, de son vécu par les personnes concernées et de sa perception par les autres, restent pertinents et joliment mis en scène, mais l’ensemble reste très lisse et déjà vu. C’est juste réconfortant là où ça devrait plus secouer, en tout cas c’est ce que j’aurais aimé. Je persiste d’ailleurs à trouver les personnages et surtout le héros, Noshiro, un peu trop lisses, beaucoup dans son cas tout particulier. Même si l’autrice essaie de leur donner du corps, notamment à Sanada, ça ne prend pas avec moi et j’ai l’impression de rester au bord du chemin.

Ainsi Comme sur un nuage porte parfaitement son titre. C’est doux, aérien et un peu trop léger pour moi. Les thèmes m’intéressent mais la narration manque d’impact à mon goût. Je passe à chaque fois un bon moment mais ça ne me retourne pas la tête et je ne meurs pas d’impatience de lire la suite. C’est juste un titre mignon avec une amitié sympa entre deux garçons dont l’un est homosexuel et l’autre aussi peut-être…

Tome 3

Comme je le craignais depuis le début, cette série est et restera une jolie bluette adolescente mais rien de plus pour moi. Elle est pourtant porteuse de jolies valeurs et de beaux messages mais il me manque quelque chose dans son écriture pour être marquante et percutante.

Lors de la lecture de ce dernier tome, j’ai vraiment trouvé le temps long. Les chapitres se sont fait répétitifs, les discussions un peu lourdes et vides de sens. J’avais l’impression d’un auteur écrivant ce qui allait nous faire plaisir sans qu’il le pense vraiment au fond de lui, sans qu’il s’implique vraiment, sans qu’il y mette ses tripes. Bref, une lecture sympa mais fade.

Pourtant le sujet est important, intéressant et pas forcément mal mis en scène. Les héros s’interrogent énormément sur leurs sentiments amicaux ou romantiques. L’un découvre l’amour, l’autre doit apprendre à assumer ce que ses sentiments peuvent signifier. Ils hésitent beaucoup, expérimentent, font des erreurs, mais sont toujours guidé et aidé par leurs amis, ce qui fait chaud au coeur. C’est mignon tout plein.

Mais à nouveau il manque quelque chose. Je n’ai pas trouvé la naïveté de Noshiro crédible, c’était beaucoup trop extrême. J’ai trouvé les rebondissements à n’en plus finir lassant et on tournait vite en rond. J’aime mon ami mais c’est mon ami, c’est pas possible, je ne veux pas le perdre, alors je ne dis rien, je souffre en silence. Ah tiens, je suis jaloux, c’est de l’amour, j’en peux plus, je vais le perdre, je dois lui dire… Tout ça faisait beaucoup trop léger, classique pour ne pas dire gamin parfois, je n’ai pas réussi à apprécier à l’inverse d’un Blue Flag qui m’avait pris aux tripes avec les mêmes thèmes. C’est bien la preuve qu’il y a quelque chose qui cloche dans l’écriture. Est-ce parce que les personnages sont trop lisses, trop gamins, trop peu expressifs pour certains ? Je ne sais pas. Pourtant, je les ai aussi paradoxalement trouvés mignons et gentils.

Bref, je me perds en tentant d’expliquer pourquoi j’ai aimé et en même temps pas trop aimé cette saga. Elle avait de bonnes intentions et le message final sur le plaisir qu’on doit prendre à  être avec l’être aimé sans étiquette, que ce soit de l’amour ou de l’amitié, m’a plu. C’est le cheminement pour en arriver là qui m’a semblé lourd, redondant, léger et fade à la fois ^^!

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© 2017 Okura, Coma Hashii/Square Enix CO. LTD /© 2020 Editions Akata

5 commentaires sur “Comme sur un nuage d’Okura et Hashii Coma

  1. Je suis tout aussi tentée par Blue Flag que par celui-ci, malgré leur différence. Ce sont des thématiques tellement importantes, c’est vraiment chouette d’avoir le choix en terme d’histoire, de personnages, de dessins.
    Cependant, j’avoue ne pas être non plus très fan du style graphique de Hashii Coma 😅

    Aimé par 1 personne

  2. J’avais déjà repéré ce titre qui de mon côté m’a fait penser aux mangas de Gengoroh Tagame car aussi chez Akata et traitant dans un faible nombre de tomes de thématiques similaires. Mais je dois avouer ne pas l’avoir lu car j’ai trop de choses sur le feu, mais peut-être plus tard.

    En tout cas ton avis donne envie, malgré tes réserves sur le dessin (pour avoir feuilleté, j’ai les mêmes réserves).

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, on pourrait le rapprocher du dernier Gengoroh Tagame, on retrouve une certaine sensibilité en commun.
      Mais je peux comprendre que tu ne l’aies pas pris pour le moment avec tout ce qui sort, après tu as le temps, il vient de commencer 😉

      Aimé par 1 personne

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