Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Comme les autres de Nojin Yuki

Titre : Comme les autres

Auteur : Nojin Yuki

Editeur vf : Kana (shojo)

Année de parution vf : 2021

Nombre de tomes vf  : 2 (en cours)

Résumé : Tsubaki est une jeune fille qui se laisse porter par ses sentiments. Lorsqu’elle tombe sous le charme d’Ibuki, elle lui écrit une lettre où elle déclare vouloir vivre une histoire d’amour heureuse et ordinaire. Elle ignore la surdité de celui qu’elle aime.

Mes avis :

Tome 1

J’ai toujours beaucoup aimé la collection « shojo » de Kana, qui recèle des petites pépites. Ils avaient d’ailleurs lancé leur collection avec Basara à l’époque, un shojo d’aventure dans un monde post-apocalyptique médiéval qui est juste fantastique. Maintenant, leurs histoires sont plus classiques mais restent de qualité en général. Cependant, avec Comme les autres, je crois que c’est la première fois qu’ils abordent la question du handicap. (N’hésitez pas à me démentir si je me trompe ^^)

Nojin Yuki, l’autrice de cette série, avait déjà été introduite en France avec This is not love, thank you, une gentille romance lycéenne en 5 tomes parue chez Soleil il y a 2 ans, que j’avais vraiment bien aimé grâce à la belle écriture des personnages. Au Japon, elle a écrit nombre de séries de 3, 4, 5 volumes qui sont toutes des romances plutôt douces. J’avais été surprise de ne pas la revoir chez nous. J’accueille donc avec grand plaisir sa nouvelle série toujours en cours, Comme les autres comptant 6 tomes à ce jour au Japon.

Avec ce nouveau titre, Kana s’inscrit dans la mouvance actuelle, celle des éditeurs qui proposent des titres grand public avec des personnages diversifiés de par leur sexe, leur genre, leur sexualité, leur origine ethnique mais aussi par leur handicap comme c’est le cas ici. Ça fait plaisir de voir enfin ce genre de personnage mis sous les feux de la rampe et encore plus quand c’est avec sensibilité comme ici.

Notre histoire débute quand la jeune Tsubaki, dont la devise est de vivre selon ce que lui dicte son coeur, ramasse par hasard le pass de transport d’Ibuki. Ayant le coup de foudre pour lui, elle fait tout pour le retrouver mais quand elle y parvient, elle apprend au bout de quelques temps que celui-ci est sourd. Et elle, qui lui a seriné qu’elle voulait une histoire d’amour ordinaire, se voit repoussé par Ibuki. Comment parvenir à lui faire comprendre que son handicap n’est pas un frein pour elle ?

Le premier tome de cette bluette romantique s’est révélé surprenant à plus d’une reprise. J’ai beaucoup aimé la sensibilité mais l’honnêteté dont l’autrice a fait preuve envers ses personnages. Tsubaki et Ibuki ont tous les deux quelque chose qui les rend différent des autres, et même si c’est plus visible pour l’un que pour l’autre, cela aura une grande influence sur leur façon d’appréhender la vie et les autres. Tsubaki a puisé une force dans sa différence et veut tout vivre à fond. Ibuki, lui, s’est plutôt renfermé dans son monde qu’il veut rassurant, se coupant du reste, pensant qu’il ne peut pas être comme les autres, ce que Tsubaki va entreprendre de défaire.

Tsubaki sous ses dehors un peu simplette est surtout une jeune fille pleine d’enthousiasme et profondément gentille. Elle a une grande force de caractère mais est aussi très sensible. Elle va ainsi peu à peu toucher le coeur endurci d’Ibuki mais ce n’est pas simple. En effet, l’autrice nous fait bien comprendre ce qu’est le quotidien de quelqu’un de sourd : les difficultés sociales, les difficultés à communiquer, les moqueries, les moments où on nous laisse à part, etc. On perçoit bien la dureté du monde tel que le vit Ibuki et on comprend du coup combien c’est dur pour lui de s’ouvrir à des gens nouveaux. Cependant Tsubaki ne va pas abandonner et elle va tenter de s’introduire dans son monde, d’abord en essayant de partager sa passion pour la photo, puis en apprenant le langage des signes, mais aussi en discutant avec les amis de celui-ci. Tout est bon pour apprendre à le connaître et le faire sortir de sa coquille.

L’histoire est vraiment très touchante. Là, où je suis un peu plus réservée, c’est concernant l’aspect romantique. Je trouve l’histoire du coup de foudre un peu léger et le reste est à l’avenant. C’est bien léger, bien facile, bien classique. Cela reste mignon mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. L’autrice utilise des ressorts éculés en matière de romances lycéennes avec la rencontre en prenant le train/métro, l’approfondissement de leur relation à la bibliothèque ou lors des sorties de leur club, l’arrivée de la rivale qui est l’ex- du héros, et le meilleur ami qui observe tout ça. Il ne faut pas s’attendre à de l’originalité ici.

Les dessins de la mangaka, eux, tout comme dans son précédent titre chez nous, sont très doux. Il s’en dégage une belle fraicheur. Ils sont pile poil dans la ligne éditoriale de ceux des magazines shojos de la Shueisha, que ce soit le Margaret, le Betsuma ou le Bessatsu. Pour ma part, j’aime beaucoup ce style qu’on retrouve par exemple chez Io Sakisaka (Blue Spring Ride), Nagamu Nanaji (Banale à tout prix), Mika Yamamori (Daytime Shooting Star), etc. C’est parfaitement dans l’air du temps.

Comme les autres est donc une belle bluette lycéenne en devenir avec l’originalité de proposer un héros sourd et donc d’aborder frontalement ce que c’est que de souffrir de ce handicap quand on est lycéen. C’est assez rare chez nous pour le souligner et quand en plus, c’est traité avec justesse et sensibilité, on n’a qu’une envie : poursuivre !

Tome 2

J’avais été plus enthousiasmée par le premier tome de cette saga où le héros est mal entendant. Cependant j’avais lu des chroniques plus nuancées de la part d’amis blogueurs ce que je ne comprenais pas. Je commence à voir pourquoi avec ce deuxième tome malheureusement qui botte un peu à côté.

En effet, l’autrice nous propose dans cette suite, une histoire qui semble totalement oublier la particularité de son héros tant on pourrait la transposer dans n’importe quel cadre lycéen sans même que le héros ait un handicap. C’est dommage.

Cela donne des chapitres assez poussifs, où on voit l’héroïne tenter de se rapprocher d’un garçon qui ne le souhaite pas, en allant voir le meilleur ami de celui-ci qui ne souhaite pas se mêler de tout ça et aimerait qu’on le laisse tranquille, le tout sous le regard d’une ex qui aimerait bien ne pas l’être. Bref, c’est cliché et les valeurs ne sont pas les plus belles que j’ai lu. Je suis assez déçue. Je n’ai rien contre les récits conformistes mais j’attendais plus ici.

Pour autant, l’histoire se lit assez facilement. On a envie de voir comment Tsubaki va finir par se rapprocher du froid et austère Ibuki, parce que forcément ça va arriver. On a envie de voir si ça ne va pas se transformer en carré amoureux entre Tsubaki, Ibuki, Osuke et Hidaka. On a envie d’assister à tous les changements qui vont s’opérer chez eux, rendant certains probablement plus tendres et plus ouverts parce que pour le moment dans l’ensemble ils sont assez fermés.

Le seul personnage ouvert, c’est Tsubaki, qui porte le titre. C’est la seule à se bouger, à tenter de briser leurs murailles respectives, à essayer de comprendre pourquoi ils se sont réfugiés derrière. La surdité d’Ibuki n’explique pas tout, la déception d’Hidaka non plus, ni la nonchalance d’Osuke. C’est donc avec une certaine forme d’ambivalence que je l’ai suivi dans ses efforts, gênée parfois de la voir aussi intrusive, ravie parfois de voir que ça porte ses fruits.

En effet, assister tout doucement à l’ouverture d’Ibuki, qui sort de sa carapace derrière laquelle il s’est réfugié à cause de son handicap mais pas que m’a plu. Le voir s’attendrir sous mes yeux et enfin découvrir tout juste des sentiments amoureux est touchant. Mais que c’est dur d’aimer les personnages de cette série. Je les trouve vraiment hermétiques et compliqués à apprécier, mais cela tient autour de leur écriture que de l’ambiance déprimante, souvent, que l’autrice déploie.

Pourtant, elle fait des efforts pour nous impliquer dans l’histoire. Les dialogues entre Tsubaki et Osuke semblent fait pour nous interpeler. Les échanges épistolaires par téléphone et sur cahier entre Tsubaki et Ibuki interpellent. Mais c’est dur d’oublier cette première partie molle et dérangeante même si après les héros se rapprochent et changent de dynamique. Le triangle/carré amoureux qui se profile avec les complications et drames liés me fatiguent d’avance, alors que moi ce qui m’intéresse c’est le thème de la communication et des échanges avec personne ayant un handicap.

Je déplore d’autant plus ma légère déception sur ce tome, qu’en revanche j’aime beaucoup le coup de crayon de Nojin Yuki, qui me rappelle pas mal celui de Mika Yamamori (Daytime Shooting Star) que je regrette vraiment de ne plus voir publier chez nous. Derrière la beauté froide des visages, on sent bouillir tout plein de choses. Il y a un travail très intéressant sur les regards et j’adore la finesse des traits.

J’avais adoré le premier tome, j’ai eu beaucoup de mal pendant toute la première moitié de ce deuxième tome avant de renouer avec la série sur la fin, le troisième tome sera donc décisif. Car à vouloir faire trop dépressif, ça déprime vraiment le lecteur et celui-ci peine à s’emballer et s’attendrir pour les personnages malgré leurs avancées.

(Merci à Kana et Sanctuary pour ces lectures.)

11 commentaires sur “Comme les autres de Nojin Yuki

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s