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Tokyo Tarareba Girls d’Akiko Higashimura

Titre : Tokyo Tarareba Girls

Auteur : Akiko Higashimura

Editeur vf : Le Lézard noir

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes : 4 / 9 (en cours)

Histoire : 2014, Tokyo. Rinko, scénariste de séries télévisées, est une trentenaire célibataire à la carrière professionnelle épanouie. Son petit plaisir consiste à passer des soirées alcoolisées avec ses deux copines Kaori et Koyuki, elles aussi trentenaires et célibataires. Un soir, alors qu’elles sont encore en train de se soûler et de s’auto-rassurer bruyamment avec des « y a qu’à, faut qu’on » dans leur bar favori, elles sont interrompues par un jeune homme aux allures de mannequin. Agacé de les entendre brailler, il les ridiculise méchamment en les traitant de vieilles filles avant de quitter les lieux. Alors qu’elle pensait avoir encore tout son temps, Rinko réalise qu’il va falloir se réveiller si elle ne veut pas finir sa vie toute seule…

Mon avis :

Tome 1

Je suis Akiko Higashimura depuis la parution de son premier titre chez nous : Princess Jellyfish, qui m’a toujours amusée avec son ton complètement décalée. J’ai ensuite apprécié de la retrouver avec sa biographie romancée et fictive d’un général japonais célèbre dans Le tigre des neiges. Et, plus récemment, j’ai également adoré découvrir son autobiographie, Trait pour trait, qui était porteuse de beaucoup d’autodérision. Il me fallait donc tester Tokyo Tarareba Girls, ce titre sur trois trentenaires célibataires, qui promettait de me faire passer un excellent moment !

Issu du magazine japonais, Kiss, dans lequel il y a eu plusieurs séries que j’ai adoré comme Nodame Cantabile, Princess Jellyfish, ou Perfect World, Tokyo Tarareba Girls a su tirer son épingle du jeu au point de remporter un Eisner Award en 2019. Mais chez nous, il a fallu attendre cette année, alors que la série est terminée (en 9 tomes) depuis 2017 au Japon, pour enfin pouvoir le lire. Cependant, je ne peux que remercier Le Lézard noir d’enfin nous le proposer !

Car Tokyo Tarareba Girls est vraiment un titre qui fait du bien sur notre marché parfois un peu monomaniaque du manga en France. Il propose, chose rare, un récit tranche de vie sur trois amies trentenaires, qui à la mode Sex and the City populaire, se retrouvent régulièrement autour d’un verre d’alcool pour se raconter leurs déboires. Il y a Rinko, la scénariste qui a loupé le coche 10 ans plus tôt avec l’un de ses collègues ; Kaori, qui aime les chanteurs de rocks et fait des manucures pour vivre ; et enfin Koyuki, qui a atterri comme serveuse dans l’échoppe de son père où elles aiment se retrouver. Et ces filles n’ont aucune limite quand elles se mettent à papoter et se saouler !

Le ton est donné d’entrée de jeu, c’est sarcastique et grinçant à souhait. Akiko Higashimura propose un portrait ultra réaliste de trentenaires qui n’ont plus rien à perdre et rien à cacher. Quand les trois amies se retrouvent elles lâchent tout et les critiques sur leurs équivalents masculins pleuvent, ce qui ne plaît pas à tous les visiteurs du restaurant.

L’actrice principale de cette histoire est Rinko. C’est elle que l’autrice développe pour le moment et j’espère bien que ce sera ensuite le tour des autres et qu’elles ne resteront pas juste les amies de l’héroïne mais qu’elles deviendront des héroïnes à part entière pour montrer d’autres facettes de la vie d’une femme trentenaire. Avec Rinko, on parle de travail freelance, puisqu’elle est scénariste indépendante de série web. On vit avec elle sa déception amoureuse du moment. On la découvre sous son plus mauvais jour, comme une fille qui cherche à se caser quand l’opportunité se présente mais sans vraiment le vouloir au fond et qui est amère ensuite. Ce n’est pas un portrait lisse et gentil qui est fait d’elle, mais ça la rend tellement plus humaine que j’ai adoré le personnage. Avec ses amies, elles parlent fort, se fond remarquer et osent dire ce qui ne va pas. Leur critique des hommes et de la place de la femme japonaise est décapante. On revient sur cette critique de la femme qui doit se caser avant un certain âge sinon il est trop tard. Et pour une fois, cela fait aussi écho à nos sociétés occidentale et pas seulement au Japon. J’ai adoré !

Le scénario est un peu cousu de fil blanc. Les débuts sont un brin répétitifs. Mais le mélange tranche de vie, amour, amitié et boulot fonctionne très bien. Très vite un élément perturbateur salutaire arrive avec ses grands sabots, en la figure d’un petit jeune qui n’hésite pas à remettre en place nos trois vieilles mémères. C’est désopilant et jouissif car cela donne lieu à de belles passes d’arme même si parfois (la plupart du temps ?) elles ne volent pas haut.

J’ai été totalement convaincue par l’humour du titre, qui correspond parfaitement à ce que je connais de l’autrice. C’est un mélange d’humour bas de gamme et de critiques savoureuses de notre société. C’est direct et sans concession. Ça fait mal où ça passe et l’autrice ose tout. Elle critique aussi bien les hommes que les femmes, les jeunes que les vieux, tout y passe. On sent une belle dose d’autodérision et on sent bien que c’est inspiré de ses propres expériences directes ou indirectes.

Le décor est également un vrai plus. J’ai trouvé ce troquet où elles aiment se retrouver charmant dans sa typicité nippone. Ça m’a beaucoup amusée de les voir commander des plats dits de « vieux », de les voir picoler et se mettre minable. La vie en entreprise et la complexité que le travail de la femme non mariée de plus de 30 ans au Japon pose est parfaitement explicité et mis en scène. Les autres lieux typiques que l’on retrouve : rues tokyoïtes, bar/restaurant, entreprise, onsen rendent aussi très bien et immergent vraiment le lecteur dans l’ambiance proche et banale voulue par l’autrice. J’y ai totalement succombé.

La narration, tout comme la mise en page sont dynamiques. L’autrice est aussi bavarde que d’habitude. Elle aime en mettre partout mais cela donne un côté vraiment tourbillonnant à son récit et ça se prête bien à l’histoire. J’aime les compositions très variées de ses planches, ainsi que sa grande expressivité et la variété de personnages rencontrés qu’elle propose. Tout ça contribue à donner une vraie identité visuelle à la mangaka. Quand on l’a lue une fois, impossible de la confondre avec quelqu’un d’autre ! Après, je pense que ça passe ou ça casse, personnellement plus le temps passe, plus j’apprécie. Je la trouvais parfois maladroite dans Princess Jellyfish, et je trouve qu’elle maîtrise de plus en plus sa volubilité dans ses nouvelles séries.

Tokyo Tarareba Girls fut donc sans surprise une très bonne lecture qui se veut plus profonde que les conversations parfois virulentes et décousues de ses héroïnes. C’est un titre qui croque très bien les déboires de certaines trentenaires, le tout avec humour et dérision comme sait si bien le faire l’autrice. Ce n’est pas pour autant un titre seulement humoristique, il traite aussi de problèmes de sociétés importants, le tout en suivant des personnages déjà attachants dans leur trajectoire de vie et leurs interactions. J’ai vraiment hâte de voir ce que la suite nous réserve surtout après avoir été laissée sur un tel cliffhanger !

Tome 2

J’avais frôlé le coup de coeur la dernière fois, mais là ça y est on y est en plein dedans !

Mon josei préféré, emblématique, c’est Complément affectif de Mari Okazaki. Eh bien, dans ce tome, j’ai retrouvé l’ambiance des trois amies de l’histoire et de leurs histoires de coeur. C’était sensass ! La dernière fois, je trouvais que dans le tome 1, on ne voyait que Rinko et je trouvais dommage de ne pas voir les autres. C’est totalement réparé ici et le récit prend du coup une toute autre direction, bien plus riche.

L’humour est toujours omniprésent mais mieux dosé. Il s’équilibre à merveille avec le ton grinçant des romances de nos héroïnes, que ce soit Rinko qui ne sait pas quoi faire avec son jeune BG, Kaori qui n’arrive pas à oublier son ex- musicien avec qui elle a des regrets, ou Koyuki qui s’engage dans une relation pas très morale. Toutes ont des histoires compliquée en cours ou en devenir et cela donne un potentiel de fou à la série.

J’ai adoré retrouvé les discussions à coeur ouvert – parfois un peu trop pour le public xD – de nos trentenaires. Je me suis totalement retrouvée à plusieurs reprises dans leurs discours sur les hommes, les relations, la visions de la femme trentenaire, etc. Le ton sarcastique et grinçant de l’autrice joue beaucoup. Ce fut vraiment agréable de découvrir l’intégralité du trio et de voir ainsi des portraits de femmes variés mais qui ont chacun une touche de réaliste et de sincérité. On a envie de rencontrer ses femmes.

L’autre coup de maître de la mangaka dans ce tome, c’est également d’offrir sa place aux hommes. Certes Tokyo Tarareba Girls est un titre de femmes, mais les hommes ne sont pas absents et savent occuper l’espace. Les trois hommes qui vont jouer un rôle dans leur vie sont également très différents, il y en a pour tous les goûts. Il y a le jeune beau gosse torturé au lourd passé (apparemment), la rock star volage et le mari esseulé un peu gamin qui ne vit plus avec sa femme. Si je n’ai pas accroché au dernier, les hommes enfants, ce n’est pas pour moi… Je me suis amusée de la figure caricaturale du rockeur, et j’ai surtout trouvé beaucoup de potentiel à notre BG, qui est le seul à avoir une bonne dose de répondant. Et comme j’adore les relations où les héros s’envoient des piques, je suis ux anges ! Franchement, ça fait du bien de voir également des hommes dans l’histoire même s’ils ne sont pas au premier plan.

Ainsi entre humour d’alcoolique, discussions à coeur ouvert aux mauvais endroits, femmes un peu à la dérive et hommes qui viennent encore compliquer les choses, on ne s’ennuie pas. J’ai beaucoup aimé l’ambiance mature et sans concession du titre, qui est profond et léger à la fois, sans partir dans le trash, chose que je n’aurais pas aimé et pas compris au vu du parcours de l’autrice. Ainsi, cet esprit de sororité que j’ai ressenti, aidé par le développement des personnages secondaires, m’a fait retrouvé ce que j’avais tant aimé dans le groupe d’héroïnes de Complément affectif Je suis comblée !

Tome 3

Premier recul dans cette série qui m’avait pourtant bien séduite dans les premiers temps par son ton drôle et sans concession mais résolument moderne et plein d’allant. Ici, c’est un peu la douche froide avec un tome un brin déprimant où les héroïnes vivent revers sur revers. Mais je croise les doigts que ce ne soit que pour mieux rebondir !

En effet, cela se passe mal pour chacune d’entre elles dans ce tome. L’une réalise ce que ça fait d’être l’autre femme. L’autre découvre que l’homme marié avec qui elle couche n’est pas si séparé que ça. Et la dernière se prend en pleine face son âge face à la jeunesse de ceux qui l’entourent… Dans cette ambiance bien déprimante, forcément l’humour a moins bien fonctionné. C’était même parfois lourd et j’ai sauté certaines cases surchargées qui n’apportaient pas grand-chose.

Mais j’ai surtout été très agacée que l’autrice remette autant en avant Rinko, délaissant les 2 autres chacune dans sa romance adultère… Certes elle nous montre bien combien elles sont faibles et que les types sont des salauds mais ça s’arrête là, elle n’apporte rien de plus en terme de rhétorique ou dynamique narrative et ça manque. On voit juste  Rinko galérer partout : boulot et amour, les 2 étant souvent liés. J’ai été très agacée par les réflexions de Kei qui sont fausses et intolérables. Je n’aime pas du tout cette vision « âgiste » en plus bien lourde ici. Trop c’est trop, les réflexions pendants la rédaction de l’épisode qui lui échu du jour au lendemain alors que ce n’est pas du tout son type de série et qu’on lui demande son aide, ainsi que le fait qu’elle se fasse doubler au final, c’était vraiment abusé.

J’ai eu espoir lorsqu’elle a fait une rencontre certes complètement surréaliste, mais mignonne tout plein, avec ses promesses d’un homme ayant en commun avec elle son goût pour l’alcool et les films. Malheureusement avec l’autrice on comprend vite que c’est trop beau pour être vrai et que ça cache. Bien sûr, ça ne loupe pas !

Cela donne du coup un tome trop caricatural et trop crispant pour moi par rapport aux précédents. Heureusement j’adore les héroïnes donc forcément je les soutiens dans leurs galères et ça me donne de l’allant pour avancer malgré une crispation grandissante. Cependant, dans ce tome on n’est plus dans une bonne comédie romantique grinçante comme au début, il ne reste que les dents qui grincent, la romance et la comédie ont disparu pour moi. J’espère que l’autrice va rapidement sortir de ce dérapage et retrouver l’esprit des débuts.

Tome 4

La dernière fois, l’autrice m’avait laissée avec un tome beaucoup trop caricatural qui m’avait crispée notamment à cause des prétendants des héroïnes… Tout en jouant sur les mêmes ressorts scénaristiques étrangement je ressors de ce tome avec le sentiment inverse, comme quoi Akiko Higashimura est hyper douée pour raconter le quotidien de ses charmantes trentenaires.

Les galères n’en finissent plus pour nos trois amies qui continuent à se retrouver dans leur bar fétiche. Pour le lecteur, une certaine routine s’est même installée et on devine même les « alertes » qu’elles vont lancer, les interventions de leur star préférée ou l’apparition plus si inopinée de Yaka et Focon. Mais tout cela a vraiment une saveur réconfortante.

J’ai vraiment pris plaisir au focus sur la première des trois héroïnes, la seule à avoir potentiellement une relation « acceptable » si je puis dire puisqu’elle n’est pas dans l’adultère, elle. Ce n’est pas pour autant que tout est simple. Sur fond de questionnement de ce qu’on attend d’une relation de couple et de ce qu’on est prêt à accepter de l’autre, l’autrice nous embarque dans les méandres de sa vie sentimentale. J’ai beaucoup aimé les réflexions que son couple avec le fan de cinéma nous pousse à avoir. Est-ce que sous prétexte que c’est le seul homme qui s’intéresse à nous on doit tout accepter ? Est-ce qu’il faut forcément faire des concessions et jusqu’où on peut aller ? Je trouve le discours de la mangaka assez honnête et plein de nuances. Elle n’accable pas l’homme avec qui s’est mis Rinko et avec qui ça ne fonctionne pas.

En revanche, je commence à en avoir marre du quasi running gag avec la jeune star qui lui tourne autour. Je comprends parfaitement l’interrogation des filles et leur interprétation de ses actes. Celui-ci est quand même particulièrement ambigu. Mais la façon dont il se comporte envers Rinko est vraiment moche, de même que ses discours sur les femmes. Et là, j’ai vraiment du mal avec l’autrice. J’ai l’impression, et j’espère me tromper, qu’elle veut se servir de ce personnage comme d’électrochoc pour nos trentenaires, comme s’il leur disait une vérité qui dérange. Sauf que non, je ne suis pas d’accord, il tient parfois des propos en totale contradiction avec mes convictions. J’ai donc du mal avec lui même si Akiko Higashimura commence à le creuser un peu…

En revanche, ça fait plaisir de voir Rinko se bouger un peu, notamment du côté de son travail. Elle l’a pendant tellement longtemps fait en dilettante qu’on pouvait avoir le sentiment que la passion l’avait quittée. Or, là elle semble reprendre du poil de la bête et c’est beau à voir. En plus, il y a vraiment de chouettes questions qui sont posées sur la réalité du boulot de scénariste qui n’est pas que gloire et beauté, sur la peur de la jeunesse dans le cadre du travail, sur la précarité économique, etc. J’aime vraiment cet aspect du titre.

En laissant les autres de côté pour se concentrer sur une seule de nos hurluberlus, ce que je lui reprochais au début, l’autrice a su me séduire ici. Elle montre bien que ce n’est pas facile de trouver l’amour de nos jours, que la société met plein d’a priori et de barrières aux femmes (comme aux hommes mais on ne voit moins ici) et la vie professionnelle a aussi une grande importance et apporte son lot de joie et de galère. Un beau titre de son temps !

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© 2014 Akiko Higashimura / © 2020 Le lézard noir

TB lecture

7 commentaires sur “Tokyo Tarareba Girls d’Akiko Higashimura

    1. Haha je savais que ma note te ferait intervenir xD
      Disons que pour moi, c’est une bonne note. Je mets 16 à partir du moment où ça m’a fait vibrer, là ça a failli être le cas. Sans cette narration foisonnante et parfois un peu lourde de l’autrice, je pense que j’aurais poussé 😉
      Mais j’ai quand même beaucoup aimé et j’ai hâte de découvrir les autres membres du trio !

      Aimé par 1 personne

      1. Ca reste le principal.

        Après le soucis avec les notes, c’est qu’on a tous des barèmes différents. Quand j’en mets sur Livraddict, je me base sur leur barème justement. Pour eux 14 c’est moyen alors que pour moi dans l’idée c’est déjà bon.

        Aimé par 1 personne

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