Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Shy de Miki Bukimi

Titre : Shy

Auteur : Miki Bukimi

Editeur vf : Kana (shonen)

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes : 5 (en cours)

Histoire : Dans chaque pays, il existe un héros prêt à sauver le Monde. L’héroïne du Japon est une grande timide et n’est pas très populaire. Pourtant, Shy fait de nombreux efforts et elle est prête à risquer sa vie pour sauver toute personne qui se trouverait en danger ! Mais Shy devra surtout trouver la confiance en elle nécessaire pour affronter la plus grande menace qui pèse sur la planète…

Mon avis :

J’ai toujours aimé les univers de superhéros, c’est quelque chose qui me fascine. Ainsi même si je ne suis pas une afficionada, j’ai quand même été biberonnée avec Batman, Superman, Spirder-man, les X-Men, Iron-man et j’en passe. Cependant après plus de 30 ans à ce régime, j’en viens parfois à me lasser. C’est là qu’interviennent les japonais et leur pouvoir sans égal de revisiter à leur façon des mythes universels.

Shy est la toute première série de la jeune mangaka Bukimi Miki, qu’elle publie depuis 2019 dans le Shônen Champion d’Akita Shoten. Elle compte actuellement 7 tomes et semble bien partie pour continuer.

Comme les séries de superhéros habituelles, elle est portée par une brochette de personnages aux pouvoirs surhumains, l’originalité vient de son héroïne, la superhéroïne du Japon, dont la particularité est d’être une grande timide, d’où son surnom : Shy. A partir de là, le ton est donné, entre enrobage classique inspiré des histoires de superhéros qu’on connait et nouveauté avec une héroïne qui n’a pas vraiment le caractère qui va avec.

J’ai beaucoup aimé cette dichotomie. Le personnage de Shy est vraiment très attachant et on peut facilement s’identifier à elle. Quand on est timide nous aussi, on se retrouve dans ses hésitations à intervenir, à se mêler à la foule, dans ses sentiments d’infériorité et d’auto-culpabilisation fréquents. Ainsi plus qu’une série de superhéros, l’autrice propose une série humaine, sur le fait de se battre contre soi-même pour se dépasser et être celle/celui que l’on souhaite, une morale qui me plaît beaucoup.

Pour mettre cela en scène, j’ai trouvé le cadre des superhéros assez original. Avec Shy, j’avais l’impression de revenir un peu à la source de ce qu’est « un héros », c’est-à-dire un demi-dieu dans la mythologie grecque, soit un être mi-dieu mi-humain, divinité grâce à ses pouvoirs extraordinaire, humain grâce à ses traits de caractère qui peuvent apparaitre comme des faiblesses mais ne le sont pas. D’ailleurs, les autres héros croisés sont dans la même dynamique avec Spirits l’héroïne russe qui picole, ou Stardust le héros anglais mégalo un brin psychopathe. C’est un angle d’approche vraiment intéressant.

Mais l’histoire n’est pas faite que de psychologie, pour raconter tout cela, l’autrice nous embarque dans des aventures de superhéros classiques faites de sauvetages lors de grande roue coincée ou d’incendie. Ce sont au début des interventions assez classiques pour ne pas dire un peu limité. Heureusement le schéma prend vite une nouvelle ampleur avec l’arrivée d’un plus grand mal contre lequel l’ensemble des héros va devoir lutter, à commencer par Shy bien entendu, ce qui va l’obliger à se dépasser tout en restant elle-même. Avec ses teintes rappelant un peu Card Captor Sakura dans la construction narrative parfois, j’ai trouvé les premières aventures de notre héroïne timide pleine d’énergie et de bons sentiments.

Les dessins par contre ne sont pas totalement à la hauteur à mon goût. On sent que c’est une première oeuvre et il y a quelques maladresses chez eux, un côté un peu brouillon parfois avec un noir trop présent rendant leur lecteur moins nette. Le trait gagnerait à s’alléger un peu plutôt qu’à vouloir absolument remplir toute la case quitte à la surcharger, surtout que les design des personnages sont classiques mais bien vu, modernes et plein de peps.

Ainsi cette première incursion dans l’univers des superhéros made in Bukimi Miki m’a plutôt plu. L’autrice a choisi un angle de vue inédit qui emprunte à la fois à l’origine du mot héros et à ce que les américains en ont fait avec leurs superhéros après la Guerre. La série est vraiment prometteuse malgré les quelques ajustements à faire.

Tome 2

Malgré sa toute jeune carrière, Bukimi Miki propose vraiment avec Shy un titre des plus prometteurs dont Kana a eu la bonne idée de sortir en parallèle les deux premiers tomes afin de vraiment bien appréhender l’univers.

Reprenant le même schéma général que le tome 1 avec un premier chapitre explosif, une suite de missions plus légères avant un final bien plus percutant. Une formule simple et efficace qui m’a beaucoup plu ici.

Nous retrouvons donc notre héroïne, sur la base en orbite des superhéros du monde entier dirigée par la mystérieuse Unilord. Elle y fait la rencontre de Stardust, ce héros aux airs de popstar si mal aimé par les autres à cause de son côté psychopathe. Cependant, celui-ci touche une corde sensible en faisant comprendre à Shy qu’elle a besoin de s’endurcir et de maîtriser un peu mieux ses pouvoirs pour pouvoir affronter les dangers qui l’attendent. Une étape nécessaire afin de faire grandir notre héroïne et que l’autrice a plutôt bien géré sous fond de classicisme à nouveau teinté d’originalité.

Cette originalité, elle est, comme dans toute la saga on dirait, accès sur l’intériorité des personnages. En effet, loin de la figure parfaite du héros, ceux-ci sont tous des individus avec des failles certaines, failles dont ils se servent pour développer leurs pouvoirs, grandir et protéger les autres. Stardust n’y coupe pas, tout comme les autres héros et héroïnes que nous allons rencontrer dans ce tome.

Il est donc une fois de plus question d’acceptation de soi dans ce tome très accès sur le développement des pouvoirs de Shy. J’aime que l’autrice ne cherche pas à supprimer sa timidité mais plutôt à en faire une force en exprimant tout le positif que cela referme. De la même façon, elle procède comme ça aussi avec le soi-disant manque d’empathie de Stardust, le handicap d’une autre héroïne ou le manque de confiance en lui d’un autre héros. C’est superbe comme message pour tous ceux qui se sentent mal dans leur peau et que la société a un peu trop tendance à pointer du doigt. J’aime ce message d’ouverture, de tolérance et de bienveillance.

Cependant pour développer tout ça, les chapitres sont parfois inégaux et je dois avouer que ceux occupant le milieu de ce tome me semblaient un peu anecdotiques sur la forme. J’avais même peur de retomber sur le sacro saint schéma de la mission de la semaine… Heureusement la fin vient me démentir et de quelle façon !

J’ai adoré retrouver LE grand méchant du tome 1, Stigma, qui est terriblement énigmatique et qui semble proposer un modèle de vilain ambigu qui est loin de l’archétype manichéen habituel. Le mystère qui l’entoure lui ainsi que ses acolytes relance bien l’intrigue à la fin de ce tome et promet une suite sous tension où nos héros vont partir enquêter pour voir de quoi il en retourne. C’est une proposition audacieuse et minutieuse. Là où un MHA, qui parle aussi de superhéros, a tardé à développer un fil narratif intéressant s’éloignant d’une certaine routine, ici Bukimi Miki s’y essaie très rapidement et avec succès !

Un deuxième tome à lire dans la foulée du premier pour achever de vous convaincre que cette série a vraiment du potentiel pour raconter une histoire de superhéros autrement. La volonté de mettre en valeur des traits de caractère souvent méprisés par la société est tout à l’honneur de l’autrice et fait un bien fou. Maintenant qu’elle semble avoir trouvé une bonne ligne directrice pour la suite, j’ai hâte de la lire !

Tome 3

Comme pressenti lors de mes lectures des tomes précédents, nous tenons là avec Shy un titre qui pour moi renouvelle le genre des super-héros comme cela avait le cas avec My Hero Academy à l’époque, certaines similitudes se faisant d’ailleurs sentir avec ce dernier.

Avec ce troisième l’intrigue se tourne et se centre sur Shy et son amie Spirits, alias Pepesha, qui suite à une confrontation avec un étrange ennemi a eu besoin de retourner dans sa Russie natale pour trouver certaines réponses.

Mélange d’intrigue intimiste et de combats à la saveur de super-héros bien connue, ce nouvel opus fut aussi palpitant à suivre que les précédents. L’autrice manie parfaitement les différents éléments de son récit. Elle met en scène une jolie amitié qui se noue entre les deux super-héroïnes. Elle fait un récit âpre de la vie de jeunes orphelines dans une Russie où la misère fait rage. Et elle imagine une confrontation mère / fille assez percutante et poignante où leurs pouvoirs opposés ne sont pas en reste.

Si la mise en scène fait déjà vue, le travail sur les émotions, les sentiments et ressentiments est très joli et donne une touchante vraiment poignante à la série. Les « méchants » proposent ainsi autre chose que juste la volonté de dominer le monde ou asservir le genre humain. La dénonciation qui est faite de certains de nos travers est juste et on sent ainsi qu’un point de bascule est tout à fait possible et plausible. C’est quelque chose qui me plait assez car j’ai l’espoir d’un tournant plus sombre pour certains « héros », ça m’intéressait.

Ainsi, même si l’intrigue est plus compacte avec ce centrage sur Pepesha, je trouve la saga vraiment prometteuse avec un beau travail sur les émotions qui permet de renouveler un peu un genre des super-héros trop souvent laissé aux mains des Américains et de leur comics Marvel and Co. Ça fait du bien de voir de jeunes auteurs proposer autre chose même si l’influence des grands titres du genre n’est jamais bien loin ><

Tome 4

Alors que je suis un peu lente et que je viens seulement de réaliser que le logo de la série rougit tout comme son héroïne…, la série, elle semble avoir trouvé son rythme entre tranche de vie gentillet et combat contre l’organisation Amalarilk qui souhaite un monde sans adulte. Ça se laisse très bien lire mais cela a un côté déjà vu que fait que la série manque d’intensité.

En effet, alors que je trouvais le concept assez enthousiasmant, l’autrice ne parvient pas vraiment à concrétiser la chose et propose une histoire encore un peu tiède pour le moment. C’est cependant plein de bons sentiments qui font chaud au coeur et les différentes rencontres sont l’occasion de discussion à coeurs ouverts qui touchent. Toutefois dans un titre mettant en scène des superhéros, je m’attends à plus d’action et moins de palabre, ce qui n’a pas été vraiment réussi dans ce tome.

Celui commençait pourtant bien avec le combat entre Pesh et sa mère, sous le regard attentif de Shy. Le premier chapitre offrait de jolies scènes de combat, scènes qui furent malheureusement vite torpillées par l’orientation plus psychologique du récit. En effet, l’autrice profite de cet affrontement pour plutôt revenir longuement sur la relation mère-fille des deux femmes, aussi bien du point de vue de l’enfant que de la mère. En soi, c’est touchant, avec de belles paroles, de beaux développements sur la parentalité et les relations parents-enfants, mais c’est vu et revu malheureusement, alors je n’ai été qu’à moitié touchée.

A la place, j’aurais aimé un vrai développement autour d’Amalarilk sur lequel nous n’avons des informations qu’au compte-goutte. Informations, en plus, déjà entendues, il me semble. J’aime le potentiel de ce groupe et de son leader et j’aimerais qu’il soit mieux exploité, mais l’autrice ne m’entend pas vraiment pour le moment ^^!

Elle préfère mettre en scène et appuyer sur le côté banal et normal de son héroïne, comme elle l’illustre dans la dernière partie. Shy se retrouve malade et se fait aider par sa camarade de classe et amie à qui elle apprend qu’elle a perdu sa soeur aînée. Shy sauve un petit garçon et tombe sur une journaliste qui cherche sa voie et elle l’aide dans ce sens. Shy se balade avec son amie et tombe sur une jeune fille un peu perdue qu’elle prend sous son aile. Ce sont tous des petits instantanés de la vie de l’héroïne qui la montre sous son jour timide, banale, mais profondément gentille et toujours au petit soin pour les autres. C’est mignon tout plein, mais ça ne vole pas très haut non plus ^^!

Je ne sais pas si c’est moi qui n’étais pas dans de bonnes dispositions ou si le titre marque le coup, mais j’ai été moins convaincue ici. J’ai trouvé le tome un peu mou, un peu trop bavard, manquant d’action, de secrets et de révélations. J’en attends plus.

Tome 5

Comme je le craignais un peu l’auteur est reparti à alterner petites histoires anecdotiques et vaste complot mondial, mais ce dernier ne parvient pas à prendre l’ampleur qu’on aimerait lui voir…

Bukimi Miki a vraiment mis l’accent sur son héroïne dans cette série qui porte son nom. Ainsi, toutes les histoires que peut faire la terrible organisation Amalarilk n’auront jamais la première place. Non, l’auteur préfère à la place parler de son héroïne, de ses amies, de ses relations aux autres et de la façon dont elle va prendre confiance en elle. Un choix audacieux mais qui ne paie pas toujours.

Je dois avouer que la première moitié de ce tome où Teru et Iko font la connaissance d’une jeune princesse shinobi échappée de son village, qui souhaite gagner en indépendance, n’a pas brillé par son originalité et son intérêt. J’ai trouvé ça mignon mais plat et déjà vu. Certes, c’est chaleureux, la relation amicale entre les trois filles se construit naturellement et avec humour, mais il lui a manqué quelque chose.

Heureusement du coup que ça ne traine pas en longueur et qu’assez vite Amalarilk pointe le bout de son nez. Ceux-ci sont toujours en arrière-plan à chaque fois que Teru rencontre et s’approche de quelqu’un. Ici, notre princesse cache aussi un sombre passé dont elle n’a pas encore parlé et il n’y a pas que son arme qui semble magique. L’auteur nous relance donc dans un combat où Shy va devoir prendre les choses en main et c’est une bonne chose pour nous réveiller.

Cependant, ce tome ne vient qu’amorcer cette nouvelle affaire. On y voir un centrage sur Shy à qui on confie la place de leader dans cette mission de sauvetage qu’il faut organiser à Tokyo. Un travail a alors lieu de la part du mangaka pour montrer l’évolution de son héroïne et combien elle doit prendre sur elle pour grandir et avancer. C’est traité positivement et avec bienveillance, la preuve au-delà de leurs qualités, Shy choisit avant tout ceux en qui elle a appris à avoir confiance, ce qui lui permet elle-même d’avoir confiance.

Ainsi contrairement aux autres titres sur les super-héros auxquels Shy peut faire penser – il y a des mises en scène rappelant furieusement My Hero Academia -, le titre continue à suivre sa propre voie, une voie plus intimiste par son attachement à la personnalité de l’héroïne. Alors certes, ce tome n’est pas le plus passionnant depuis le début, mais il continue à la faire joliment évoluer, ce qui donne envie d’en voir le résultat lors d’une mission sous tension dans le prochain tome.

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B lecture

10 commentaires sur “Shy de Miki Bukimi

  1. Je suis contente que tu es appréciée de découvrir SHY. Moi aussi je suis lasse dans l’ensemble des super-héros vu que l’on se fait matraquer depuis des années par ce genre, mais ce titre m’a beaucoup plu de par son héroïne et ce que la mangaka en fait dans son intégralité. C’est une première œuvre oui, mais je trouve qu’elle s’en sort vraiment très bien. C’est humain et c’est parfois ce qui manque dans le genre.

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  2. « La volonté de mettre en valeur des traits de caractère souvent méprisés par la société est tout à l’honneur de l’autrice et fait un bien fou. Maintenant qu’elle semble avoir trouvé une bonne ligne directrice pour la suite, j’ai hâte de la lire ! » +1

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