Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Golden Sheep de Kaori Ozaki

Titre : Golden Sheep

Auteur : Kaori Ozaki

Editeur vf : Delcourt-Tonkam (seinen)

Année de parution vf :  Depuis 2020

Nombre de tomes vf  : 1 (encours)

Histoire : Selon la légende « si vous écrivez un souhait, que vous l’enterrez sous la Tour des Moutons et que vous le déterrez au bout de 7 ans et 7 mois, votre souhait se réalisera… » Tsugu Miikura, revient dans sa ville natale et retrouve ses amis d’enfance avec lesquels elle avait enterré une capsule témoin à l’école primaire. Elle découvre alors que les liens d’amitié qu’elle pensait indestructibles se sont fissurés petit à petit.

Mon avis :

Tome 1

Kaori Ozaki est autrice que j’aime suivre depuis ma découverte du oneshot Our Summer Holiday, puis de sa longue série Immortal Rain. Il y a chez cette autrice un ton mélancolique qui plait et un angle de vue sur l’adolescence, ses mal-être et ses bouleversements qui me touche. Je suis donc ravie de voir que Delcourt-Tonkam poursuit la mise en avant de cette autrice dans la langue de Molière avec Golden Sheep, sa dernière série en date.

Composée de 3 tomes au Japon et étant terminée, Golden Sheep est le récit du quotidien d’un quatuor d’amis qui se retrouvent des années après que l’une d’entre eux les ait quittés. Tsugu avait dû partir avec sa famille mais revient après la séparation de ses parents et pense retrouver Sora, Yushin et Asari tels qu’elle les a laissés enfant. Ce n’est malheureusement pas le cas et les sourires de façade vont bien vite se fissurer pour un quotidien bien plus cruel.

En voyant la couverture du tome 1 et en connaissant l’autrice, je me doutais bien que l’histoire ne serait pas toute rose. D’ailleurs les premières pages nous mettent direct dans l’ambiance avec le récit tonitruant d’une tentative de suicide avortée. Le sujet est posé. On parlera de mal être, de harcèlement, de délitement de la cellule familiale et du complexe temps qu’est l’adolescence. Pour autant, alors qu’on pourrait s’attendre à un ton pesant, l’autrice sait éviter cet écueil. Elle joue énormément sur les non-dits, les sourires et la bonne humeur de façade certes mais qui permettent tout de même de souffler au milieu de la noirceur du récit. C’est typiquement japonais comme narration, on l’a déjà vu plein de fois dans les mangas, mais c’est extrêmement bien fait ici et ce n’est pas pour nier la gravité de la situation, loin de là.

En effet, Tsugu retrouve ses amis qui semblent pareils que par le passé. Sora a l’air toujours aussi gentil et empoté, Yushin est toujours aussi beau et charismatique, Asari toujours aussi douce et amicale. Sauf que quand on creuse, ils ont chacun de grosses casseroles derrière eux. Sora est victime de brimades au lycée, Yushin est devenu le petit caïd du coin et Asari n’est pas si gentille que ça, elle est très jalouse de Tsugu, qui elle même est bien fragile dans la nouvelle vie où elle cohabite avec une nouvelle cellule famille complexe composée de ses soeurs, mère, nièce… Pas simple pour des adolescents de vivre avec tout ça et même si on aimerait revoir le petit groupe d’amis d’autrefois, on sent bien que ce ne sera pas possible.

Le génie de l’autrice, c’est de ne pas raconter tout ça frontalement de manière sombre, pesante et malaisante, comme on le trouve parfois dans les seinen, n’est-ce pas messieurs Asano et Furuya ? (Oui, je ne vais pas me faire des amis, je sais. J’adore Solanin, La fille de la plage et DDD d’Asano, mais le reste…) Bref, ici c’est plus subtil. L’autrice insère ça tranquillement, l’air de rien dans son récit au détour d’une page, il y a des petits indices qui nous amènent lentement à comprendre ce qui se passe et la tension monte ainsi peu à peu, nous saisissant à la gorge quand on réalise l’ampleur du mal être de chacun et les conséquences de leurs actions. Dès ce premier tome, on est amené à comprendre les changements qui se sont opérés en eux, leur origine et leur bien triste résultat. C’est donc un tome d’exposition très bien mené qui ne perd pas de temps et nous plonge directement dans le sujet malgré l’impression d’une certaine lenteur qui peut se dégager de la narration.

Les personnages sont tels qu’on les connait dans les autres récits de l’autrice, des adolescents banals en apparence mais à fleur de peau à l’intérieur et ayant vécu des choses pas drôles. La mangaka a la force de faire apprécier chacun d’eux, de la fan de guitare un peu garçon manqué, au garçon un peu mollasson et tête de turque, en passant par le méchant harceleur assez fragile au final, à la petite peste qui se cache derrière un visage gentil. Tous ont des failles mais tous ont un bon fond. Il leur est juste arrivé quelque chose qui leur a fait du mal et les a poussés à changer, parfois pas pour le meilleur. Je mettrais juste un petit bémol non sur l’empathie qu’on ressent pour eux mais sur l’entrain qu’ils peuvent apporter au récit. Je trouve Tsugu, parfaite en tant qu’héroïne parce qu’elle a une passion à nous partager, celle de la guitare et des vieux groupe de musique venant de ce père qu’elle ne voit plus, et qu’elle l’électron libre qui va venir secouer cette situation nauséabonde. Par contre, les autres sont un peu trop passifs et du coup, ils n’aident pas vraiment l’histoire à avancer. Ça donne envie de leur mettre un bon coup de pied au derrière et de les réveiller, en particulier Sora. Pour le moment, c’est vraiment le personnage de Yushin qui m’a tapé dans l’oeil avec la déconstruction du mythe du méchant harceleur que l’autrice va en faire, plus que le classique souffre douleur qu’est Sora ou la jalouse qui tourne mal qu’est Asari. Les personnages sont donc inégaux.

Si graphiquement vous aimez les pages claires, facilement lisibles et pourtant très bien construites grâce à un style simple et maîtrisé, vous allez vous régaler. Je trouve qu’il y a un côté très « force tranquille » dans les dessins et compositions de Kaori Ozaki, ce qui me fait dire que ça doit être loin d’être le cas en réalité et qu’il y a un gros boulot derrière. Malgré la froideur que l’on peut ressentir devant le peu de traits nécessaires à la réalisation des visages des personnages, il se dégage aussi une grande variété des expressions paradoxalement. Moi, je suis séduite et je ressens d’autant plus fort les émotions qu’elle cherche à faire passer, mais je ne sais pas si ce sera le cas de tous.

Sans surprise, Golden Sheep fut encore une très bonne lecture grâce au ton, à l’ambiance et aux thèmes que développe Kaori Ozaki, une autrice que j’affectionne. Ce mélange de passion musicale, de portrait d’une adolescence à la dérive et de dénonciation des brimades scolaires ainsi que du délitement familial et de ses conséquences sur les enfants est très réussi. Sous ses dehors tranquilles, l’autrice y va fort et appuie là où ça fait mal. Ce premier tome nous y plonge directement et la suite promet d’être tout aussi rude même si je ne doute pas que ce sera aussi un très beau voyage vers la rédemption.

Ma note : 16 / 20

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© 2018 Kaori Ozaki / © 2020 Groupe Delcourt

13 commentaires sur “Golden Sheep de Kaori Ozaki

  1. Si la couverture m’aurait interpellée dans les rayons d’une librairie, le titre m’aurait laissée dubitative, mais après lecture de ton avis, on le comprend bien mieux…
    Les thématiques abordées semblent intéressantes, mais c’est la subtilité avec laquelle elles sont amenées qui m’intrigue le plus…
    Merci pour ton avis 🙂

    Aimé par 2 personnes

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