Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Renard et le petit Tanuki de Mi Tagawa

Titre : Le Renard et le petit Tanuki

Auteur : Mi Tagawa

Editeur vf : Ki-Oon (Kizuna)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes vf : 3 (en cours)

Histoire : Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.
Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Mon avis :

Tome 1

Il y a quelques années, j’avais eu une énorme coup de coeur pour la série Père & fils, peinture poignante des relations entre un père et son fils après la mort de leur épouse / mère. Alors quand j’ai vu que l’autrice récidivait avec une histoire où elle mettait à nouveau la famille au coeur, ce fut impossible de résister !

Je ne connaissais pas Mi Tagawa avant Père & fils, mais maintenant, c’est vraiment une autrice dont j’ai envie de lire chaque oeuvre. Avec Le Renard et le petit Tanuki, elle emprunte aux studios Ghibli un univers folklorique japonais, où cette fois au lieu de suivre des humains, nous allons suivre des animaux dotés de pouvoirs, un peu comme dans Pompoko.

Elle commence ainsi son récit par un premier chapitre extrêmement efficace qui d’emblée donne le ton. Si vous lisez celui-ci, je pense que vous pouvez de suite savoir si la suite va vous plaire ou non, car toutes les bases y sont posées pour le meilleur ! Tel un conte initiatique, nous découvrons un petit tanuki poursuivi par une meute de loups. Alors qu’on se demande pourquoi, l’autrice change de direction et nous emmène à la rencontre de Senzo, un renard surpuissant qui semé la terreur il y a longtemps et qui a été enfermé en punition. Il est l’heure de le libérer, mais la déesse ne compte pas le laisser s’en tirer à si bon compte et y pose une condition spéciale : il doit élever ce petit tanuki, qui est un métamorphe en puissance comme lui ! Ainsi né un improbable duo.

Chaque chapitre ensuite est l’occasion d’en apprendre à la fois plus sur cet univers folklorique qui prend racine dans les mythes et légendes japonais – j’adore ! – et de voir s’approfondir lentement mais sûrement la relation parent-enfant qui se tisse entre Senzo et son tanuki. C’est juste passionnant et adorable, et ça se marie à merveille.

L’autrice a imaginé tout un cadre fantastique qui prend très bien. Pour peu qu’on aime le Japon et sa culture, on a déjà lu / vu des histoires avec ce type de créatures, c’est donc un régal de les retrouver. Mais si on est vierge de toutes influences, c’est aussi un vrai plaisir de le découvrir ici, car c’est vraiment raconté comme un conte pour enfants avec en prime à la fin des chapitres des petites explications sur chaque animal croisé. L’ambiance fantastique est vraiment chouette et l’autrice nous prend vraiment par la main pour nous y plonger progressivement.

Dans chaque chapitre, on en apprend un peu plus sur cet univers. Nous faisons la connaissance de la meute de loups protectrice, de cette femme renard qui adore cuisiner pour son prochain, d’un esprit des logis, d’une drôle de taupe. C’est à chaque fois bon enfant mais quand même avec une note dramatique ou un peu triste, qui fait que c’est moins léger que ce que la couverture annonce, comme c’était déjà le cas dans Père & fils.

L’autrice aime se servir de ce cadre folklorique pour évoquer des thèmes sérieux, celui de l’abandon, de la différence, du deuil, pour les premiers énoncés. La famille est bien sûr au coeur de son histoire, Senzo devenant le père de substitution de ce charmant petit tanuki qu’il doit aider à grandir, en l’aidant à développer et maîtriser ses pouvoirs. C’est une belle relation qui se noue peu à peu entre deux être qui ont été abandonnés par leur famille à cause de leurs capacités. Senzo est d’abord plutôt agressif et réfractaire mais il va petit à petit se laisser attendrir par ce charmant bambin. Et nous lecteurs, nous allons fondre devant ce héros aux dents pointues qui se ramolli devant ce petit tanuki gaffeur. C’est juste a-do-ra-ble !

A nouveau, comme dans Père & fils, Mi Tagawa charme également par ses dessins plein de douceur, qui ici empruntent un peu plus aux cartoons, contexte oblige. Cependant, je trouve le dessin de l’ensemble des animaux vraiment réussi. Ceux-ci sont très beaux. J’adorerais les avoir en peluche >< Je regrette juste qu’elle ne s’attarde pas un peu plus sur la nature dans laquelle ils vivent. On ne voit pas beaucoup celle-ci alors que pour moi, ça devrait être un élément clé bien plus présent. Mais alors que la mangaka sait parfaitement la dessiner, elle préfère s’attarder sur des gros plans de ses personnages dans ses cases. C’est un peu dommage mais c’est vraiment tout ce que je pourrais trouver à redire.

Après Père & fils, Le Renard et le petit Tanuki est à nouveau une belle réussite qui confirme tout le bien que je pensais de cette autrice. Elle a trouvé un filon dans lequel elle est à l’aise et douée : les histoires familiales. Mais le changement de cadre, qui cette fois mélange animaux et contes folkloriques, est vraiment charmant et empêche la redite. C’est une très jolie histoire qui commence ici et je suis déjà sous le charme de la drôle de relation qu’entretiennent le renard Senzo et son petit Tanuki. Comme prévu, je suis touchée en plein coeur.

(Merci à Sanctuary et Ki-Oon pour cette lecture.)

Tome 2

Après un premier tome sympathiquement classique, l’autrice prend ses marques et nous offre une suite tout feu tout flamme où elle étend joliment son univers tout en conservant ses bases éducatives qui nous avaient tant émus.

Je ne m’attendais pas à une telle direction de l’histoire dans ce deuxième tome et j’ai vraiment apprécié d’être ainsi surprise. Mi Tagawa nous embarque en deux temps plus seulement dans l’histoire d’une rencontre entre un renard et un petit tanuki, mais également dans un récit fantastico-politique avec de petites doses de thriller mais dans l’univers des créatures au service des divinités. Surprenant et rafraichissant !

J’ai d’abord trouvé la première moitié particulièrement rythmée et dynamique. En partant à la recherche de Manpachi, la mangaka met en branle tout plein de rouages. Cela permet de faire de multiples rencontres, d’autres sortes de métamorphes, d’autres divinités, mais également de découvrir un univers encore plus riche que ce que l’on avait entraperçu. On a ainsi un aperçu rapide de l’enfance de Senzo, on découvre de nouveaux éléments sur la naissance de Manpachi et tout cela fait sens pour rapprocher ses deux êtres que le destin a mis sur la même route.

C’est bien sûr toujours aussi adorable de les voir évoluer ensemble même si c’est moins le coeur de l’intrigue que précédemment, celle-ci proposant des petites choses en plus. Cependant dès qu’ils sont ensemble, on fond littéralement. Manpachi est tellement doux, gentil et généreux. Il a cette candeur de l’enfance qui ferait fondre le coeur le plus endurci et c’est ce qu’il fait avec Senzo qu’on voit peu à peu se transformer à son contact.

La seconde partie nous entraîne cette fois un peu plus dans l’univers des humains, tel que j’avais pu le voir dans le film Pompoko d’Isao Takahata. L’autrice utilise à fond les codes sur les animaux métamorphes se mélangeant aux humains. On retrouve à la fois des scènes très drôles quand Manpachi et Senzo se transforment pour la première fois et apprennent à appréhender leur corps humain, et d’autres scènes plus sérieuse parce que l’autrice veut faire prendre un tournant plus consistant à son histoire. J’ai trouvé bienvenu qu’elle veuille montrer la politique qui régit les différents clan, la façon dont les métamorphes évoluent dans la société humaine, etc.

Cette seconde partie est vraiment très riche et intrigante. Elle permet de faire encore de nouvelles rencontres, de croiser des personnages ambigus donc prometteur. Elle met également en scène le côté plus sombre de l’univers qu’on avait déjà perçu auparavant avec Senzo mais qui revient par une autre porte ici avec l’assassinat d’un métamorphe. Tous les petits éléments nouveaux qu’on croise depuis le début s’assemblent comme les pièces d’un puzzle dont on ne perçoit pas encore l’ampleur. Ça m’intrigue beaucoup. Je ne pensais pas que l’autrice partirait sur une telle ambiance.

Finalement avec ce deuxième tome, je me suis rendue qu’en prenant un postulat de base assez similaire d’avec sa précédente série : élever un jeune enfant, l’autrice a tout de même réussi à faire quelque chose de totalement neuf. Là où Père et fils parlait de deuil et de médecine, Le renard et le petit tanuki nous parle de ségrégation, de différence, de folklore et de tradition. J’aime énormément la surprise que cela me procure !

Bonus : Les pages de suppléments à la fin du volume que l’autrice a publié sur les réseaux sociaux, sont des petits strips vraiment savoureux, plein d’humour et de douceur. J’adore ce genre d’ajouts, c’est toujours cocasse avec des chutes adorables.

Tome 3

C’est toujours avec beaucoup d’humour et de sensibilité que Mi Tagawa continue de nous conter les charmantes aventures inter-espèces de Senzo le renard et de son charmant petit tanuki.

Ce qui au début se présentait comme le récit d’un renard acariâtre en colère contre le monde entier découvrant ce qu’était la famille au contact d’un petit tanuki orphelin, devient également au fil des chapitres une histoire plus vaste sur le même thème incluant bien d’autres espèces. Ainsi comme l’amusante couvertures, aux teintes toujours aussi douces, de ce tome le suggère, nous allons assister cette fois à une belle histoire impliquant également le clan des chats et celui des loups.

J’ai beaucoup aimé cet élargissement à d’autres animaux, empêchant ainsi l’enfermement avec une histoire uniquement centrée sur Senzo et Manpachi. L’autrice leur permet ainsi de se frotter à d’autres relations que la leur et d’élargir leur panel d’émotions. Ici, ils sont embarqués dans l’histoire d’Hagiri, le loup qui adore les chats, qui cherche à tout prix à retrouver la petite chatte blanche qu’il avait recueillie. Mi Tagawa nous brosse à nouveau le portrait de personnages très sensibles, plein de bonté et d’amour, mais aussi de solitude, qui cherche à combler celle-ci en trouvant la bonne personne. C’est particulièrement touchant et émouvant, et suivre Senzo et Manpachi se mêler de tout ça accentue encore cela.

Nous vivons ainsi une jolie aventure entre urbanité et folklore, dans les rues et les parcs de cette ville. On court de partout. On se bat, on mord, on griffe. On protège, on défend et on sauve. Cela donne une lecture particulièrement dynamique où aventure et émotion sont étroitement entremêlées, où Senzo et Manpachi sont présents mais bien entourés par des loups dont les relations sont également très riches et émouvantes à suivre. Avec des héros, spectateurs de l’aventure humaine de leurs compagnons, la série gagne ainsi en épaisseur et dépasse son stade premier qui aurait pu être un peu répétitif.

Humour, légèreté et émotion sont toujours au rendez-vous du Renard et du Petit Tanuki mais Mi Tagawa commence à brosser un portrait plus complexe, encore plus chaleureux et humain avec un beau panel d’émotion et de relations où les compagnons sont le remède parfait à la solitude et l’entraide la solution à chaque problème. J’aime la lumière et la chaleur de ce titre, tout comme j’en aime l’humour et le ton bon enfant (que l’on retrouve aussi dans les petits strips trop mignons dans les ultimes pages). Vraiment une série touchante.

(Merci à Ki-Oon pour ces lectures.)

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© 2019 Mi Tagawa

15 commentaires sur “Le Renard et le petit Tanuki de Mi Tagawa

  1. Je suis content de voir que ce titre t’as plu. J’ai le même ressenti que toi sur les similarités thématiques entre cette nouvelle série et Pere et fils, en particulier concernant la famille.

    Encore un titre que je suivrai avec grand plaisir. Par contre Père et fils j’avais pu tout enchaîner, là l’attente ça être difficile !

    Aimé par 1 personne

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