Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Innocent Rouge de Shin’Ichi Sakamoto

Titre : Innocent Rouge

Auteur : Shin’Ichi Sakamoto

Éditeur vf : Delcourt/Tonkam (seinen)

Années de parution vf : Depuis 2017

Nombre de tomes vf : 5 (en cours)

Résumé du tome 1 : A l’aube de la Révolution, Charles-Henri Sanson, maître des hautes œuvres de Paris, règne sur la famille des exécuteurs de France. Sa jeune sœur Marie-Josèphe, en charge de l’office de Versailles, devient incontrôlable à la mort d’Alain, son premier amour. Elle se jure de le venger en éliminant son assassin et ne recule devant rien pour renverser le système injuste qui lui a coûté la vie.

Suite directe d’Innocent (avis disponibles ici).

Mes avis :

Tome 1

Après avoir lu et adoré Innocent, voici sa suite directe : Innocent Rouge. L’histoire enchaîne vraiment avec celle que l’on avait laissé et on suit donc d’abord les conséquences de la mort d’Alain, le premier amour de Marie-Josèphe. Ça nous permet de voir encore mieux la ligne de fraction qui sépare le frère et la soeur : l’un ayant perdu tout espoir et suivant aveuglément les ordres du roi, tandis que l’autre cherche encore à révolutionner le monde. Ce désir de révolution que l’on sentait chez les deux et qui n’existe plus que chez Marie-Josèphe est au coeur de ce premier tome.

Nous sommes en 1774 et l’on sent déjà poindre de plus en plus la colère du peuple et des bourgeois contre le roi et la noblesse. L’auteur certes caricature énormément ces derniers et leurs exactions envers le peuple mais au moins cela donne un récit fort. Les émotions sont exacerbées chez tout le monde. Le trait de l’auteur rend d’ailleurs bien justice à cela en donnant en plus un côté très grandiloquent comme il sait bien le faire. Les personnages sont clivant, on aime ou on déteste les changements qui se sont opérés chez Charles-Henri et qu’il fait subir à son jeune fils. La relève qu’il incarne est tragique. Il ressemble à son père petit mais se laisse encore plus facilement convaincre, et j’ai bien peur que dans le prochain tome qui va revenir sur le premier de Sanson, nous ayant le même revirement. Marie-Josèphe reste fidèle à elle-même et je l’adore. Elle est fidèle à ses convictions, elle continue à lutter pour imposer ses idées et est toujours aussi forte et astucieuse. Son désir de justice est tellement fort qu’il est vraiment prégnant pour le lecteur. Du coup, j’ai trouvé judicieux que Shin’Ichi Sakamoto se servent d’une histoire aussi connue que l’Affaire du collier pour mêler Marie aux troubles de la royauté même si ça risque de lui exploser en plein visage.

Shin’Ichi Sakamoto continue sur sa lancée pour nous brosser un tableau fort et enfiévré des années précédant la Révolution et des personnages importants qui vont la peupler, à l’image du jeune Robespierre que l’on croise. Je suis toujours aussi convaincu par son trait, sa narration et son ambiance. Il me tarde de continuer à découvrir les aventures de cette famille.

Tome 2

Dans ce tome un peu annexe, Shin’ichi Sakamoto continue à montrer tout son talent. En effet, nous apprenons enfin l’origine de la lignée de Sanson à travers la lecture du journal du premier d’entre eux par Charles-Henri. C’est l’occasion de découvrir que pour lui aussi, cette vie n’est pas un choix mais un piège comme c’est le cas pour chaque membre de sa famille après lui. Chacun fait ensuite le choix de l’assumer comme il peut, en s’y opposant ou en s’y réalisant.

Du coup, même si c’est intéressant de découvrir leur passé, leur histoire présente n’avance pas. Il y a juste Marie-Josèphe qui gagne la dernière pierre de son indépendance. La romance de Charles-Henri et son femme, Anne, qu’on nous brosse en parallèle a un petit quelque chose de ridicule quand même. J’attends plutôt la suite de la grande histoire qui se tissait autour des Sanson et qui devrait reprendre dans le prochain tome.

Tome 3

Encore un tome qui se lit bien vite. Si Shin’ichi Sakamoto continue à montrer toute sa maestria graphique, l’histoire peine à m’intéresser, elle. Il reprend un peu toujours la même formule dans ce spin-off et cela en devient lassant. Je n’aime pas du tout la peinture qui est faite de la famille royale et encore moins de l’histoire de France d’alors. C’est encore une fois bourré de clichés, le tout pour grossir le trait et rendre cela bien trop vulgaire à mon goût. On a l’impression de se retrouver dans une farce par moment et parfois cela me rappelle aussi le film (assez mauvais) de Sofia Coppola sur Marie Antoinette tant tout est excessif.

Au milieu de tout ça, heureusement, on a droit à une belle leçon de Marie-Josèphe sur la vraie valeur des gens qui nous entourent. C’est à peu près tout ce qu’il y a à sauver de ce tome avec la mise en page magnifique du faste de la cour en opposition avec la saleté bien crasse du peuple. L’opposition entre les deux est vraiment violente et Jeanne de Valois en est la réunion parfaite. C’est un nouveau personnage encore plus excessif et vulgaire que les autres qui promet de belles envolées lyriques et de jolis coups fourrés.

Après je ne suis vraiment pas fan du ton de cette suite, je préférais largement la première série, plus sérieuse et avec un vrai message.

Tome 4

Entre expérimentations graphiques et montée en puissance, ce tome est vraiment très bon et me réconcilie un peu avec la série.

On commence par un chapitre d’ouverture très puissant mettant en parallèle le frère et la soeur lors d’une exécution. C’est terriblement bien fait de montrer ainsi comment avec des idéaux opposés ils vont se diriger vers la même solution, à savoir la guillotine.

La suite du tome permet un balayage rapide des années qui suivent où se fomentent des complots contre la tête du royaume. On voit d’abord se mettre en place la triste idée de Jeanne de la Motte pour faire payer sa soi-disant arrogance à la Reine. J’ai beaucoup aimé la brusque introduction graphique des réseaux sociaux de notre époque pour tenter de montrer le caractère léger de la Reine (même si je ne suis pas forcément d’accord avec cette analyse). C’est surprenant et original. Puis, plus intéressant, nous voyons un groupuscule d’hommes du peuple jouer les bandits pour tenter de se débarrasser du roi, avec parmi eux le fils de Damien qui vient à croiser la route de la redoutable Marie-Josèphe. Cet homme parvient à faire ressortir toute la folie de la soeur Sanson, mais aussi à la toucher sous sa carapace et je suis curieuse de voir ce que ça va pouvoir donner.

En attendant, ce tome aura été très original dans la forme et nerveux dans le fond, j’ai passé un très bon moment même si trop court comme toujours.

Tome 5

Shin’ichi Sakamoto fait encore dans la grandiloquence dans ce nouveau tome d’Innocent qui se découvre d’abord avec une couverture sombre et gothique de toute beauté qui en fera frissonner plus d’un et qui donne de suite le ton.

On se rapproche de plus en plus de la Révolution et les oppositions politiques entre le frère et la soeur Sanson sont de plus en plus flagrantes comme l’atteste les chapitres d’ouverture. Entre une Marie-Josèphe qui a soif de changement, de pagaille et de sang, et un Charles-Henri qui n’aspire qu’à la paix et au maintien de l’ordre actuel, dur de voir ce qui va pouvoir les réconcilier. A travers eux, ce sont deux discours qui s’opposent, de ceux qu’on peut entendre à la veille de la Révolution et qui sont aussi incarnés ici par le roi Louis XVI et le charismatique fils de Damien. Cela donne des scènes dramatiques poussées à leur paroxysme par le talent graphique et métaphorique du mangaka qui se déchaîne dans les différentes allégories de la mort qu’il met en scène. Graphiquement, c’est saisissant. Scénaristiquement, c’est puissant. Historiquement, c’est de moins en moins juste et cela manque vraiment de nuances ^^!

Cependant, c’est au détour d’un événement imprévu de l’Histoire que le frère et la soeur vont se rapprocher à la fin de ce tome avec que l’auteur accélère encore le tempo pour nous presser aux portes de la Révolution afin de tester les idéaux et les ambitions de chacun. Charles-Henri va devoir faire des concessions et Marie-Josèphe apprendre à se juguler. Il me tarde de voir ce que cette alliance de circonstance va donner.

Ma note : 15 / 20

Publicités

3 commentaires sur “Innocent Rouge de Shin’Ichi Sakamoto

  1. Cela fait plaisir de lire de tels avis. Content que le tome 4 ait pu te réconcilier avec Innocent Rouge, il aurait été dommage que tu t’arrêtes en cours de route ! C’est vraiment une série qui propose un graphisme, des symboles… d’une grande lisibilité. Ce doit être la première fois où j’ai l’impression d’à peu près comprendre ce que l’auteur veut dire à travers les postures des personnages, les mises en scène… S. Sakamoto est dans son élément, comme un poisson dans l’eau même si c’est une eau trouble et qui a la couleur du sang…

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, il se passe quelque chose dans son dessin. C’est bien pour ça que même si je ne suis pas d’accord avec tous ses choix scénaristiques, je continue à le lire.
      Quant à ce que tu dis sur sa grande lisibilité, c’est exactement le but de ses recherches graphiques d’après ce qu’il en dit dans le dernier numéro d’ATOM et on peut dire qu’il y réussit très bien !

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s