Livres - Fantasy / Fantastique

Les Maîtres Enlumineurs de Robert Jackson Bennett

Titre : Les Maîtres Enlumineurs (Foundryside)

Auteur : Robert Jackson Bennett

Editeur : Albin Michel Imaginaire

Année de parution : 2021

Nombre de pages : 631

Histoire : Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. À l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique. Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais : quiconque entrera en sa possession pourra mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés. 

Mon avis :

Tome 1

Les Maîtres Enlumineurs est le premier tome d’une trilogie de Robert Jackson Bennett dont j’ai entendu parler sur la toile avant même l’annonce de sa sortie chez nous. Le premier tome Foundryside a rapidement eu droit à pléthore d’excellents avis dès sa sortie vo, certains comme Apophis le qualifiant de « meilleur système de magie de toute l’histoire de la Fantasy« . Alors forcément, cela ne peut rendre que curieux !

J’ai découvert le plume de Robert Jackson Bennett récemment avec la novella Vigilance que j’ai trouvé assez marquante dans son portrait du devenir de la société américaine. Je savais donc que la plume de l’auteur allait me plaire, pas de souci de ce côté-là. Il a un côté page-turner simple et pourtant ultra maîtrisé. En plus, Albin Michel Imaginaire a doté son édition de superbes couvertures signées Didier Graffet dont j’aime beaucoup la symbolique et la composition toute en longueur tombante, fascinant !

J’ai donc plongé tête la première dans ce premier tome de plus de 600 pages quand même et j’en suis ressortie émerveillée le lendemain. La lecture fut comme prévue ultra addictive grâce à un rythme soutenu de l’auteur qui ne diminue jamais et ne fait que grimper. Sa plume semble simple, elle est pourtant très travaillée avec des descriptions juste détaillées ce qu’il faut mais pas trop, des personnages parfaitement développées et surtout des scènes d’action écrite comme si on était devant notre écran de cinéma. C’est bluffant. En cela, il se rapproche beaucoup de Brandon Sanderson avec qui il n’a pas que ce point commun.

J’ai beaucoup aimé plonger directement dans l’intrigue avec un premier chapitre ultra immersif où déjà nous suivons l’action en nous glissant dans les pas de l’héroïne, une figure typique maintenant des montes en l’air des romans de fantasy se déroulant dans des villes sales, crades et tortueuses. Le cadre de l’intrigue est d’ailleurs l’un de ses points forts. Comme dans les Salauds Gentilshommes ou comme dans Fils-des-Brumes, j’ai beaucoup aimé ce décor urbain dont on découvre peu à peu au fil de l’intrigue les multiples coins sombres et étranges, ainsi que les multiples strates. La ville semble ressembler à toutes les autres déjà croisées dans ce type d’univers mais on détour d’un événement clé de l’histoire, elle se révèle bien différente et surtout totalement liée à la moelle de l’intrigue.

Cette intrigue, elle repose sur un système de magie simple et complexe à la fois, qui là aussi m’a rappelé par sa virtuosité et sa mise en application, celui de Fils-des-Brumes de Sanderson. Dans un univers très urbanisé, la richesse de la ville de Tevanne ne repose que sur la magie dont ses puissants fondateurs se servent : l’enluminure. Sorte d’alchimie poussée à l’extrême, celle-ci repose sur des sceaux écrits complexes imaginés par des êtres qui ont disparu de nos jours mais dont on cherche à comprendre les créations. Pour cela, on les étudie, on en cherche de nouveaux, on expérimente, et surtout on n’utilise qu’une fraction de leur savoir sans être sûr vraiment de ce qu’on fait. Ces sceaux donnent aux objets et choses sur lesquels on les applique des pouvoirs incroyables car ils contournent les lois de la physique grâce à d’astucieux jeux sur les concepts. Cela peut sembler compliqué quand on me lit mais cela coule de source quand on lit Robert Jackson Bennett tant il a intégré cela pas à pas dans son intrigue épique et rocambolesque.

Celle qui mène la danse dans cette histoire haletante, c’est Sancia Grado, une jeune voleuse inhabituelle, qui ne vient pas de Tevanne mais d’une plantation, où des Maîtres Enlumineurs ont fait des expériences sur elle, la dotant du pouvoir de revivre le passé des objets qu’elle touche et d’entendre le chuchotement des enluminures qui les recouvrent. Engagée par une des grandes familles de la cité pour voler une vieille boîte dans laquelle repose une étrange clé, elle ignore l’importance de celle-ci et l’engrenage terrible dans lequel elle vient de mettre le doigt. Car quiconque possède cette clé, peut mettre Tevanne et ses grandes familles à genoux en se jouant des lois régissant habituellement les enluminures. Devenue l’ennemie numéro 1 de ces puissants, Sancia n’a d’autres choix que de fuir.

Dans sa fuite, Sancia va se faire de drôles d’alliés que nous allons découvrir tout au long d’une première partie très dense où l’auteur fait preuve d’une imagination sans borne, jouant et déjouant à merveille les codes qu’il a lui même inventé pour régir cette ville. Il y a d’abord Gregor Dandolo, fils héritier d’une grande famille fondatrice, qui n’a pas voulu de son héritage et préfère travailler comme soldat pour la ville afin de lui apporter la justice qui lui manque. C’est mon personnage préféré après Sancia et Clé. Vient ensuite le maître Orso, vieux fou d’enluminures, qui avec son assistante Berenice vont fournir les informations et les cerveaux qui manquent à nos héros tout feu tout flamme. Et enfin, il y a Clé, cet artéfact avec lequel Sancia peut communiquer par la pensée et qui se révèle être un fidèle et précieux allié. J’ai adoré la relation entre les deux. Voilà pour les personnages principaux et il n’en faut pas plus ! Chacun est parfaitement travaillé. L’ensemble des relations est réfléchie et pensée, et connait une belle évolution. Les personnages ne restent jamais campés sur leurs positions et savent nous surprendre avec une rare émotion. Il n’y a qu’une certaine romance que je trouve maladroitement écrite et de trop ici… Pour le reste, je les trouve parfait, tout comme leurs antagonistes malgré le côté un peu caricatural de ceux-ci, avec ces méchants vraiment méchants… Mais chacun renferme bien sûr d’importants secrets qui viendront enrichir l’univers et doper les mystères à résoudre.

La narration de Robert Jackson Bennett est excellente. Faisant preuve d’un rythme non-stop, il enchaîne les mises en danger, les courses-poursuites, les affrontements, les révélations et les retournements de situation. Il dévoile son univers progressivement se servant des secrets et manigances de chacun pour l’enrichir. On découvre ainsi petit à petit la mythologie derrière les enluminures et la création de Tevanne et de ses familles, ainsi que de leurs croyances. Il y a pour moi une vraie dimension alchimique cachée derrière les démiurges à l’origine de ces enluminures et de leurs pouvoirs sur notre monde. Découvrir des pans de leur existences et de leurs réalisations au détour d’un chapitre quand on ne s’y attend pas fut assez fascinant. J’adore les histoires qui ont des mythologies non pas religieuses mais plus techniques en quelque sorte comme ici. Du coup, je comprends pourquoi parfois on qualifie le titre de cyberpunk, même si moi j’ai une autre définition du genre. En tout cas, c’est vraiment surprenant et innovant, et j’ai retrouvé le même plaisir face à cette mythologie que celle que j’avais éprouvé face à celle des Cent Mille royaumes de N.K. Jemisin qui fut un coup de coeur.

Je n’ai pas envie de vous en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, tout comme moi je l’ai eu. Sachez juste que Sancia n’est pas une pâle copie de Vin (Fils-des-Brumes), que Tevanna n’est pas non plus Luthadel, tout comme les Enluminures ne sont pas l’allomancie, et pourtant les deux se font magiquement écho. Sanderson était peut-être trop bavard parfois là où Bennett nous plonge plus dans une action soutenue dont on ne ressort pas avant la fin. Mais Sanderson avait réussi à écrire des personnages qui m’avaient bien plus touchée et émue que ceux de Bennett en dehors de Clé et de son tragique destin. Pourquoi je compare les deux parce que j’ai ressenti le même plaisir de lecture lors de la découverte de ces deux sagas, la même fascination pour des systèmes de magies extrêmement bien pensés et la même immersion lors des scènes d’action. Chacun a ses forces et ses faiblesses, si on avait eu les deux ensemble, on aurait eu le titre ultime de Fantasy épique urbaine pour moi.

En attendant, j’ai été soufflée par la qualité de ce premier tome. Les maîtres enlumineurs est clairement l’une si ce n’est ma meilleure lecture de fantasy depuis le tome 1 de Fils-des-brumes. De la première à la dernière page, je n’ai jamais décroché. Le rythme est haletant, l’univers est fascinant, le cadre est poisseux et terrible comme j’aime. Quant au final, il est saisissant et rend l’attente du tome 2 qui sortira cet automne très longue… Chapeau monsieur Bennett !

Je remercie encore Albin Michel Imaginaire et Gilles Dumay pour leur confiance et cet envoi.

>>> N’hésitez pas à aller également lire les avis d’autres blogueurs comme : Apophis, De livre en livres, Sometimes a book, L’ours inculte, Yuyine, Les lectures de Maki, Les chroniques du chroniqueur, L’épaule d’Orion, Albedo, La Bibliothèque d’Aelinel, Au pays des caves Troll, …     

20 commentaires sur “Les Maîtres Enlumineurs de Robert Jackson Bennett

  1. Il est déjà dans la wish list, et les avis ultra positifs comme le tien me donnent encore plus envie de le lire, d’autant que tu ne sembles pas avoir ressenti ce problème d’intrigue survolée rencontré dans Oraisons malgré une cadence qui semble presque infernale

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, on ne joue pas du tout dans la même cour entre les deux. Bennett a une maîtrise assez incroyable de ce rythme effréné au point qu’il n’oublie pas de développer tout le reste en même temps, c’est assez bluffant.
      Donc tu as très bien compris, je te le recommande très très vivement !

      Aimé par 1 personne

  2. Aussi bon que Fils-des-Brumes ? Mmh ! Ça donne matière à réfléchir, même si je n’ai eu un coup de cœur que pour le premier tome de la saga. La faute à Kelsier, si tu vois ce que je veux dire lol.
    Dans tous les cas, je suis convaincue par ta chronique, et par toutes les autres qui vantent les mérites de cette duologie. Du coup, j’ai acheté le premier tome :p. Je vais attendre que la suite soit sortie pour m’y plonger, mais j’ai hâte ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Il faudrait que je relise pour être sûre mais j’ai eu le sentiment de ressentir le même émerveillement face au système de magie et sa matérialisation dans les scènes d’action et puis quelle écriture ultra fluide et rythmée. Le premier chapitre donne déjà le la, tu verras 😉

      Aimé par 1 personne

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