Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Babel de Narumi Shigematsu

Titre : Babel

Auteur : Narumi Shigematsu

Traduction : Alexandre Goy

Éditeur vf : Akata (L)

Année de parution vf : Depuis 2022

Nombre de pages  : 2 / 5 (en cours)

Résumé : Europaris, dans le futur… Alors que les livres reliés sont devenus des antiquités, les connaissances de l’humanité sont désormais numérisées et conservées au sein de Bibliotheca, un réseau virtuel qui a pour objectif de réunir et faciliter la diffusion des informations. Cependant, d’étranges phénomènes semblent compromettre la sauvegarde des données… Aussi, en secret, une équipe de « restaurateurs » a été créée. Olsen, jeune homme à l’enfance trouble, est justement sur le point d’intégrer les rangs de cette élite. Mais au cours de son enquête sur les origines de ces « bugs » informatiques, il pourrait bien découvrir des indices sur la disparition de son propre père…

Mon avis :

Tome 1

Narumi Shigematsu, je l’ai découverte à chaque fois dans des univers très différents, la course paralympique dans Running Girl, son premier titre chez nous, puis le drame et la romance historique dans A nos fleurs éternelles, le suivant que l’éditeur a sorti, et désormais, on la retrouve dans un titre mélangeant science-fiction et ésotérisme autour de la question du livre. Elle me fascine !

J’ai été très surprise de découvrir que Babel était un titre antérieur, au Japon, aux deux que nous connaissions déjà. Publié dans le magazine de seinen Ikki, ce titre terminé en 5 tomes a une maturité dans son dessin et la construction de son scénario que je n’avais pas ressenti dans les oeuvres plus récentes de l’autrice. C’est surprenant et étrange à la fois. Alors je m’interroge vraiment sur la part prise par le taisho (l’aide éditorial) dans la construction de ses récits que nous avons eu la chance de lire.

Pour en revenir à Babel, ce titre qui s’inspire directement d’un épisode célèbre de la Bible est un récit qui souhaite nous confronter à notre rapport au livre papier et étant moi-même une férue de ce format, forcément, j’ai adoré. Il y a d’entrée de jeu, une grosse part du récit consacrée à ce médium et à sa transformation en numérique, dans cette société futuriste où le livre papier a quasiment disparu hors rares collectionneurs. L’autrice nous fait ainsi passer tout son amour pour le format physique mais sans renier la praticité du numérique. Mais le récit est ailleurs.

Nous suivons un jeune garçon, Olsen dans un Paris futuriste plus vrai que nature avec son mélange de bâtiments anciens et véhicules futuristes, son mélange d’hologramme futuriste et de foyer quotidien assez similaire au nôtre. Le père d’Olsen est restaurateur à Bibliotheca, ce qui fascine le jeune garçon qui aimerait suivre ses traces. Leur relation est charmante avec un beau focus sur la transmission entre les générations et l’importance de transmettre ce qu’on a sur le coeur. Cependant, tout bascule quand Olsen touche un ouvrage mystérieux remis par les religieux d’un ordre ancien à son père pour son travail de restaurateur.

En plus de la touche futuriste, il y a dans ce récit une dimension ésotérique vraiment fascinante et le trait envoûtant de l’autrice qui diffère bien de celui, plus maladroits, de ses plus récentes nous emporte avec ses volutes. En effet, on découvre que les textes que protège et restaure Bibliotheca ont été parasités par un drôle d’organisme mystique aux allures de fumée qui semble vouloir s’en échapper et nous parasiter. Seul le héros et son père a priori peuvent le remarquer ainsi que les fameux religieux, ce qui ajoute au mystère de son origine et sa raison d’être.

Ce premier tome qui se veut une longue introduction à l’univers m’a donc totalement envoûtée dès ses premières pages dans un Moyen-Âge fantasmé façon Nom des roses ésotérique, jusqu’aux dernières où le jeune héros devenu adulte va se retrouver embarqué dans un mystère qui le dépasse. L’autrice mène parfaitement sa barque, décrivant dans un premier temps un quotidien futuriste qui se veut presque banal en dehors de ce focus sur les livres numériques et/ou papier, puis elle nous alpague quand elle y introduit les mystères du travail du père d’Olsen et elle achève de nous convaincre dès que ce dernier, désormais adulte, pénètre les arcanes de la Bibliothéca et de ce qu’elle cache. C’est insidieux et fascinant avec un dessin fin, racé et virevoltant à la fois avec ces volutes omniprésentes aux airs mystiques.

J’ai frôlé le coup de coeur lors de cette lecture tant je suis fan des mélanges de science-fiction, univers du livre et des mystères ésotériques ajoutés pour agrémenter cela. C’est comme si on nous proposait une version de Library Wars qui dérivait vers de la fantasy. C’est dramatique, sombre et volontiers sérieux avec des réflexions sur la puissance des mots, l’importance de transmettre à nos proches ce qu’on a à leur dire au bon moment et le rôle des livres dans tout ça bien sûr. J’ai adoré être surprise par la qualité de ce travail antérieur de l’autrice dont le trait et l’ambiance m’ont fascinée. J’ai hâte de poursuivre la quête de ce mystère dans les tomes suivants.

Tome 2

Aussi sibyllin que sa couverture, ce deuxième volume nous emmène encore plus dans les mystères de Babel et de ses palimpsestes mais les réponses semblent bien loin et on se perd nous aussi un peu comme le héros.

J’aime beaucoup l’ambiance générale de ce titre, entre mythologie ancienne évoquée par le nom de Babel, science-fiction rétro-futuriste et mystère ésotérique. Les dessins de Narumi Shigematsu dansent sur les pages malgré la maladresse et l’imprécision de leur jeunesse pour donner quelque chose de très particulier, très étrange et immersif, donc parle à merveille la grande Moto Hagio dans la postface qu’elle consacre ici à l’oeuvre.

Cependant ce deuxième volume loin d’apporter des réponses ne fait qu’ajouter de nouvelles nuances au mystère déjà présent. Le héros après son expérience de quasi mort-imminente en ressort avec des inscriptions sibyllines sur le visage et le bras qu’il semble le seul à voir, mais personne autour de lui ne peut l’aider. Il semble donc plonger de plus en plus dans l’introspection et ça donne des allures de folie à sa quête.

Pour corser le tout, l’autrice nous ajoute un souvent fou dans le plus pur style de Desty Nova de Gunnm, qui vient mettre le bazar. Le lecteur ne sait alors plus trop où donner de la tête. Est-il avec ou contre l’organisation religieuse qui régente ces mystérieux manuscrits ? Pourquoi fait-il cela ? Quel est son but et son implication dans tout ça ? Il apporte certes une nouvelle fascination mais aussi beaucoup de questions avec lui et sa créature évanescente également.

Ce tome se lit donc d’une traite mais dans un état propre de l’hébétude tant on peine à comprendre ce qu’il s’y passe de plus que la première fois. Aucune réponse, que de nouvelles questions, de nouveaux personnages et un nouveau sentiment de vertige pour le héros. C’est assez déstabilisant. Je ne dis pas que je n’aime pas mais je me sens tout de même un peu frustrée et je me sentirai un peu pigeonnée si ça débouche sur un tour de passe passe après tant de belles promesses.

Tome de transition pour excellence, cette suite souffre de cette position en n’apportant pas assez de nouveautés significatives. Mais pour autant, elle fascine toujours autant grâce à une marque graphique et un univers entêtant et perturbant sur lequel on ne peut que s’interroger. L’autrice est forte pour nous communiquer le malaise de son héros hébété par tout ce qui se passe. Je croise juste les doigts pour avoir droit à de vraie réponses par la suite et non un effet pschitt.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : …, Vous ?

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2 commentaires sur “Babel de Narumi Shigematsu

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