Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Autour d’elles de Shino Torino

Titre : Autour d’elles

Auteur : Shino Torino

Editeur vf : Akata (L)

Année de parution vf :  Depuis 2020

Nombre de tomes vf  : 4 / 6 (encours)

Histoire : A la faculté, Michiru et Maya étaient en couple. Mais la vie les a séparées… Cinq ans après la disparition de Michiru, la jeune femme refait son apparition. Elle est depuis devenue mère célibataire. Les deux femmes, toujours attachées l’une à l’autre, décident de vivre à nouveau ensemble. Mais pas question de redevenir « concubines » : elles veulent rester de simples colocatrices… Commence alors un nouveau quotidien pour Maya, Michiru et Yûta, son fils, entre vie professionnelle, affective et éducation.

Mon avis :

Tome 1

Quand l’éditeur qui sort souvent tes mangas au féminin préférés se propose de sortir un nouveau titre issu du magazine japonais Feel Young, qui a notamment publié Mari Okazaki que tu vénères, impossible de passer à côté. Il te faut ce titre !

Datant déjà de 2010, Autour d’elles est un titre terminé en 6 tomes de Shino Torino qui a depuis plusieurs titres intéressants à son actif qui ont fait parler sur les réseaux sociaux pour leurs côtés très LGBT+. Dans la même veine, Autour d’elles met en scène deux femmes qui ont été en couple autrefois et qui se retrouvent à nouveau colocataires des années plus tard après que l’une d’elle ait eu un fils. Mais comment vivre à nouveau ensemble sans être un couple, tout en se comportant un peu comme tel en élevant ce petit garçon ? Pas simple pour tout le monde de trouver sa place.

Ancienne assistante de Chica Umino (Honey & Clover, March comes in like a lion), la ressemblance par moment de leurs dessins est la première chose qui m’a frappée et séduite dans ce titre. Cela donne une vraie rondeur et mignonnerie aux dessins que l’on retrouve des visages aux motifs qu’on retrouve un peu partout, et comme en plus on a un bambin tout droit sorti de Gakuen babysitters j’ai d’emblée complètement fondu ><

C’est une histoire douce et subtile mais plein de bienveillance que nous offre ici Shino Torino, une belle histoire d’adultes qui sont au fond encore des enfants. On se retrouve à suivre la vie de deux femmes : Michiru et Maya, qui cherchent à retrouver leurs marques après avoir été colocataires, amantes, ex-, puis à nouveau colocataires sans s’être remise ensemble mais avec l’ajout du fils de l’une. Rien n’est simple, tout est confus. Où sont les limites ? Où est la place de chacune ? Il y a bien du boulot à faire et la mangaka nous invite à suivre ce moment complexe de leur vie avec beaucoup d’empathie.

Pour cela, on a une chouette ambiance de colocs avec une vraie petite bande de potes grâce à leur voisin du dessus qui est souvent fourré chez elle. On a l’impression de suivre une famille toute sympathique avec ses hauts et ses bas, ses disputes et ses réconciliations, ses brouilles et ses moments de joie. C’est mignon tout plein. Mais ne vous laissez pas berner, l’autrice propose aussi une lecture plus profonde que cela avec des histoires compliquées, notamment les histoires d’amour entremêlées des héros avec des sentiments très forts. L’ensemble est tout en nuances, avec beaucoup de non-dits jusque dans la narration parfois muette. C’est vraiment excellent et la mise en scène subtile frappe.

La mascotte du titre est clairement le petit Yuta, qui est juste a-do-ra-ble ! C’est l’élément central de l’histoire, celui qui relie tout le monde. On découvre l’histoire de chacun grâce à lui et c’est lui qui déclenche ça. On découvre ainsi Maya, la jolie brune à l’air frigide mais qui ne l’est pas du tout. Elle a été blessée par sa relation passée avec Michiru et se méfie maintenant. Elle est fan de Yuta et ferait tout pour lui. Elle a aussi un côté taquin et sadique qui me fait bien rire. Elle vit donc avec Michiru, une grande enfant, un peu sauvage, qui reste assez immature même si elle est devenue maman. Elle est instable, vit tout à fond, et a du mal à contrôler ses sentiments. Elle est vraiment à fleur de peau. J’ai beaucoup aimé ce personnage que je trouve très humain et loin du cliché de la mère mature parfaite. Dernier personnage adulte, Nico, le voisin fou fou qui cache un passé tragique cache derrière un humour bon enfant et une grande jovialité. C’est le plus grand fan de Yuta et il gagne à être connu. Son histoire m’a beaucoup émue. Enfin, il y a le petit Yuta, charmant bambin peu bavard, fan de flan qui maintient le lien entre tous. J’adore sa trogne, je voudrais juste l’entendre parler un peu plus ^^

La dynamique entre tous est excellente et l’histoire se dévoile au fil des chapitres, prouvant que l’autrice a construit une histoire pensée et cohérente qui va au-delà du petit train train quotidien du groupe. Oui, c’est un titre tranche de vie mais ce n’est pas ennuyeux pour un sou, il y a du liant entre les chapitres pour former une vaste fresque familiale avec un modèle de famille XXL. Ce n’est rien de flamboyant, c’est simple mais émouvant. Les sentiments complexes et intenses que le récit met en lumière me touchent et je me demande où ça va mener. Le titre me rappelle un peu leur titre Goodnight I love you… qui traite aussi de la famille et où on retrouve une ambiance tout aussi chaleureuse avec une jovialité cachant la complexités des sentiments des héros.

Dernier point que je souhaite souligner et que je fais rarement : la traduction. J’ai trouvé celle-ci particulièrement savoureuse, notamment grâce à ses références culturelles. Retrouver les paroles de Cendrillon de Téléphone dans un manga, c’est inédit ! mais ça colle parfaitement à l’ambiance du titre et j’adore.

Akata fait donc vraiment un retour en force avec leurs nouveaux titres post-confinement. Ce sont à chaque fois des coups de coeur et des titres aux thèmes forts et engagés. Il y a une vraie démarche dans leur travail et ça me plait de suivre ça. Je suis ravie de pouvoir lire à nouveau des josei grâce à eux, modernes en prime, fins et intenses dans les histoires qu’ils proposent. Avec moi, ils ont encore fait une touche !

Tome 2

Autour d’elles est assurément en passe de devenir mon titre en cours préféré chez Akata. Je suis archi fan de la vie de cette petite famille atypique, des thèmes qui se dégagent et de la narration graphique de l’autrice qui me rappelle de plus en plus Mari Okazaki avec sa veine poétique.

Pas de nouveauté flagrante dans ce tome. Si vous avez aimé le précédent, vous aimerez celui-ci et à l’inverse si vous n’aviez pas accroché, je ne pense que vous accrochiez plus ici. L’autrice développe son propos en déroulant devant nous le quotidien de Michiru, Maya, Yûta et Nico. Elle se centre peut-être un peu plus cette fois sur les implications et les impacts des paroles et des décisions des uns et des autres sur ce petit bout de chou, ce qui est important à montrer.

En effet, le choix pas vraiment assumé des filles de revivre ensemble après leur passif a un certain nombre d’implications au quotidien que l’autrice s’applique à détailler ici. Il y a tout d’abord cette absence de clarification quant à leurs sentiments, leurs désir et donc leur futur, qui crée bien des tensions. Ainsi Michiru jalouse énormément Kuwabara, l’ancien camarade de classe de Maya, qui est bien décidé à la conquérir, et comme d’habitude son manque de maturité va la faire réagir un peu n’importe comment, ce qui va perturber Yûta. J’ai beaucoup aimé la sensibilité et la sincérité avec laquelle l’autrice a traité cela. La relation des filles est compliquée et ça a des conséquences sur « leur fils », alors il fallait faire quelque chose. L’introduction de ce nouvel employé de la crèche qui se mêle un peu de leur vie de famille pour les remettre les rails est bien vu. Au début, ça m’agaçait qu’il fasse ça mais finalement il a eu raison et j’ai apprécié son intervention maladroite qui a vraiment fait du bien à tout le monde.

Le titre prend donc de l’épaisseur avec l’idée que ce n’est pas facile de concilier sa vie de maman et sa vie de femme dans tout ce qu’elle recoupe. Ainsi, on découvre une Michiru plus pro-active qui va enfin prendre conscience de ses lacunes et se remettre en question pour avancer. Elle est désormais prête à écouter les conseils des autres quand c’est pour le bien de son fils. Ça fait du bien.

A côté d’elle, j’ai été très séduite par les hommes de la série. Ils sont tous différents mais ont tous la bonne attitude dans cette histoire, que ce soit Kuwabara qui ne tient pas compte de l’origine biologique d’un enfant mais l’aime un point c’est tout ; Mochizuki, l’homme de la crèche, qui ferait tout pour le bien être des enfants dont il s’occupe ; ou Nico, qui est juste archi fan du fils de l’homme qu’il aimait. Au passage, je continue à être régulièrement déchirée par cet homme et son deuil. L’autrice le raconte lors de brefs moments toujours poignants.

Ce qui m’amène à parler de la mise en scène de Shino Torino que je trouve de plus en plus réussie. Elle commence à mettre en place de plus en plus une narration effilochée à la Mari Okazaki, un procédé que j’adore car il met en exergue les sentiments à fleur de peau des personnages, ce qui me touche en plein coeur. Tous ces non-dit que l’on retrouve sous sa plume subliment encore plus un titre déjà très fort émotionnellement, entre une Michiru qui grandit pour le bien de son fils, un Nico qui tente de faire son deuil et une Maya, le roc de cette famille, qui tient un peu tout le monde. C’est juste trop d’émotion pour moi.

Cette lecture continue à me chambouler comme rarement. Pourtant, c’est juste leur petit train train quotidien qui est raconté avec les petits moments avec Kuwabara et la crèche qui viennent pimenter le tout, mais ça suffit pour me mettre des étoiles plein les yeux. Je suis définitivement sous le charme de ces adultes qui font tout pour le bonheur de ce petit garçon. Au passage, je propose de rebaptiser la série : Autour de lui !

Tome 3

Alors que la série est un coup de coeur pour moi depuis les premiers instants, ce tome est le premier pour lequel j’ai quelques réserves malgré tout le bien que je pense de cette saga et de ses personnages terriblement humains.

J’ai en effet trouvé cette lecture un peu crispante. Comme ça arrive parfois dans la vie en vrai, j’ai eu la sensation de faire du surplace, de répéter ce qui avait été dit, vu et fait précédemment, sans que ça avance vraiment pendant longtemps. Il faut dire que nos héroïnes sont véritablement empêtrées dans leurs sentiments aussi bien passés que présents et que malgré toute leur bonne volonté, c’est dur d’avancer et de faire table rase. L’auteur traite donc avec force de la difficulté de tourner la page par rapport à des sentiments négatifs qu’on a pu ressentir : relation râtée, abandon, deuil. Autant de choses terriblement dures à oublier et qui marquent profondément dans la vie ensuite. Nos héroïnes étant très humaines, cela se répercutent sur leur histoire, et ce tome est donc plus compliqué à lire, il a moins d’allant et d’envolées que les précédents, mais c’est tout à fait normal.

Tout le monde est perturbé. On voit bien que toutes ces relations de cette complexe histoire ne tiennent qu’à un fil et que tout pourrait basculer. C’est ce qui va probablement arriver par la suite après la décision finale de Maya qui m’a retournée et profondément agacée. L’autrice a vraiment réussi à m’impliquer dans son histoire, au point de regretter de ne pas pouvoir parler à ses personnages pour leur secouer les puces. C’est la preuve d’un très bon titre.

Autre preuve, c’est qu’en plus de faire le portrait avec justesse de sentiments bien compliqués, elle offre une vision dure mais réaliste de la société sur leur drôle de famille. En effet, oui, ça choque les gens peu ouverts d’esprit de voir une famille où deux femmes sans aucun lien apparent vivent ensemble et élèvent un petit garçon ensemble. Alors les langues jasent et médisent. C’est terrible mais c’est réaliste. Sauf que l’autrice ne reste pas sur ce constat, elle démonte les arguments bateaux de leurs détracteurs en montrant tout ce qu’elles apportent de beau et de bon à ce petit garçon, grâce à une éducation équilibrée et positive où on apprend à s’excuser, à être gentil et ouvert. C’est très beau.

On ressent donc beaucoup d’émotions chez et envers ces personnages. Tous sonnent juste, hommes et femmes (je garde mon coup de coeur pour Niko et j’ajoute le jeune homme de la crèche), chacun est maladroit, hésitant, tâtonne comme dans la vie. C’est la force du titre.

Tome 4

J’avais été un peu agacée par le tournant pris par le tome précédent mais c’était oublier le talent de l’autrice pour évoquer cette situation trouble et complexe mais terriblement humaine. Du coup, même si les héroïnes me frustrent, je ne peux qu’être émue par leur chemin de vie.

Maya et Michiru sont à un tournant de leur vie. Leur petite cohabitation ne semble plus les satisfaire pleinement ni l’une ni l’autre. Il faut donc avoir le courage de faire bouger les choses et c’est Maya qui prend les devants en acceptant la demande en mariage de Kuwabara. Cependant, elle n’arrive pas à tirer un trait sur ses sentiments envers Michiru, ce n’est donc pas honnête d’accepter. Kuwabara les pousse donc à se confronter à leur situation !

J’ai adoré cet homme, tellement bon et honnête, qui ose foutre en l’air ce qu’il désirait depuis toujours et avait enfin obtenu au nom de l’honnêteté et du vrai bonheur de la femme qu’il aime. Il a tout compris ! Maya et Michiru peuvent vraiment agacer mais c’est surtout qu’elles sont à fleur de peau et ne savent plus trop où aller avec leur drôle de relation. Elles sont donc juste terriblement humaines.

Le traitement de leur relation est enfin vraiment au coeur de ce tome avec leur confrontation. Elles comprennent parfaitement, et osent l’exprimer, que leurs sentiments ne suffisent pas. Dans la société actuelle, trop de choses se mettent entre elles et elles ne se sentent pas encore capable de l’assumer. Maya a très peur des répercussions pour le petit Yuta et je la comprends, elle préfère donc se sacrifier. C’est déchirant mais terriblement réaliste. La pression de la société a raison de leurs sentiments.

Cependant le tableau n’est pas que sombre. Le final apporte aussi une jolie fenêtre d’espoir grâce à la discussion à coeur ouvert entre Maya et Kuwabara après tout ça. J’ai espoir qu’il lui donne la force qui lui manque pour oser affronter tout ça.

Il y a aussi de très jolis développement autour du jeune Yuta également, figure centrale de cette histoire, puisque c’est autour de lui que gravitent l’ensemble des adultes. On le voit se lier avec ses amis de la crèche et les adultes amis de ses « parents d’adoption ». Son univers s’ouvre de plus en plus et c’est magique. L’autrice dessine les enfants de manière vraiment adorables. Et c’est encore sans parler du lien Yuta – Nico, dans lequel chacun s’épanouit, que je trouve toujours aussi beau et magique.

Avec toujours autant de justesse et d’émotion, la série continue à aborder des sujets de société pas toujours facile avec cette sempiternelle question du deuil qui ne quitte pas Nico, et celle de cette relation homosexuelle dure à assumer au quotidien dans la société japonaise pour nos héroïnes. C’est dur, terrible, parfois on a envie de crier à l’injustice et on ne voudrait que des scènes de happy-end, mais ce n’est pas la vraie vie et l’autrice l’a bien compris. Ainsi le parcours qu’elle nous présente malgré toute sa beauté et sa poésie n’en reste pas moins âpre et rude. Un déchirement qui fait du bien et qu’on aimerait plus lire !

Ma note : 16 / 20

© Shino Torino 2010 / © 2020 Editions Akata

14 commentaires sur “Autour d’elles de Shino Torino

  1. Je viens juste d’aller voir l’article de Xander sur ce premier tome,et comme je lui ai dit en commentaire, avant même de lire vis avis je voulais ce titre.
    Il m’a tout de suite attiré par son sujet et son esthétique. Et la façon dont tu en parle donne encore plus envie.
    J’aime bien la formule « des adultes qui sont toujours des enfants ».

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui, je viens aussi de lire sa chronique qui se rapproche pas mal de la mienne ^^
      Ravie que ce titre te tente, en plus c’est une série courte donc l’investissement est moindre, mais surtout je pense que c’est l’occasion de découvrir une autrice vraiment prometteuse 😀
      Bonne lecture !
      (Et tous les adultes sont des enfants dans l’âme ou devraient l’être ;))

      Aimé par 1 personne

  2. Un titre intéressant, je pense que j’attendrai la sortie des 6 tomes pour lire ce manga. Pour avoir lu le tome 1 de March il y a peu c’est vrai qu’on retrouve un petit quelque chose dans le dessin là

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai l’impression de beaucoup entendre parler de ce titre en ce moment, ce qui n’est pas pour me déplaire tellement ce concept de famille XXL a tout pour me plaire d’autant que l’histoire semble, en plus de proposer des personnages attachants, très touchante.

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense effectivement que l’éditeur mise gros sur ces lancements de ce mois après leurs pertes du confinement, en plus ils croient en leur titre et les poussent bien, mais ils en valent la peine 😀
      J’espère que tu aimeras si tu testes ^-^

      Aimé par 1 personne

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