Livres - Fantasy / Fantastique

Tigane de Guy Gavriel Kay

Titre : Tigane

Auteur : Guy Gavriel Kay

Éditeur vf : L’Atalante

Année de parution vf : 1998 (2018 pour la présente édition)

Nombre de pages : 765

Histoire : La bataille de la Deisa – où le prince Valentin a disparu, défait par l’armée et la sorcellerie du roi conquérant Brandin d’Ygrath – a scellé le sort de la péninsule de la Palme. Longtemps déchirée par les querelles intestines de ses provinces-Etats la voici sous la férule partagée de Brandin et d’Alberico de Barbadior, tyrans et maîtres sorciers.
La résistance renaîtra d’une poignée d’hommes et de femmes conduits par le prince héritier Alessan, sous le masque de ménestrels et de marchands itinérants. Une longue et dangereuse croisade les attend, pour libérer la Palme et ramener au jour le nom même du pays de Tigane et l’éclat de son histoire, éradiqués de toutes les mémoires par la vengeance du roi sorcier.
Dans ce monde inspiré de l’Italie de la Renaissance, Guy Gavriel Kay compose une épopée fantastique d’une puissance et d’une originalité rares. Les passions humaines et politiques y vibrent à la mesure d’un grand roman d’aventures pathétique, qui se lit aussi comme une métaphore de l’impérialisme, de l’occupation, de l’exil en son propre pays et de la lutte de libération.

Mon avis :

Guy Gavriel Kay est un auteur de Fantasy dont j’entends parler depuis longtemps, mais je n’avais jamais osé m’y frotter de peur de tomber sur des textes trop complexes. Il faut dire d’abord qu’il est réputé pour sa Fantasy historique, ensuite que ses livres sont de vrais pavés ! Il semble tout de même que j’ai lu La Tapisserie de Fionavar au début des années 2000, mais j’avoue n’en avoir pas le moindre souvenir…

J’ai donc choisi pour recommencer : Tigane, son titre qui se passe dans un monde inspiré de l’Italie de la Renaissance et qui est réputé pour être son titre qui a le plus de magie parmi ceux parus chez l’Atalante, parce que je dois dire que je voulais le lire chez cet éditeur tant leurs éditions de belle facture m’attirent. De ce côté, aucune déception, la parution est de qualité avec un papier épais, une couverture mystérieuse qui colle bien au titre et une reliure solide et souple à la fois vu le nombre de pages et le format. La traduction est fluide et il y a reproduit les cartes nécessaires à la compréhension de l’histoire. Vraiment j’aime beaucoup leur travail.

Pour ce qui est de l’histoire maintenant, comme je le désirais j’ai beaucoup aimé. J’avais peur d’une certaine complexité qui m’aurait gênée, ce n’est pas du tout le cas. Grâce à la plume simple et dynamique de l’auteur – sans que ça lui enlève la poésie dont il sait faire preuve – la lecture est aisée. Les pages se tournent rapidement. Le rythme est rapide. L’auteur a un talent inné pour donner très envie de lire la suite sans pour autant faire appel à cet effet de manche qu’est le cliffhanger. Il sait faire rebondir son histoire dans des directions inattendues et surtout il a su créer un univers cohérent, riche et très réaliste malgré la présence de la magie.

En effet, Guy Gavriel Kay est un conteur né. Il a un talent rare pour développer des personnages terriblement simples et attachants dans un univers fort complexe lui. Nous suivons donc trois groupes de personnages dans une sorte d’Italie de la Renaissance morcelée en plusieurs royaumes dont une grande partie a été conquise par 2 grands et terribles mages, qui sont en fait des tyrans.

Le premier groupe est constitué de l’héritier d’un royaume que l’un des mages a effacé de l’Histoire d’une façon fort originale que je vous laisse découvrir et qui est essentiel dans la compréhension de l’âme de cette histoire. Autour de lui, gravitent des personnages classiques de tout titre de Fantasy : l’ami et « serviteur » guerrier de toujours au passé torturé, la belle jeune femme courageuse à la langue acérée éprise de liberté, ou encore le jeune garçon innocent, chanteur à la voix sublime, qui découvre tout avec nous lecteur. C’est un groupe sympathique à suivre, surtout avec les mystères entourant les aînés, mais je le trouve un peu trop classique.

Je suis plus intéressée par ce qui se passent dans les autres parties de la péninsule, notamment du côté du premier tyran : Brandin. Ce dernier est un peu à l’origine de tout. Il a pris une très mauvaise décision sous le coup de la pire douleur qu’un père puisse éprouver et comme c’était un puissant magicien, tout le monde va en payer les conséquences. Son histoire est tragique, tout comme celle de Dianora qu’il s’est attaché, probablement le plus beau personnage du roman, dont je vous laisserai découvrir la tragique et poétique histoire qui n’a rien à envier à du Shakespeare. Quant au second tyran, Alberico, il est d’abord un peu en retrait et c’est justement pour ça qu’il m’a intriguée parce que je ne savais pas à quoi m’attendre avec lui.

Tout ce petit monde déroule une histoire assez simple au final, celle du désir d’un prince déchu de retrouver son royaume mais aussi de punir les responsables de son malheur et ainsi de libérer les peuples de la tyrannie. Les tyrans auraient très bien pu ne pas être des mages, ça ne m’aurait pas gênée, la magie est secondaire ici, c’est juste une justification facile à leur puissance et main mise. En lisant cette histoire, je n’ai pu m’empêcher d’y trouver l’écho de la lente constitution de l’Italie qu’on connait à présent avec l’unification des différents royaumes. On devine donc dans les grandes lignes ce qu’il va se passer mais c’est plus les chemins empruntés pour ce voyage qui comptent et là, l’aventure est au rendez-vous. Entre batailles, épisodes mystiques, découvertes intérieures, révélations personnelles et passé étouffant qui nous rattrape, on ne s’ennuie pas un instant. L’écrivain passe en plus d’un lieu et d’un point de vue à l’autre avec beaucoup d’aisance, ce qui dynamise encore notre lecture de ce titre.

Porté par une sensibilité douce-amère, ce roman est donc dans la lignée des titres tragiques et classiques à la Hugo ou à la Dumas. C’est pour lui le moyen de porter des thèmes emblématiques : la perte de liberté, l’occupation et donc la quête de liberté et le patriotisme. On sent d’emblée que le dénouement ne sera pas un happy-end mais qu’importe, l’auteur nous emporte tellement bien dans les déchirements des aspirations de ses personnages. Ici, c’est l’émotion qui prime avec l’attachement non seulement aux personnages mais aussi à leur cause.

Je ne regrette absolument pas d’avoir voulu lire ce titre pour découvrir Guy Gavriel Kay. Je pense même me pencher plus sérieusement sur cet auteur même s’il faut reconnaitre qu’il faut du temps pour digérer tout ce qu’il a à raconter et que ces autres titres qui m’intéressent se passent dans des univers moins proches et connus de moi : l’Empire Byzantin et la Chine, mais je suis prête à me lancer dans cette découverte.

Tigane, que le souvenir que j’ai de toi soit comme une épée dans mon âme.

Ma note : 17 / 20

Si vous voulez lire, une chronique bien plus complète, allez chez Albédo ^^

24 commentaires sur “Tigane de Guy Gavriel Kay

  1. Merci beaucoup pour le lien. 🙂
    Ayant adoré cette histoire tragique et si belle, je ne peux qu’approuver une critique qui parle si bien de se roman. J’ai adoré Brandin tout comme toi et Dianora également. C’est vraiment un joli texte.
    SI tu as aimé je te suggère Les Lions d’Al-Rassan, le diptyque Céleste (tu pourras voir mon avis sur mon blog si ça te dis). Je les ai dans la collection de L’Atalante et ils sont tout aussi beau que Tigane (un peu moins épais).

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire d’abord ^^ J’avais justement repéré ces titres là pour mes prochaines lectures. Du coup, comme toi et une autre, vous m’avez recommandé Les Lions d’Al-Rassan, c’est lui que j’ai commandé et qui sera ma prochaine lecture de Kay. (ça me soulage un peu aussi d’apprendre qu’ils sont moins épais lol)

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      1. Pour ça, je suis d’accord, surtout quand on est fatigué de sa journée ^^!
        Si je peux me permettre, dans ce cas, je te conseille la trilogie Fils-des-Brumes de Sanderson, je trouve la série parfaite pour se remettre à l’étrier. C’est une écriture très cinématographique, les pages défilent sans qu’on s’en rendent compte.

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  2. Coucou !
    Je suis trés heureuse de voir que tu as aimé Tigane ! Je suis complétement fan de l’auteur et de ses univers, mais surtout de son écriture très poétique. Et je trouve que ton article retranscris parfaitement tout la richesse de ces ouvrages. J’espère que ton article donnera envie à d’autres de le découvrir.
    En tout cas j’espère que ses autres romans te plairont tout autant ! (Les lions d’Al Rassan et la Chanson d’Arbonne sont à mon sens les romans qui se rapprochent le plus de Tigane dans le style et dans l’univers !)

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    1. Merci, ton retour me fait très plaisir. Je ne suis jamais bien sûre d’arriver à retranscrire mes sentiments pendant une lecture.
      Je note tes conseils pour les Lions et Arbonne. Je connaissais (et j’ai acheté ><) le premier, mais le second m'est inconnu.
      Je suis aussi très tentée par ceux se passant en Chine mais j'ai peur que ce soit plus complexe ?

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      1. La Chanson d’Arbonne est juste magnifique… mais malheureusement on ne le trouve plus que d’occasion… Vu que l’Atalante les réédite peut être vont ils faire aussi celui de la Chanson d’Arbonne…
        Pour ceux qui se passent en Chine ils sont aussi très bien mais effectivement peut être un peu plus complexe. Je les ai adoré mais je les trouve moins… envoutant peut être.
        Moins j’avais beaucoup adoré la Mosaique de Sarance même si ce n’est pas son dyptique qui fait l’unanimité

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      2. S’il est réédité jette toi dessus 😁.
        Enfants de la Terre et du ciel n’est pas mon préféré mais il est très beau quand même. Et pour ma part je le trouve plus abordable que ses deux romans qui se déroulent en Chine.

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      3. Le côté « conte philosophique » dont ils parlent, je crois, dans le dernier paragraphe. Moi, j’aime quand même quand ça bouge un minimum et là ça donne une image très méditative dont je ne suis pas sûre de me satisfaire ^^ »

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      4. Non il n’est pas non plus trop méditatif. Après dans tous ses romans il a un côté philosophique mais plus une réflexion sur l’humanité. ..
        Mais de toute façon tu as fait le bon choix en choisissant les lions d’Al Rassan ! 😁

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