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Kowloon Generic Romance de Jun Mayuzuki

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Titre : Kowloon Generic Romance

Auteur : Jun Mayuzuki

Editeur vf : Kana (Big)

Années de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes vf  : 2 (en cours)

Résumé : La citadelle de Kowloon… Un labyrinthe de ruelles et de boui-bouis… Reiko Kujiraï et Hajime Kudo sont deux agents immobiliers dans la trentaine qui sillonnent cet enchevêtrement de béton.
Entre eux semble se dessiner le début d’une romance… Mais est-ce vraiment le début ? Comment se fait-il que, sur la photo trouvée par Reiko, Hajime et elle semblent bien plus proches qu’ils ne le sont actuellement ?
Et la citadelle de Kowloon, est-elle vouée à disparaître face aux bâtiments futuristes en construction au-dessus de leur tête : Generic Terra ?

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Mes avis :

Tome 1

Découvert avec le poétique Après la pluie, Jun Mayuzuki m’avait éblouie par ses compositions graphiques, ses ambiances mélancoliques et son développement de la psyché des personnages. Je suis donc ravie que Kana continue de nous faire découvrir son travail avec son dernier titre en date : Kowloon Generic Romance.

Débuté en 2019 dans les pages du Young Jump de Shueisha, ce seinen compte à ce jour 4 tomes au Japon. Il va donc falloir s’armer de patience pour lire la suite. Kana a cependant fait plaisir à ses lecteurs en le sortant aussi rapidement. Le seul défaut de l’édition française est donc, selon moi, l’adaptation des couvertures avec cet ajout d’une barre d’immeubles de nuit, qui passe pour le premier tome mais fait ridicule dès le deuxième. J’aurais préféré qu’on garde les images simples d’origine…

Revenons-en à Kowloon. C’est une oeuvre très marquée par le cinéma asiatique. On y sent vraiment l’influence des films d’auteurs qu’on a pu voir, comme In the Mood for Love, référence évidente ici. Le ton est donc lent, tranquille, limite contemplatif, en plus d’avoir des cadrages géniaux, et on se demande au début de quoi il va bien pouvoir être question.

Nous suivons en effet la petite vie tranquille et bien rodée de Kujirai, une employée dans une agence immobilière hongkongaise, qui habite dans une vieille barre d’immeubles qui a l’air un peu délabrée. Elle aime fumer et manger de la pastèque. Elle aime être à l’heure et ne supporte pas son collègue plus dilettante, Kudô. Cependant, tandis qu’elle se rend compte que sa vue a changé, elle remarque aussi des petites choses chez lui qui lui plaisent même si elle refuse de l’admettre. 

Au début, j’avais le sentiment d’être à nouveau dans un titre romantique comme sait si bien en écrire Jun Mayuzuki, un titre romantique lent et entêtant où les sentiments avancent tout doucement à mots couverts, le temps d’un échange de regard, d’un effleurement, d’une petite attention. C’était ultra poétique, sentiment en plus renforcé par la mise en scène magnifique de l’autrice qui a une science du découpage incroyable. Certaines pages sont magiques lorsque se croisent pensées et dessins de l’auteur, comme lorsque Kujirai secoue la veste de Kudô, qui s’envole et vient l’enlacer, symbolisant son désir de mettre fin à sa solitude. Renversant !

Le tempo était assez lent et insidieux, les deux personnages n’étant pas des plus dégourdis et étant attachés à leur train train. Kudô est un dilettante qui ne semble pas très sérieux. Il a un peu une image de gentil looser avec le coeur sur la main. Kujirai, elle, est plus sérieuse, elle réfléchit, calcule avant d’agir, et en même temps, elle a un côté enfantin adorable. Elle aime tous les petits gadgets et plats à la mode chez les jeunes. Tous deux se tournent autour sans jamais rien oser s’avouer franchement. Ils sont tellement différents. Cependant, ils prennent soin l’un de l’autre, ils aiment déjeuner ensemble aussi ou faire faire des découvertes à l’autre. C’est mignon et touchant.

Tout cela se déroule dans un cadre un peu hors du temps, un Hong Kong à l’ancienne, un Hong Kong de carte postale, mais pas le Hong Kong touristique, le Hong Kong traditionnel, vétuste et un peu miséreux. On découvre à travers leurs yeux, et en particulier ceux de Kudô, qui y semble le plus attaché, la beauté de cet univers caché au détour d’une ruelle, d’une place que personne ne connait, d’un petit bouiboui, etc. C’est très nostalgique.

Mais, mais, mais… Il y a tout de même une pointe de mystère dans tout ça. On sent qu’il y a quelque chose d’étrange qui rode au-dessus du quotidien de nos héros. Cette chose étrange est matérialisée par un octaèdre (losange en 3D) qui flotte au-dessus d’eux sur lequel l’auteur se focalise à des moments clés. Il semble appartenir à cette organisation : Generic Terra, qui veut construire des bâtiments futuristes au-dessus de leur tête, quitte à faire disparaître ce qui existe pour l’instant. Ce mystère pèse effectivement sur leur avenir mais pas seulement. C’est pour ça que l’auteur parle avec beaucoup d’insistance du passé et de la nostalgie, ce qui crée une ambiance très particulière dans ce premier tome jusqu’à la révélation finale qui vient bouleverser bien de choses et offre une nouvelle perspective.

SPOILERS : On découvre dans les ultimes pages un petit peu ce que ça cache. Kujirai semble avoir été fiancée avec Kudô et avoir tout oublié. On ne sait pas encore comment ni pourquoi. Ce qui explique tous ces petits flottements ressentis entre eux depuis le début : sur le toit, au bar, au bureau, etc. J’avais déjà un peu la puce à l’oreille mais ça m’a quand même bien assise et je suis maintenant très très curieuse d’en apprendre plus forcément. Ça remet aussi en jeu ma façon d’appréhender Kudô dont le côté looser pouvait avoir tendance à m’agacer malgré la générosité que je percevais derrière. Bref, ça relance tout et c’est un sacré coup de maître !

Kowloon Generic Romance est un titre assez atypique dont la construction est très ingénieuse. Il m’a rappelé un petit peu les titres Kanon (chez Akata) et Dead Dead Demon’s… (chez Kana) mais avec une tonalité romantique et mélancolique encore plus poussée. C’est donc un retour gagnant pour Jun Mayuzuki qui une fois de plus me subjugue par ses compositions graphiques et ses ambiances. J’ai adoré la lente construction de ce récit et son mystère dans un Hong Kong vieillissant en proie aux attaques de la modernité. Intriguant et fascinant !

——-

! Avertissement ! Il y a tout de même un « male gaze » (regard masculin) assez dérangeant. L’autrice exagère la sensualité et les postures de son héroïne au point de mettre mal à l’aise comme lors de la scène où elle repeint un appartement où on se croirait presque dans un porno. Je veux bien que ce soit publié dans un magazine à destination des jeunes hommes, mais quand même…

> N’hésitez pas à aussi aller lire les avis de : L’apprenti Otaku, Les voyages de Ly, Lire en bulle, Vous ?

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Tome 2

Après ce joli coup de coeur lors du tome 1, j’attendais un peu la suite au tournant surtout après la révélation tombée dans les dernières pages, mais force m’est d’avouer que j’ai également adoré cette suite et qu’elle a su tenir toutes ses promesses.

Tout d’abord, j’ai aimé retrouver l’ambiance si particulière de Kowloon dans ses ruelles chinoises tellement dépaysantes mais également un brin inquiétantes avec ce polyèdre qui continue à flotter au-dessus des têtes de nos héros sans qu’on en connaisse le but. Le premier chapitre nous fait plonger dans les souvenirs de Kudô et c’est fascinant de l’accompagner au coeur de cette ville avec l’ancienne Reiko. Cela prend une toute autre teinte.

Il faut savoir que le revirement des ultimes pages du tome 1 est particulièrement bien traité ici. A la fois, l’autrice ne fonce pas tête baissée dedans et elle ne l’évite pas non plus, non c’est plus subtile. L’héroïne se rend compte que quelque chose cloche, qu’elle semble avoir oublier des éléments potentiellement importants de sa vie et à sa façon, elle mène l’enquête avec beaucoup de discrétion. J’ai aimé cette tonalité étrange qui la pousse à garder ça pour elle, et pour la nouvelle amie qu’elle se fait, mais qui l’empêche d’aller voir directement Kudô. On reste ainsi sur une relation pleine de sous-entendus et de non-dits et j’avoue que j’aime assez la teinte que ça donne à l’histoire.

Le titre alterne ainsi entre tranche de vie dans ce vieux quartier et romance ultra subtile et lointaine, mais influant quand même sur les actions de Reiko. L’ajout d’une amie pour celle-ci dynamise ses aventures, elles forment un nouveau duo. Tandis que Kudô se fait plus lointain physiquement, même si très présent dans son esprit. Enfin, l’étrange Professeur Hébinuma qui va ouvrir une clinique et chez qui elle va aller à cause d’une remarque de Kudô sur ses rides, va venir perturber un peu tout ce train train ce qui n’est pas plus mal.

Du coup, avec toutes ces nouvelles subtilités, j’ai eu le sentiment que le dessin le devenait également. Il y a moins de fulgurances graphiques que dans le tome 1 dans les compositions. Mais il y a également moins de « male gaze » à mon sens et ça fait du bien, on se sent moins gêné.

Ce tome 2 réussit donc à confirmer mon coup de coeur mais également à gérer la surprise introduite dans les dernières pages du précédent avec une histoire qui devient encore plus subtile et mystérieuse. L’un des meilleurs titres de la collection Life avec And et Chacun ses goûts.

©Jun Mayuzuki 2019

coup de coeur

9 commentaires sur “Kowloon Generic Romance de Jun Mayuzuki

  1. Coucou !

    Merci beaucoup pour la mention tout d’abord. Ensuite, je suis ravi que le titre te plaise. On en avait déjà un peu parlé, mais on a ressenti je pense un peu les mêmes choses, notamment en terme d’ambiance et d’influences.

    Tu l’auras compris, le regard masculin ne m’a pas posé problème, mais je trouve important de le souligner car ça peut être le cas pour d’autres. Et tu le dis, mais je pense en effet que c’est aussi poussé parce que c’est un seinen. J’ai une hypothese selon laquelle la romance étant connotée comme quelque chose de féminin par essence (ce qui selon moi n’est pas le cas), quand on en fait pour un public masculin, on veut appuyer la dimension masculine pour éviter de s’aliéner le lectorat.
    C’est juste une hypothèse mais je pense que ça peut être plausible.

    Aimé par 2 personnes

    1. Avec plaisir 😉

      J’aime ton hypothèse. Elle a une certaine logique surtout dans un pays où on a pensé à segmenter la lecture comme ils l’ont fait au Japon.
      Après personnellement à part la fameuse scène de la peinture de l’appart, ça ne m’a pas gênée plus que ça j’avoue ^^!

      Par contre, maintenant j’attends beaucoup du titre, c’est une grosse pression sur l’autrice et j’espère qu’elle ne va pas glisser à un moment comme ce fut le cas pour le final d’Après la pluie alors que j’avais adoré tout le reste même si elle était également sur un fil ^^!

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  2. C’est vrai que le male gaze est très présent et côté lourd notamment dans la scène que tu cites où elle repeins l’appartement. Je trouve que le scénario et la composition graphique est plus aboutie que Après la pluie. Ça se voit mnt quelle est plus en maîtrise. À voir par la suite^^

    Aimé par 1 personne

    1. Moi ça m’a moins gênée que je je craignais à part sur cette fameuse scène mais il vaut mieux prévenir.
      En revanche comme toi, je trouve que graphiquement ça se pose là encore, c’est assez bluffant de maîtrise. J’ai passé un temps fou à tout admirer 😍

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  3. On est assez raccord sur nos ressentis.
    Et pour la scène de la peinture aussi. Franchement ca n’apporte rien, ca plombe le truc et c’est totalement inutile dans ce type de récit.

    Et meme si j’ai trouvé le récit un peu prévisible, je signe pour la suite…

    Aimé par 1 personne

    1. Je me suis effectivement bien retrouvée dans ta chronique aussi et on est 100% d’accord sur la fameuse scène 😅
      Très curieuse en tout cas de la direction que prendra la suite notamment dans son utilisation du cadre choisi.

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