Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Blissful Land d’Ichimon Izumi

Titre : Blissful Land

Auteur : Ichimon Izumi

Traduction : Yohan Leclerc

Éditeur vf : Nobi Nobi (Genki)

Années de parution vf : 2022

Nombre de tomes vf : 4 / 5 (en cours)

Histoire : Tibet, XVIIIe siècle, dans un village au milieu des montagnes. Kang Zhipa, apprenti médecin, fait la connaissance de sa fiancée, Moshi Lati, venue d’une contrée lointaine. Pour ces futurs mariés aussi tendres que naïfs, apprendre à se connaître est déjà toute une aventure.
Pas à pas, au rythme des cueillettes d’herbes médicinales et des préparations de remèdes ou de plats traditionnels se tisse le récit du quotidien chaleureux d’une terre qu’on dirait bénie des cieux.

Mon avis :

Tome 1

Étant fan de titres comme Bride Stories et Isabella Bird où nous partons également à la découverte de cultures étrangères, je pensais être la cible pour ce nouveau shonen de Nobi Nobi nous proposant une incursion au Tibet, malheureusement on est bien loin de la qualité de ces deux titres.

Court shonen complet en 5 tomes au Japon, je l’attendais avec impatience face à la beauté des couvertures. Je pensais vivre la même expérience belle et enrichissante que celle que ces aînés m’avaient procurer. Malheureusement si le titre est mignon et plein de belles intentions, il est aussi assez creux et passe partout. 

Aux côtés d’Ichimon Izumi que nous découvrons ici, nous partons à la découverte de la vie d’un médecin dans un petit village tibétain du XIXe et sur le même modèle que Bride Storiesil se voit rejoindre par sa fiancée qui va venir vivre à ses côtés, ce qui va nous permettre de découvrir les us et coutumes de ce lieu. La différence, c’est que contrairement à son aîné, il manque la flamme. Ce titre est fade et consensuel à l’image de son héros.

Ce dernier, jeune médecin, est ultra naïf pour ne pas dire un peu bêta en dehors de ses connaissances en plantes médicinales. Suivre son quotidien, c’est le suivre pendant ces cueillettes, ses visites aux patients et confections de remèdes et comme il est assez plan plan, cela n’a rien de passionnant. Il se voit accompagné de sa fiancée, Lati, qui est elle aussi bien gentille mais fade, sans la flamme et la force d’une Amir (Bride Stories) ou d’une Isabella (Isabella Bird). Alors quand ces deux naïfs sont ensemble, c’est mignon tout plein mais cela en reste là.

Pourtant, il est plaisant de découvrir comment on vivait alors au Tibet sauf que j’ai eu le sentiment de rester en surface dans des choses convenues et connues comme le vol de la marié, la rudesse du travail du peuple, la médecine à l’ancienne, le tissage des tissus, etc. A nouveau, c’est bien gentil mais ça ne vole pas très haut et ça reste juste mignon. Il manque un petit quelque chose pour rendre le titre unique et singulier, une profondeur, un twist. Il ne suffit pas de personnages sympathiques pour faire une bonne histoire, il faut une bonne intrigue ou de l’émotion. On n’a ni l’un ni l’autre.

J’ai eu le même souci avec les dessins qui sont bien loin de la finesse de leurs prédécesseurs contrairement à ce que je croyais en voyant les couvertures. Dès qu’on lit quelques pages, on se rend compte que si l’auteur se plaît à détailler les intérieurs tibétains, les paysages et les personnages sont très vite répétitifs. Le mangaka a en plus des tics assez pénibles. Ses personnages n’ont que trois expressions : la normale, les rougissements avec croisillons sur les joues, et les yeux exorbités dont il peuple bien trop ces pages, ce qui m’a vite agacée. Je pensais au moins que ça sauverait la donne mais non…

Blissful Land était une belle proposition, j’ai aimé l’intention de nous proposer de découvrir les us et coutumes d’un petit village tibétain au XIXe siècle mais ça ne tient pas la comparaison par rapport à ses aînés. Le titre manque de singularité, de puissance, de profondeur et même d’un dessin soigné et varié. Nous sommes avec un titre bien trop lisse pour retenir l’attention sur le long terme pour des lecteurs ayant déjà lus Bride Stories, Isabella Bird ou même Les fleurs de la mer Egée, qui tous avaient quelque chose en plus !

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’Apprenti Otaku, Les mots de Mahault, Vous ?

Tome 2

L’occasion se présentant, même si j’ai été un peu déçue par le premier tome qui n’était qu’un « BrideStories-like », j’ai eu envie de poursuivre la découverte et avec des ambitions revues à la baisse, j’ai passé un bien meilleur moment avec un gros sentiment d’être comme au Bhoutan en train de mesurer le BNB, le taux de Bonheur National Brut des habitants. 

En effet, les défauts perçus dans le premier tome n’ont pas disparu. C’est toujours un peu trop léger. Le dessin a toujours des tocs qui m’agacent avec les grilles de rougeur sur les joues de l’héroïne et le regard de poisson mort du héros. Il y a encore un petit côté catalogue par moment pour présenter les différents aspects de la vie des habitants du Tibet.

Cependant, en suivant Moshi Lati et Kang Zhipa sur les routes du Tibet pour aider les habitants qu’ils rencontrent, se dégage un vrai sentiment de lire une histoire paisible et reposante. Si je n’ai aucun attachement pour eux, je ressens tout de même un vrai plaisir d’aller à la découverte des petits maux des uns et des autres, à soigner avec les plantes médicinales et astuces du cru, dans de splendides paysages naturels. C’est relaxant.

J’ai aimé la variété des situations, de celui qui souffre du mal des montagnes et doit aller retrouver sa soeur malade qui s’est autrefois occupée de lui, en passant par un vieux papy gagnait par les maux de la vieillesse qui se plaint de sa femme qui n’est plus comme avant mais qui réalise qu’en fait si, ou encore les hommes qui ont trop bu après une fête traditionnelle, celui se faisant passer pour le fils perdu d’une vieille femme et finissant par être accepté, ou encore la rencontre avec une amie de Kang Zhipa qui est fermière et éleveuse.

Chaque rencontre est un moment tendre et apaisant, le plus souvent un peu humoristique aussi, où les personnages tirent de jolies leçons de vie pour leur future vie commune et leur avancée dans l’âge. C’est mignon tout plein. J’ai eu une grosse préférence pour celle mettant en scène ce couple de personnes âgées où le temps est passé, les corps ont changé, l’expression des caractères un peu aussi, mais où leur âme est restée intacte. C’était adorable.

Certes, il ne faut pas chercher dans Blissful Land la même virtuosité, la même profondeur et le même attachement que dans Bride Stories mais je reviens un peu sur ce que j’ai dit, c’est tout de même une série correcte, qui offre des moments adorables où découvrir les us et coutumes des tibétains. Il est juste dommage que souvent les héros fassent surtout de la figuration à cause de leur côté trop lisse et que ce soit les personnages de passage qui fassent tout, car vu qu’on en change souvent, ça empêche tout attachement. Cela reste cependant un joli moment de lecture fort reposant.

Tome 3

Après des débuts compliqués parce que je comparais trop la série à Bride Stories, je dois avouer que j’apprécie de plus en plus ce voyage tendre et enrichissant dans la culture tibétaine.

Chaque tome est l’occasion de plusieurs chapitres où l’on part à la découverte de la vie dans les contrées tibétaines, au plus près de ces peuples si différents de nous, dont il est donc intéressant de découvrir les us et les coutumes qui diffèrent tant de nous. C’est à chaque fois conté avec bienveillance et neutralité mais aussi nombre de détails et des personnages toujours attachants.

Cette fois, par exemple, on s’intéresse tour à tour à la polyandrie, à la médecine et à la fête équestre. J’ai ainsi découvert qu’il existait une coutume où des frères pouvaient épouser la même femme. C’était instructif et l’auteur n’hésite pas à venir nous donner plus de détails en fin de volume pour enrichir notre compréhension et compléter l’histoire qui a servi à introduire cette idée. Car chaque thème n’est pas développé abruptement mais est enveloppé dans une jolie histoire.

Ainsi dans ce tome, Kang Zhipa se voit confronté à ses sentiments pour sa fiancée et on tente de lui apprendre à mieux les exprimer pour que celle-ci se rendent compte de ce qu’il a sur le coeur. C’est mignon tout plein et cela participe grandement à rendre l’histoire plus humaine parce qu’elle ne soit pas juste un catalogue d’us et coutume. Car concrètement, ce sont quand même ceux-ci qui sont au coeur de ce qui se passe. La fête équestre prend ainsi beaucoup de place du début à la fin. On croise d’abord un participant qui s’entraîne en vu de celle-ci, puis on assiste à la sélection de ceux y allant, et enfin on participe à son déroulé. Ça prend pas mal de place.

Mais j’ai apprécié une nouvelle fois en découvrir plus sur cette culture à grand renfort de ce qui pourrait sembler être de petites anecdotes mais ne sont que le récit de leur quotidien, ce qui est parfait pour cerner une civilisation. J’aime de plus en plus le trait fourmillant de détails d’Ichimon Izumi qui gagne vraiment en netteté et précision. Là où il y avait pas mal de maladresses dans les premiers tomes, notamment du côté des regards et expressions des personnages, soit il y en a moins, soit  je m’y suis habituée, et tout cela s’efface face à la richesse de la description de cet univers.

Ainsi bien que n’atteignant pas le niveau de son aîné, Blissful Land est de plus en plus au fil des chapitres, une lecture pleine de charme où la recette élaborée par l’auteur pour nous faire découvrir la culture tibétaine se révèle de plus en plus savoureuse et riche en saveurs. C’est charmant et instructif. J’aime beaucoup.

Tome 4

Déjà l’avant-dernier tome, que le temps passe vite auprès de cette charmante famille de guérisseurs à laquelle finalement on s’est bien facilement attaché et qu’on prend plaisir à retrouver dans chaque volume.

Comme ses personnages, l’auteur a bien grandi et nous propose désormais un récit beaucoup plus posé où il n’a plus besoin de toutes ces fausses postures exagérément ridicules qu’elle faisait prendre aux héros. Ça fait du bien. Cela donne un récit plus calme, plus agréable à lire aussi, où pourtant le quotidien de notre petit couple est sans cesse perturbé par des bobos des uns et des autres à guérir, mais c’est charmant.

Ichimon Izumi tente de varier les histoires en plus. C’est sympathique. Après un début très accès sur le bouddhisme et sa philosophie de vie ainsi que ses implications quotidiennes, les chapitres suivant s’essaient à l’intrigue policière avec une enquête sur un yak mort, ou encore au sauvetage avec une femme coincée sous un éboulis. Ça montre aussi la variété des situations qu’on pouvait rencontrer dans ces terres désolées autrefois.

J’ai aimé en tout cas replonger avec eux dans leur quotidien, continuer de découvrir leurs traditions, comme ces bains en masse une fois par an. C’est charmant aussi de voir comment Lati fait tout pour séduire et satisfaire son fiancé, tandis que celui-ci le lui rend bien. L’autrice ne joue pas sur les codes mari-femme, mais plutôt sur ce qui ferait plaisir à deux individus, point. J’aime.

Les dessins sont également plus fins qu’auparavant. Il y a moins de visages « bizarres » avec ces grillages sur les joues qui me dérangeaient tant. Le mangaka tente de faire passer les émotions autrement et c’est pas plus mal. Cela l’oblige à faire un travail plus fin sur la psychologie de ses personnages et ça fonctionne. On a toujours aussi un très joli travail, soigné, sur les motifs de ces peuples. J’ai adoré le chapitre où Lati fabrique une sacoche à médicaments pour son fiancé. L’objet est superbe !

Alors que j’avais quelques réserves au début, le titre m’a finalement totalement convaincue. Il ne faut pas chercher une histoire aussi forte et poignante que Bride Stories, mais juste un joli et simple témoignage de la culture tibétaine à travers des figures plus classiques. C’est mignon, frais et plein de bons sentiments. Un vrai titre feel good mais à l’autre bout de la planète !

(Merci à Nobi Nobi et Sanctuary pour ces lectures)

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© 2022 Editions Nobi Nobi

 

12 commentaires sur “Blissful Land d’Ichimon Izumi

  1. Un achat de moins à prévoir grâce à ton avis.
    Le côté convenu, comme tu le sais, ne me gêne pas, mais le manque d’émotions est rédhibitoire…
    Je le lirai à l’occasion par curiosité, mais j’attendrai que ma médiathèque le propos.

    Aimé par 1 personne

  2. Je ne serai pas aussi sévère que toi même si j’ai aussi noté la comparaison avec Bride Stories qui n’est pas à son avantage.
    J’ai trouvé quand même la lecture douce et agréable, mais s’il faut choisir un titre dans la liste, c’est sur que je me tournerai davantage vers Bride Stories.

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui, j’ai été sévère, je le reconnais mais je m’attendais certes pas à un Bride Stories, mais au moins à un Isabella Bird, et pour moi le titre tombe à côté tant il est rempli de maladresse qui passeront crème chez le public jeunesse ciblé mais moins chez une adulte comme moi. Je préfère donc prévenir.
      Mais nous nous rejoignons sur l’essentiel, c’est Bride Stories le bijou 😀

      J’aime

      1. Ce serait difficile de contredire le statut de Bride Stories !
        Mais sinon, je te comprends. De mon côté j’ai réussi à passer un bon moment malgré ces maladresses mais je conçois qu’elles puissent ne pas passer. Je suis curieux concernant le prochain titre de cette collection par contre.

        Aimé par 1 personne

      2. Moi aussi, leur prochaine parution m’intrigue. Il faut juste que j’essaie d’avoir la dent moins dure et de me mettre à la place des jeunes lecteurs, parce que je sens encore venir les comparaisons lol

        J’aime

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