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Nos temps contraires de Gin Toriko

Titre : Nos temps contraires

Auteur : Gin Toriko

Editeur vf : Akata (M)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes : 5 (en cours)

Histoire : L’humanité, ne pouvant plus vivre sur Terre, s’est réfugiée dans l’espace, cloîtrée dans des « Cocoons ». Arata, Tara, Caesar et Louis sont des enfants précieux : des « néotènes », ces êtres qui, malgré leur apparence prépubère, possèdent la maturité d’adultes. Leurs corps se sont adaptés à la vie dans l’espace et, à ce titre, ils incarnent l’espoir et l’avenir de la race humaine. Quand un jour, ces quatre-là rencontrent une mystérieuse femme aux longs cheveux verts, leurs destins basculent à jamais…

 Mon avis :

Tome 1

Je fais partie de la génération de lecteurs qui a découvert le shojo dans les années 90-2000 avec des titres comme RG Veda, X, Please save my earth et autre 7 Seeds. L’aventure et de la science-fiction en particulier avaient une grande place dedans. Malheureusement, cela s’est totalement perdu avec la déferlante des romances lycéennes que nous avons eu après. Pas que je n’aime pas ça, quand c’est bien écrit, je suis bon public, mais mes premières lectures enfants et ados furent plutôt des romans d’aventure, de SF et de Fantasy, alors cette absence me manquait. La fantasy est peu à peu revenue, mais avec des worldbuilding souvent un peu trop légers, la SF, elle, manquait cruellement à l’appel. Alors je remercie Akata d’avoir bien voulu prendre le risque avec Nos étoiles contraires !

Dans ce titre extrêmement complexe qui n’a ici dévoilé qu’un tout petit pan de son univers, l’humanité, ne pouvant plus vivre sur Terre, s’est réfugiée dans l’espace, dans des « Cocoons« . Arata, Tara, Caesar et Louis sont des enfants précieux : des « néotènes », comme on les appelle, des êtres qui, malgré leur apparence prépubère, possèdent la maturité d’adultes. Leur corps s’est adapté à la vie dans l’espace, grandissant moins vite, mais n’étant pas parfait pour autant même s’ils incarnent l’espoir et l’avenir de la race humaine. Quand un jour, ces quatre-là rencontrent une mystérieuse femme aux longs cheveux verts, leurs destins basculent à jamais…

J’ai eu un énorme coup de coeur pour le premier tome de cette série. Peut-être parce que je retrouvais enfin un univers de science-fiction dense et sérieux, peut-être parce que j’ai senti que l’autrice ne nous prenait pas pour des idiots et se permettait de prendre le temps de déployer toute la richesse de ce qu’elle avait à offrir, peut-être parce que l’histoire dramatique de ces néotènes a su me toucher. J’en suis en tout cas ressortie avec l’impression d’avoir lu quelque chose de génial et de grandes attentes pour la suite.

La narration, je l’ai sous-entendu, peut être un peu déroutante. Quoique le titre se lise vraiment d’une traite, la quantité d’informations à assimiler au fil des chapitres est assez dense. Si je n’avais pas regardé la vidéo de présentation de Bruno, avant, peut-être d’ailleurs que je n’aurais pas tout aussi bien saisi à l’instant T malgré les nombreuses notes qui parsèment le tome. Au passage, ce sera mon seul reproche, mais j’aurais préféré, pour mon confort de lecture, les avoir en plus grand à la fin que là en tout petit… Car l’univers mis en place par Gin Toriko est vraiment complexe.

La fameuse vidéo de présentation à regarder absolument !

Nous sommes dans un univers futuriste où la Terre n’est plus un espace de vie possible pour l’humanité. Une partie d’entre elle (probablement l’élite) a pu émigrer dans des stations dans l’espace, les « cocoons ». Ceux-ci correspondent chacun à une grande métropole d’autrefois : Tokyo, New York, New Delhi, Paris… Et les gens qui y vivent descendent de ces peuples. Déjà pour la mixité, on peut repasser… Mais en plus, pour des raisons encore non abordées (peut-être pour limiter l’accroissement de la population), ils vivent sous un régime liberticide qui les empêche de former un couple comme ils veulent avec qui ils veulent. Ils sont sous un régime de contrat que l’on passe à chaque étape de sa vie pour arriver se mettre avec quelqu’un qu’on a quasiment choisi pour eux afin de favoriser un projet légèrement eugéniste !

Dans tout cela, nous suivons un groupe de jeunes – en apparence – qui sont en fait ce qu’on appelle des néotènes. Ils ont un corps adapté à l’espace qui vieillit bien plus lentement car ils pourront vivre des centaines d’années. Pourtant ils viennent de familles tout à fait normales, ce qui déjà pose des questions et certains problèmes. Et ils ont un statut vraiment à part, limite de star au sein de la population, ce qui fait que leurs faits et gestes sont épiés de partout. Big Brother si tu m’entends 😉

Au début de l’histoire, nous faisons la rencontre de trois d’entre eux, qui forment un groupe dans lequel ils vont devoir se choisir un compagnon ou une compagne de vie. Nous suivons leur quotidien entre retrouvailles, puisqu’ils viennent d’horizons différents, études, vie familiale et virées entre amis. Mais on sent très vite qu’il y a anguille sous roche. Tout bascule quand ils retrouvent le quatrième larron de leur bande et que celui-ci les entraine dans les bas-fonds cachés de Kyoto Cocoon, ou les quartiers de plaisir du coin. Ils y font la rencontre d’une drôle de fille où cheveux et aux yeux verts qui est très mystérieuse.

L’ambiance de Nos temps contraires est vraiment très immersive. L’autrice avec beaucoup de subtilité fait petit à petit basculer son récit de quelque chose de très banal et contemplatif, à un récit plus sombre et mystérieux où l’on sent de nombreuses zones d’ombre. L’univers dans lequel vivent les héros, qu’ils présentent comme quelque chose de tout à fait normal, nous titille peu à peu quand on commence à s’interroger sur la liberté et les contrainte de ceux qui y vivent. L’évolution décrite est malheureusement tout à fait crédible, ce qui fait dangereusement grincer des dents et montre le sérieux avec lequel il a été pensé.

Nous suivons un groupe de quatre jeunes gens : Arata, le japonais qui porte toujours un masque et est très discret, Tara, l’indienne, fidèle à sa tradition qui a du mal à exprimer ses sentiments, Caesar, l’américain très expansif mais qui cache ce qu’il ressent vraiment derrière un masque, et Louis, le français exubérant, l’artiste du groupe qui est handicapé depuis toujours. J’ai beaucoup aimé la variété des personnages, leur caractérisation qui fait écho à ce que l’on imagine de telle ou telle nationalité. Mais surtout, j’ai apprécié le travail plus subtil sur l’intériorité de chacun. Arata n’est pas le type dans sa bulle qu’on imagine, il se rend bien compte des problèmes de ses amis et tente d’y remédier. Tara sera probablement, je l’espère du moins, plus entreprenante et forte que ce que sa culture la pousse à montrer pour le moment. Caesar est celui qui m’a le plus touchée parce qu’il est les deux faces d’une même pièce, solaire et sombre à la fois. Enfin, Louis, le plus fragile, est le héros type des shojos des années 70 qui amèneront au Boys Love qu’on connait, je trouve. Mais j’ai eu du mal avec son grain de folie et sa dramatisation de tout. Cependant, l’autrice a vraiment fait un chouette travail sur la diversité.

L’ambiance graphique est tout aussi réussie. J’appréhendais au début d’avoir la même déception qu’avec Made in Abyss où le design très enfantin des héros m’avait vite déplu. Ici, ce n’est pas le cas. Il se dégage au contraire une grande poésie d’eux mais également un malaise pour nous faire mettre le doigt sur ce qui ne va pas dans cette évolution de notre humanité. Après je ne suis pas toujours fan des yeux vraiment immenses des personnages dans leur petit visage d’enfant, mais je trouve qu‘il y a vraiment un charme hors du temps à ses dessins, un peu comme chez Moto Hagio (Le coeur de Thomas, Le clan Poe), Keiko Takemiya (Terra E) ou Saki Hiwatari (dans la seconde partie de Please Save my Earth). C’est doux, vaporeux, ensorcelant, envoûtant ! Et les décors dans lesquels ils vivent ne sont pas en reste. Vraiment dépaysant !

Ce premier tome, qui prend son temps pour nous embarquer dans cet univers tellement différent du nôtre, est une belle réussite. Sous ses dehors tranquille, il m’a vraiment remué le cerveau, au point de me donner envie de le relire (ce que j’ai fait) à peine après l’avoir terminé. Il pose des questions très intéressantes sur l’évolution qu’on peut imaginer pour notre société. Mais surtout, il offre des personnages subtils et un récit envoûtant, qui nous achève par une ultime surprise dans les dernières pages, remettant pas mal de choses en question. Excellent !

Merci Akata d’avoir redonné sa chance aux shojos de SF.

Tome 2

Deuxième tome, deuxième coup de coeur pour cette série qui me fait tellement de bien tant je suis heureuse de retrouver un univers de SF fouillé comme j’aime dans un shojo.

Le premier tome était une vaste introduction à l’univers imaginé par Gin Toriko et cela ne manquait pas de complexité. Pour autant, il y avait un bon rythme et les sujets posés sur l’évolution de l’espèce humaine et de ses relations m’intéressaient vraiment. Ce deuxième tome poursuit et creuse encore cela mais en prenant son temps, je trouve. Pas de moment de folie, pas d’envolé dramatique, tout avance lentement mais sûrement et cela me remue tout autant.

Nous retrouvons nos néotènes 16 ans après les derniers incidents. Chacun a grandi et évolué, ce que l’autrice se plaira à mettre petit à petit en scène mais sans trop en révéler d’un coup. On découvre que l’incident en question a eu des répercussions sur chacun et je pense qu’on n’est pas au bout de nos surprises. Arata s’est lancé dans la recherche pour améliorer les conditions de vie de ceux souffrant de la maladie de Daphné. Il a passé un contrat de partenaires secondaires avec Tara, qui toujours très amoureuse, s’interroge sur son manque de passion. Louis et Caesar le sont également et leur relation a l’air bien tumultueuse. Mais surtout un nouveau personnage les a rejoint, Gigi, une petite fille souffrant de cette terrible maladie.

Ce tome est donc l’occasion de renouer avec chacun, pour voir où il en est, comment il a évolué. L’autrice centre beaucoup son histoire sur Arata et Gigi, laissant peut-être un peu trop les autres au second plan alors qu’ils ont plein de choses intéressantes à raconter. Mais elle en profite également pour mettre un coup de projecteur sur des questions typiques de la science-fiction qui me plaisent toujours beaucoup : l’évolution de cette société avec ses contrats, les interactions entre humains, leur évolution génotypique ou encore la gestion de la mort et de la reproduction quand on vit dans un vase clos dans l’espace.

Comme la dernière fois, le ton se veut léger mais ne l’est pas vraiment. On ressent au contraire une profonde mélancolie et un léger malaise en permanence. Non, ce n’est pas normal d’avoir un société régie par de tels contrats. Oui, il y a plein de choses qui mettent mal à l’aise et doivent faire réfléchir. C’est ce que l’autrice fait souvent au détour d’une situation ou d’une petite phrase, que ce soit en utilisant ses personnages principaux ou les secondaires comme les membres de la famille d’Arata que l’on croise pas mal dans ce tome. Et ainsi petit à petit on sent bien qu’elle remet en question les bases même de son univers.

Les influences des classiques de la SF (roman et shojo manga) sont toujours autant perceptibles et enrichissent toujours autant le récit et les personnages de l’histoire. On sent que l’autrice les a parfaitement digérées, c’est vraiment plaisant. Alors oui parfois, il y a ce côté un peu grandiloquent et mélodramatique des shojo d’autrefois mais comme j’aime bien cette surpuissance des sentiments ici, ça ne me gêne pas.

Avec ce deuxième tome, plus lent que je l’aurais imaginé, la série confirme tout de même son bel univers fouillé, intrigant et un brin dérangeant qui n’a pas à rougir de la comparaison avec d’autres très bon titres de space opera manga ou roman. Je suis curieuse de voir encore quelles surprises nous réserve l’autrice et j’espère qu’elle continuera à oser parler de thème fort comme l’euthanasie, la procréation planifiée, la maladie…

Tome 3

Ce fut encore un vrai plaisir de replonger dans cet univers de SF plein de réflexions profondes et pertinentes sur les relations humaines. On ne peut en ressortir indemne.

Cependant je note au bout de trois tomes que la narration est quand même bien lente, limite asthmatique, ce qui rend la lecture assez étrange, décrochée de tout et hors de tout. Toutefois, j’aime beaucoup cette ambiance étrange et complexe qui n’est pas sans me rappeler l’onirique Please save my earth qui me remuait bien le cerveau également à l’époque même s’il avait une trame narrative plus claire et plus dense.

Ici, nous sommes dans une intrigue bouillonnante mais qui avance très très lentement donnant une impression de surplace. Dans ce tome, l’autrice met l’accent sur la dénonciation de l’anonymat des gens à cause de leur statut, de la discrimination envers les Daphnées, des contrats qui nous enferment dans un monde administratifs loin des émotions qu’on devrait éprouver, mais aussi d’amours reposant sur un sentiment d’obligation, et de pédophilie. C’est très puissant.

Le porteur de toutes ces dénonciations, c’est Louis, celui qui était resté un peu en retrait jusqu’à présent et que l’on découvre plein de morgue et de fougue après l’apathie qu’il a ressenti suite à son drame personnel. J’ai adoré découvrir ce personnage même s’il peut sembler difficile à aimer au premier abord. J’ai été touchée par sa détresse bien cachée derrière ses propos toujours très rudes. C’est sûrement parce que c’est le néotène le plus « nature », celui qui ne veut pas se laisser corrompre par la société. Cela rend son discours d’autant plus impactant.

A côté, les autres semblent un peu fades à toujours, ou presque, vouloir rester dans les clous même s’ils commencent à s’interroger. Tara est peut-être celle qui va se laisser entraîner le plus facilement car comme lui elle ressent de fortes émotions même si elle les cache. J’aime beaucoup, par exemple, son attachement aux jeunes Daphnéenne avec qui elle se comporte comme une mère / grande soeur. Caesar pourrait lui aussi devenir un élément perturbateur mais il a encore trop de mal à rompre avec ce que la société attend de lui, comme le prouve cette histoire de partenaire reproducteur. Quant à Arata, on le découvre bien plus rebelle qu’on pouvait le croire grâce à quelques brèves pages retraçant un épisode de son passé avec son arrière-arrière-grand-mère. Il cache bien des choses. L’autrice rajoute ainsi des mystères tandis qu’elle en résout d’autre. On apprend ainsi la raison de son port quasi permanent d’un masque.

Tout cela se mixe étrangement pour développer à la fois une intrigue autour des Daphnées qu’on ne considère que comme des cobayes, donc pas comme des êtres humains, et contre qui on commet de vrais crimes ; et une histoire autour de ces quatre néotènes qui sortent du lot chacun à leur manière, qui remettent leur société en question et qui peut-être vont faire quelque chose pour la renverser. Il serait juste temps qu’il se passe vraiment quelque chose car même si les messages sont forts intéressants, l’ensemble peine à vraiment décoller et reste assez contemplatif.

Ainsi même si j’aime beaucoup Nos temps contraires, l’enthousiasme des débuts est un peu retombé à force de voir que la série ne passait pas à la vitesse supérieure. Certains dessins et certaines compositions sont magiques, les thèmes abordés sur la procréation, les relations en société ou encore le racisme frappent forts, mais il me manque une histoire à la narration riche et au rythme prenant, là j’ai plus l’impression qu’on se traine et c’est un peu dommage.

Tome 4

Nouvelle plongée dans l’univers si complexe, que je croyais pourtant désormais borné, de Nos temps contraires et nouvelle surprise qui m’assis !

Je tiens d’abord à souligner la narration de grande qualité de Gin Toriko qui offre ici un ouvrage de SF parfaitement fluide et immersif, alors qu’elle y aborde des éléments techniques comme les lois de Kepler ou encore des développements sociologiques et philosophiques comme les liens sociaux subits ou voulus, la mort, la maladie, l’asexualité… C’est vraiment riche et passionnant et tout ça s’intègre librement dans le récit sans lourdeur ni fausse note.

Dans ce nouveau tome où il semble y avoir eu un nouveau petit bond dans le temps, nous retrouvons nos héros dont les relations sont toujours les mêmes, enfin pas exactement, quelques nuances sont désormais présentes qui petit à petit l’air de rien vont amener au nouveau drame final.

Caesar et Louis ont rompu leur contrat de partenaire secondaire. Libérés de cette contrainte qui pesait trop pour eux, ils vivent désormais une relation interdite mais plus libre où chacun parvient à faire part de ses désirs à l’autre. Je reste cependant assez perturbée par cette relation aux allures de relation toxique pour Caesar puisque Louis se comporte vraiment mal avec lui parfois, lui faisant payer sa colère et sa frustration de sa vie dans les Cocoons.

Tara, elle, s’interroge de plus en plus sur la signification de sa relation avec Arata. Elle l’aime et voudrait que ça soit payé de retour, sauf qu’Arata ne laisse rien paraitre, ne semble pas s’intéresser à elle et est plus occupé par ce qu’il fait en dehors. J’ai trouvé cette interrogation sur notre rapport à nos relations fort intéressante. L’opposition mise entre les relations issues de notre famille/entourage et celles qu’on se choisit en grandissant est pertinente, et le fait de tisser cela avec l’histoire de Lucas et Nana,ainsi qu’avec la relation entre Lucas et Arata enrichit la série.

Il est également toujours question de mort et de maladie avec Gigi, mais de plus en plus en miroir avec la procréation. Les jumeaux technocrates présents en couverture étant au coeur de ce tome avec leur folie de créer de nouveaux êtres humains et donc d’éliminer ceux qu’ils jugent inutiles. De vrais cinglés hyper mystérieux sur lesquels j’aimerais en apprendre plus surtout qu’ils vont bouleverser notre histoire. Gigi, elle, reste touchante et interroge aussi sur le droit de vivre pleinement sa vie même si on se sait condamné, après tout on l’est tous à plus ou moins long terme. Sa fougue m’a fait du bien, tout comme l’envie pressente de Nana et Lucas d’avoir un enfant.

Sauf que tout cela semble un peu vain quand même dans un univers entièrement clos où les perspectives semblent nulles. C’est effrayant de se rendre compte au fil des pages que tout est fait pour « bloquer » les être humains dans cette bulle hors du temps où rien ne se passe. On survit au jour le jour et c’est tout. Aucune perspective de retourner sur Terre et même pas la moindre idée de s’en éloigner. C’est d’une tristesse ! L’autrice nous amène ainsi ingénieusement à nous rendre compte qu’au-delà de ces histoires de contrats qui déjà puaient un peu, ils vivent vraiment dans une dictature faite pour les empêcher de penser au reste, à ce qu’il y a dehors. Les expériences tout comme les connaissances sont barricadées et soumises à un strict contrôle et gare à celui qui s’en écarterait ou en saurait trop. On s’en rend fatalement compte.

Ainsi avec son rythme lent et insidieux, l’histoire développe une mise en alerte du lecteur sur la société dans laquelle vivent en fait les héros. Il ne faudrait pas que leurs problèmes personnels, bien que réels, occultent le drame plus général qui se joue également en sous-main, c’est ce qui nous éclate à la figure dans les dernières pages et cela fait un bien fou. Nos temps contraires est vraiment une SF intelligente qui pousse à réfléchir, exactement comme j’aime !

Tome 5

Ce drame humain interstellaire continue à nous être conté de main de maître par une Gin Toriko inspirée pour plonger dans la psyché complexe d’humains déracinés dans l’espace et toujours à la recherche d’une chose : l’amour.

Je dois avouer qu’il n’est pas simple de chroniquer ce titre, car il n’est pas simple de mettre des mots sur les intentions de l’autrice, ni de les percer à jour. L’histoire se lit avec grand plaisir. On aime retrouver le monde des cocoons, suivre l’évolution des personnages, les mystères qui les entoure, essayer de deviner ce qui se cache derrière leurs actions, mais cela reste assez flou pour ne pas dire obscur et je pense que cela ne prendra forme totalement qu’une fois la lecture de la saga achevée.

Ici, nous suivons les conséquences du dernier choix d’Arata, celui de rejoindre les rangs des Technocrates. Cela a bouleversé toutes les relations et tous les contrats préalables des jeunes héros que nous suivions. On se retrouve donc dans une histoire où tout a bougé et où on va devoir essayé de décortiquer, analyser ça.

Désormais libre, Tara s’interroge sur ce qui la liait à Arata et son désir d’être sa partenaire reproductrice. Arata, lui, explique pourquoi il a agi ainsi, la poussant à rompre tout lien avec lui. Après le drame de la parte de Gion, qui avait un grand impact sur Louis, le drame de la perte de Lucas, en a eu un tout aussi important sur Arata. Et le choix d’Arata en aura un tout aussi important sur les pauvres Daphnés laissaient sans soin désormais. J’ai eu le coeur déchiré pour Gigi. Mais tous semblent grandir dans cette adversité. Ainsi Louis parvient à rompre un peu cette relation malsaine qu’il avait avec Caesar et ce dernier commence à analyser sa drôle de relation de soumission à ses parents. Tous ces contrats ne sont pas les seules choses à aliéner les individus dans l’espace, certaines relations existant autrefois sur Terre le sont tout autant.

A cela s’ajoute de nouveaux mystères, de nouveaux personnages troubles venant questionner nos héros sur leur rapport à la reproduction, la génétique et l’amour. On est bousculés par tout cela et tout autant sur la réserve et perdus qu’eux. J’ai été touchée par la fragilité dont Arata fait preuve en coulisses en allant trouver du réconfort auprès de son frère à plusieurs reprise, alors qu’officiellement il a l’air ultra déterminé dans son nouveau rôle. Ce jeu de double masque privé/public est bien présent chez chacun. Et les nouveaux personnages qui vont apparaitre ne vont faire qu’aggraver cela, que ce soit le Dr Cuvier de la famille de Tara, qui gravite autour d’Arata et elle, ou le fameux « Facteur/Professeur/… » (Soichiro, je parie) qui va semer des graines un peu partout.

Les néotènes restent au coeur de notre histoire et de l’évolution de la station. On semble compter sur eux pour pas mal de choses même si ça reste encore très flou. Il en va de même pour l’autre extrémité de la balance : les Daphnés. J’aimerais bien maintenant que l’autrice éclaircissent son propos vu que nous en sommes à la moitié de l’histoire et que ça reste très obscur dans les intentions finales de chacun. J’aime me faire porter mais là ça commence à être un peu long ^^!

Nos temps contraires reste une très bonne lecture de science-fiction post-humaine avec des questions sur l’eugénisme, la génétique et l’évolution des relations humaines qui interrogent. Reste que c’est aussi une lecture difficile à appréhender car on ne voit pas trop où on se dirige et c’est perturbant.

© 2017 by Gin Toriko / © 2020, Editions Akata

18 commentaires sur “Nos temps contraires de Gin Toriko

  1. Il me semble que tu mets rarement 17 à un livre, ce qui laisse voir à quel point ce titre t’a plu !
    L’univers proposé semble d’une grande complexité avec sa part de mystère à découvrir et d’ombre à creuser… Quant aux personnages, j’apprécie l’effort de diversité autant au niveau des origines que des personnalités et physiques.
    Et cette idée de corps qui ne reflète pas l’âge réel des individus est assez déstabilisante, mais super intéressante !

    Aimé par 3 personnes

    1. Tout à fait, je dépasse rarement le 16 en temps normal, parce que je considère qu’au-delà il faut que ce soit à la fois bien écrit, bien construit et que j’aie un coup de coeur. Les 3 sont rarement réunis, donc oui, ça en dit long sur ce titre 😀
      Il faut foncer le mettre sur ta wishlist pour ne pas dire dans ta PAL ><

      Aimé par 3 personnes

  2. Très bel article, super riche et complet… le mien ne le sera pas autant .

    Car oui ! J’ai aussi acheté ce premier tome un peu pour les raisons que tu évoques au début, et pour les raisons mises en avant par Akata. J’ai envie de voir de la diversité dans le shojo pour que le genre soit moins assimilé aux romances lycéennes, et j’ai tout de suite été intrigué par le titre.
    Je n’ai lu que la moitié de ce premier tome mais je suis déjà plutôt conquis !

    Aimé par 2 personnes

  3. J’étais déjà intriguée, mais là je pense que tu m’as convaincu de tenter le coup !
    Je lis peu de SF, mais l’atmosphère et les thématiques peuvent me plaire (par contre je ne suis pas très fan du dessin o/).
    Akata est une maison d’édition qui commence à vraiment sortir du lot en proposant de la diversité à foison, c’est chouette 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Tu me fais le plus beau des compliments et j’espère que ça te plaira autant qu’à moi.
      Personnellement, j’ai toujours aimé les choix d’Akata et ils me confortent un peu plus chaque année dans ce sentiment. Vraiment une belle maison d’édition 🙂

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