Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Lost Children de Tomomi Sumiyama

Titre : Lost Children

Auteur : Tomomi Sumiyama

Éditeur vf : Ki-Oon (Seinen)

Années de parution vf : Depuis 2018

Nombre de tomes vf : 5 (en cours)

Histoire : Ran, spécialiste de l’arme blanche, est un soldat embarqué dans un groupe de rebelles. Dans une société régie par un système de castes, les Gathiya sont voués à une vie de misère. Ils placent leurs espoirs de changement dans l’armée révolutionnaire à laquelle appartient le jeune garçon. Mais lui rêve d’autre chose : retrouver Yuri, son frère de cœur, sa seule famille…
Loin des combats qui rythment le quotidien de Ran, Yuri mène une vie de recueillement dans un village sacré caché au cœur de la jungle. Mais il est lui aussi confronté à la violence des hommes qui s’entre-déchirent dans des luttes de pouvoir. Dans toute cette folie, il ne peut oublier l’existence de son ami.
Ils sont nés dans des milieux opposés, et rien n’aurait dû les rapprocher. Pourtant, le destin a créé entre eux un lien plus fort que tout… avant de les séparer dans de cruelles circonstances. Sans le savoir, ils sont au cœur d’une révolution qui bouleversera tout un royaume !

Mes avis :

Tome 1

Découverte lors de la sortie des premières pages dans le mag de Ki-Oon, j’avais trouvé la série intéressante mais je n’avais pas une envie énorme non plus de me jeter dessus. Il a fallu l’avis plus qu’enthousiaste des Voyages de Ly pour finalement me lancer et ce n’est pas plus mal parce que le tome 2 ne devrait pas tarder à arriver comme ça ^^

Lost Children est un titre assez surprenant qui se déroule dans une Asie imaginaire, dans un pays à feu et à sang à cause d’une Révolution de ses plus basses castes contre l’élite. On est donc plongés dans une ambiance rappelant les Printemps arabes mais aussi les guerres de décolonisation, le tout sur fond de conflit religieux également. Cela donne un mélange assez complexe mais surtout rude et violent.

Ce premier tome est une introduction à cet univers et surtout aux deux héros qui nous permettront de le découvrir. On suit ainsi, le rebelle, Ran, dans le premier chapitre, celui qui est entré dans la résistance et se bat pour la liberté et l’égalité. Dans le deuxième chapitre, on fait la connaissance de Yuri, son cadet, un jeune garçon rudement marqué par les conflits qui vit dans une société religieuse étrange au sein d’une épaisse forêt. Enfin, le dernier chapitre revient sur leur rencontre et les jours d’avant. Rien, donc, pour le moment ne nous laisse deviner véritablement vers quoi va tendre la série à part une probable réunion entre les deux au milieu de ce combat pour l’égalité des individus.

Je reste par contre un peu sur ma faim concernant justement les personnages que je trouve assez fades et caricaturaux pour le moment. Je jubile juste de trouver les femmes bien plus charismatiques que les hommes dans ce titre pour le moment, que ce soit la mère de Yuri, sa copine dans la forêt, ou la chef de Ran, qui est d’ailleurs magnifique avec ses tatouages/peintures de guerre.

L’autrice pour cela alterne moments posés et situations tendues et nerveuses. Son trait assez rond est pourtant très incisif. J’aime beaucoup la façon dont elle retranscrit en images les différents peuples, castes, clans avec leurs codes culturels, vestimentaires, religieux. Les planches sont riches et détaillées avec des décors assez réalistes les remplissant bien comme dans tout bon seinen. Les explications à la fin sur les influences de l’autrice et son processus créatifs sont les bienvenus.

Pour un premier manga publié, c’est une belle réussite qui s’étale sous nos yeux avec ce titre politique vraiment d’actualité.

Tome 2

L’autrice nous avait laissé avec un premier tome très sombre et très politisé où révolution et pouvoir religieux se mélangeaient. Dans cette suite, on revient sur la genèse de l’histoire en découvrant le passé commun des deux héros : Ran et Yuri, et par leur biais la personnalité des deux femmes fortes en couverture : Mame Lelyssa et la mère de Yuri. La première est une femme politique de premier ordre, et la seconde une femme magnifique, tellement forte et généreuse. Ça fait plaisir de voir deux personnages féminins de cet acabit en couverture (et non dénudées lol) !

J’ai beaucoup aimé ce nouveau tome qui sous prétexte d’une ambiance moins lourde et plus porteuse d’espoir, nous assène tout de même par moment de terribles déconvenues car la violence du monde réel n’est jamais bien loin. On découvre ainsi combien la peur de l’autre et les préjugés peuvent conduire à une violence froide, gratuite et sans concession. Les meilleures intentions sont aussi malheureusement sources de graves répercussions pour les gens bienveillants dans ce milieu tellement hiérarchisé et délétère. L’ambiance s’alourdit donc à nouveau au fil des pages pour aboutir à un final révolutionnaire qui sonne comme un coup de tonnerre.

Ce deuxième tome, assez différent du premier, était nécessaire pour comprendre un peu l’origine de cette haine envers les Gathiya (cf, les propos de Dame Lelyssa), mais aussi pour voir s’épanouir la relation entre les deux héros et comprendre un peu mieux leurs motivations respectives dans le présent. J’attends maintenant le tome 3 de pieds fermes.

Tome 3

Dans la lignée du précédent, ce tome revient sur le passé de Ran et Yuri pour nous ramener aux premiers instants de l’histoire et comprendre comment ils ont été pris dans ce mouvement de foule et cette panique qui avait saisi tout le monde.

L’univers dépeint par Tomomi Sumiyama est toujours aussi cruel. On continue à voir les ravages de sa discrimination et de la ségrégation poussés à leur extrême avec un régime qui se veut pour le peuple mais qui est en fait contre le peuple. L’autrice montre comment une religion d’Etat peut être source d’un véritable endoctrinement poussant aux pires extrémités.

C’est donc sous le signe de la tragédie que se place ce tome où l’on assiste impuissants au bouleversement de la vie de nos héros et en particulier du jeune Yuri. C’est poignant de voir ce petit bonhomme, rejeté de part et d’autre, perdre ses attaches une à une jusqu’à ce final tragique qui emporte tout.

J’ai beaucoup aimé le souffle épique et dramatique que j’ai ressenti dans ce tome et j’espère le recroiser par la suite. Je voudrais juste qu’on ne reste pas trop longtemps dans le passé et qu’on retourne un peu dans le présent parce que je suis un peu déçue de l’insertion classique de cette trame narrative.

Tome 4

Après un très bon début, cette série m’avait laissée un peu dubitative voire sur ma faim dans les tomes suivants, mais celui-ci m’a fait prendre un virage à 180°.

Tout d’abord, je l’ai trouvé étonnamment bien rythmé et bien narré, alternant parfaitement les chapitres consacrés à l’un ou l’autre des garçons ou aux deux ensemble. Ensuite, la mythologie du titre se met de plus en plus en place. On découvre comment ils ont été séparés et surtout comment chacun d’eux s’est fait embrigadé et c’est glaçant. On voit la mécanique qui est en jeu et qui appuie sur les failles de chacun. On découvre les lieux et les gens qui vont avoir une importance pour eux et les entraîner dans ces nouveaux mondes, que ce soit la guerre, la révolution pour l’un, ou la croyance, la religion pour l’autre. Dans les deux cas, on ressent une grande empathie pour la souffrance de ces personnages, à l’image de celle qu’on ressentirait de nos jours pour les enfants soldats ou les enfants victimes de la guerre en général. En cela, c’est vraiment de la très bonne fantasy – uchronie dont il me tarde vraiment de lire la suite !

Tome 5

Bien qu’elle ne paie pas de mine et que le titre sorte assez confidentiellement je trouve, quelle qualité dans cette série ! C’est fascinant de suivre l’embrigadement parallèle de deux jeunes garçons, l’un dans une religion, l’autre dans une guérilla, pour en faire un enfant-gourou et un enfant-soldat.

L’autrice continue à nous raconter le passé de ces deux héros, alternant les moments sur l’un et l’autre pour que nous comprenions ce qui les a menés à la situation dans laquelle ils étaient dans le tome 1. J’ai trouvé très triste dans les deux cas le leur effondrement dans ce tome. Le premier, Yuri, a été trop traumatisé par l’attaque de sa ville et tout ce qu’il y a perdu. Il ne veut plus se lier avec qui que ce soit et cherche à éloigner les autres tout en se murant dans le rôle de « gourou » que la communauté qui l’a accueilli semble lui offrir. Cette dernière est d’ailleurs glauque au possible. On découvre peu à peu tout ce qu’elle cache derrière ce cadre idyllique et ça fait froid dans le dos. Pour autant, je suis fascinée, fascinée par l’emprise qu’ils ont les uns sur les autres dans leur société terriblement hiérarchisée, et fascinée par la façon dont Yuri utilise ses « dons » pour s’y faire une place.

En parallèle, nous suivons donc le destin de Ran, un peu plus en retrait dans ce tome peut-être, qui peine à accepter la violence du groupe dans lequel il se retrouve. Il sait qu’il doit parfois lutter et tuer pour survivre mais ce n’est pas son désir premier. Cependant, il suffit d’un moment charnière pour tout changer : la perte de son père adoptif et la terrible révélation sur ses parents d’origine. J’ai eu vraiment mal pour lui et j’ai trouvé que l’autrice frappait fort ici.

Ainsi avec une construction lente et classique, la mangaka nous amène peu à peu à mieux cerner les personnalités des héros et la trajectoire qu’ils ont eu depuis leur rencontre. C’est dur, c’est violent, c’est dérangeant mais tellement puissant !

Ma note : 15,5 / 20

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4 commentaires sur “Lost Children de Tomomi Sumiyama

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